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Le nom du coupable

Jadinamona

Posté par Jadinamona, le 14 janvier 2022


6 commentaires

[OS] La nuit est tombée sur Eisleymos. L'un de ses plus anciens démons peut y pénétrer.

L’ombre pénétra dans Eisleymos comme on saluerait une vieille amie.

Il s’y glissa avec la méfiance que susciterait une ennemie familière.

Le chasseur réalisa que la ville n’avait pas changé. L’odeur, l’ambiance, les personnalités qui y régnaient et celles qui s’y mourraient, en permanence, étaient identiques.

Ici-bas, le temps s’était suspendu. L’espace se distendait dans une inspiration sans fin, dans un supplice interminable.

L’homme qui s’y rendait, libre, de son plein gré, serra les dents.

Il y avait, partout autour de lui, des souvenirs dont il aurait préféré se passer. Il fut tenté de presser le pas, de poursuivre sa route sans s’attarder sur ces détails, mais il ne put s’y résoudre. Une part de lui était resté ici, là où il avait vécu.

Là où il était mort, finalement.

Car Eisleymos avait été son tombeau et le resterait.

Car une part de ce qu’il avait été n’avait jamais quitté cette ville maudite.

L’homme remonta une rue, se heurta à un ivrogne à moitié avachi dans la rue sale et malodorante. L’être qui le couvrit d’injures lui apparut comme un déchet recraché par cette ville tentaculaire. Un déchet qui ne méritait pas qu’il lui fasse l’honneur de le tuer.

L’homme poursuivit sa route.

L’homme ou peut-être le monstre.

La créature se considérait davantage comme une bête affranchie. Un monstre qui ne servira plus jamais la volonté d’un tiers, qui ne sera plus jamais un esclave.

Les flagrances les plus répugnantes d’Eisleymos lui montèrent aux narines. Les égouts remontaient lorsque la touffeur écrasait au sol les insectes qui fourmillaient dans les rues. Aux odeurs écœurantes de déchets organiques s’ajoutaient les relents d’alcool, les vomissures qui tapissaient le devant des échoppes misérables et qui séchaient au soleil, ainsi que la crasse, la poussière. Lorsqu’il pleuvait, l’eau stagnait durant des jours, parfois des semaines, et ravivaient des émanations plus nauséabondes encore.

L’odeur générale qui flottait dans les rues de la ville se résumait en une infection. Toute cette chair sale agglutinée en un même endroit empestait et cette flagrance putride demeurait, quelle que soit la saison.

La silhouette qui s’y immisçait, furtive, passagère, le savait mieux que quiconque.

Une exclamation s’éleva plus haut que les bavardages insignifiants :

— Un chasseur de nuit !

L’insigne ne trompait pas et restait célèbre même à Eisleymos. Après tout, on faisait appel aux chasseurs de nuit lorsqu’un monslave avait le malheur de s’échapper en dépit des avertissements. Tenter l’escapade ne menait la créature qu’à la mort.

Celle qui investissait les rues presque à titre de pèlerinage prit soin de remettre son capuchon en place. Il vérifia que rien ne saurait trahir son identité et poursuivit sa route. Il ne se perdit pas, n’hésita pas un seul instant sur le chemin à emprunter, et finit par arriver à proximité de l’endroit qu’il souhaitait rejoindre.

À compter de ce moment, l’expédition se corsait. Rien qui ne puisse décourager l’âme damnée qui observa la superbe bâtisse qui se découpait dans la nuit noire. Loin des taudis branlants et des auberges répugnantes, la demeure ne passait pas inaperçue et personne à Eisleymos n’ignorait à qui appartenait les lieux.

Son nom était connu de tous, amateurs et désintéressés. À l’instar des légendes, des célébrités qui bâtissent leur empire sur un amoncellement de cadavres, celle-ci remplissait toutes les cases de ce sombre registre.

Le monstre l’avait retrouvé pourtant et il figurait tout en haut, dans la liste des enflures dont il fallait se débarrasser.

Coupable parmi les coupables.

Le démon était finalement revenu.

Plutôt que passer par la grande porte et débuter son massacre dans les règles de l’art, il opta pour une approche plus subtile. Le sang de ces hommes ne l’intéressait pas et il n’était pas question que leur mort entache celui de sa victime du jour.

Le monstre s’humecta les lèvres.

Dans sa tête, une voix chantonnait un air, à la fois inconnu et familier.

Coupable ! Encore un, coupable ! Coupable ! Apaise ton cœur et délecte-toi ! Coupable ! Le démon t’a retrouvé ! Coupable, il est temps de payer.

            Coupaaable !

            Les paroles sonnaient étrangement et la mélodie déformait les mots jusqu’à ce qu’un cri avale les phrases.

La voix avait perdu la raison, elle aussi.

La créature fut incapable de la faire taire. Il y avait bien longtemps qu’elle n’obéissait plus à ses injonctions et qu’elle n’obéissait qu’à sa propre volonté. Il prit du recul, repéra un petit débarras dont le toit ne s’élevait pas au-delà de deux mètres de haut. Lorsqu’il eut sauté à pieds joints sur la surface, qui n’émit qu’un faible grincement, il lui suffit de sauter de toit en toit. La vitesse siffla à ses oreilles et dans les ombres nocturnes, la silhouette du monstre ressemblait à l’une d’entre elles.

Ni plus ni moins.

Le reste ne fut qu’un jeu d’enfants.

Il en appela aux réflexes d’une vie passée, de plusieurs existences oubliées, pour s’infiltrer à l’intérieur de la demeure. Perché à plusieurs mètres de hauteur, le vide lui tendait les bras et la créature avisa la manière dont la matière se déconstruisait sous ses pieds.

Cela ressemblait à un appel enjôleur.

La voix qui le poursuivait se dédoubla.

Saute, puisqu’il ne te reste plus rien. Saute, et embrasse la fin.

            La gorge de la créature se noua en une émotion innommable. Sa bouche s’entrouvrit en une plainte muette et il fut traversé, de part en part, par ce sentiment qui ne lui appartenait pas. Ce sentiment qui était le fait d’un autre que lui, jumeau de nom et de déchéance.

Un ange tombé du ciel, un ange déchu.

Il l’encourageait à le rejoindre, à donner à sa chute sans fin une dimension plus exacte, plus réelle.

Et la créature se vit à la place de ce démon, il se reconnut en lui au point où il manqua de se jeter du haut de ce toit. Pas nécessairement pour en finir, mais pour le geste, parce que cet autre lui l’y appelait.

Sa voix le retint avant que l’irréparable ne soit commis.

Plus tard, plus tard ! Il reste un coupable. Tu te rappelles ? Un coupable à punir !

            Les lèvres du monstre s’ourlèrent sur un sourire dépité. Ses émotions, les siennes, et non celles de l’ange déchu, le surprirent.

Au creux de son esprit dérangé, un autre sourire se dessinait en écho au sien. Celle que la créature ne qualifiait plus depuis longtemps avait gagné, une fois de plus, et le damné n’avait pas pris conscience de combien on le manipulait.

De combien les émotions qu’il pensait siennes, toute cette rage purulente, toute cette folie meurtrière, ne lui appartenaient plus depuis longtemps.

Le pantin se glissa dans l’embrasure d’une porte laissée entrouverte. Une négligence fatale, une malchance à laquelle le propriétaire des lieux ne survivrait pas. Des servantes traversèrent le couloir et l’intru se plaqua contre le mur, tapi dans l’ombre, jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’angle d’un couloir.

Le prédateur humait l’alléchant fumet de sa proie et ne baisserait pas sa garde avant que la traque ne s’achève. Avant que la mort n’abreuve sa soif.

L’anatomie de la demeure n’avait aucun secret pour celui qui y avait grandi. Il monta une volée de marches, flanquées d’un passage étroit dans lequel l’ombre se glissa. Furtive, elle se dématérialisa lorsque des bruits de pas lui parvinrent. Le sang battait à ses oreilles et, lorsque la porte s’ouvrit, il l’entendit jaillir dans ses veines. Ses pensées s’estompèrent, effacées d’un revers de la main. La porte claqua et il referma une main autour du visage de la servante. La malheureuse qui avait eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. L’assassin eut un instant d’hésitation qui aurait pu être fatal s’il avait eu affaire à un combattant d’élite. Ses certitudes vacillèrent.

Tue-la !

            L’écho de la voix lui vrilla les tympans et, d’un geste violent qui n’épargnerait peut-être pas la jeune femme, il écrasa l’arrière de son crâne contre le battant de la porte. Un coup sec et brutal. Le corps inconscient de la malheureuse tomba mollement au sol.

Décevant…

            Le monstre tiqua et jeta un œil à l’inconnue à ses pieds. Elle gisait, presque paisible, son agresseur aurait presque pu la croire morte. Il aurait suffi d’une tâche de sang, autour de sa tête ou à hauteur de sa poitrine pour que l’illusion ne se brise.

Et quelle douce illusion !

            Il poursuivit sa route et ne croisa la route de personne jusqu’à ce qu’il arrive à la hauteur d’une porte richement décorée de gravures dorées. Un ouvrage splendide qui devait coûter, à lui seul, une petite fortune. Il ne s’y éternisa pas et, plutôt que de défoncer la porte, entra à l’intérieur avant de refermer derrière lui. Il était ainsi, méticuleux, même lorsqu’il s’agissait de tuer.

Les Chasseurs de Nuit lui avaient laissé ces précautions en héritages.

L’homme qu’il dérangea était occupé à se servir un verre de vin. Un geste somme toute insignifiant, mais qui marqua un point de rupture puisqu’il tourna la tête pour apercevoir l’intru. Il était doté d’un flair infaillible qui lui avait permis de repérer les Monslaves les plus prometteurs sur le marché et il était toujours sur ses gardes, même lorsqu’il n’avait aucune raison de l’être.

Il avait vieilli et ce fut le premier constat du monstre.

Ainsi, le temps avait un impact même sur les ordures de son espèce…

Une bouffée de haine le surprit et noua sa gorge. L’homme avait pâli et il l’observait comme s’il faisait face à un fantôme, à un revenant.

Et il n’avait pas tout à fait tort.

— Toi…

La créature aurait pu l’empêcher de poursuivre et décider que ces paroles seraient les dernières. La voix dans sa tête clamait, scandait un refrain entêtant pour l’y pousser.

Tue ! Tue ! Tue !

            Quelque chose le retint. Pas de l’affection, mais peut-être de la curiosité. La colère était souveraine, mais il n’arrivait pas à passer le pas.

C’aurait été trop simple !

En fait, après tant d’années, il ne pouvait pas se contenter de si peu. Il méritait bien une mise en scène triomphale qui s’achèverait sur des explications, sinon des excuses. Il désirait que cette enflure de la pire espèce vienne réclamer son pardon à genoux, le supplie de lui laisser la vie sauve. Alors, son ancien esclave l’achèverait et prendrait plaisir à cueillir son dernier soupir.

Sa vengeance, enfin.

Cela plut à la voix qui se gorgea d’une émotion caressante et qui se fit cajoleuse. Cette perspective lui convenait.

— Maître Menthos, salua le monstre.

Il attrapa les deux pans de son capuchon et le fit glisser derrière son crâne pour dévoiler les traits de son visage. Le choc se creusa et creusa des rides marquées, des sillons profonds dans la peau de l’homme.

— C’est… C’est impossible ! Tu es mort.

— Je l’étais.

Il attendait quelque chose, encore. Ces paroles ne lui suffisaient pas et peut-être qu’au fond, il attendait juste qui lui ôte un peu de sa douleur. Qu’il lui arrache cette voix qui s’entêtait depuis trop longtemps, depuis que le poison de Dasyatis avait fait son œuvre.

— Que me veux-tu ?

Le maître ne perdait jamais bien longtemps son sens pratique et la créature le reconnaissait bien là.

La créature le détailla un long moment, partagé entre plusieurs fragments de lui-même qui lui dictaient des comportements opposés. Son visage se fendit d’un rictus, puis un ricanement s’échappa de sa bouche.

Le seigneur Menthos serrait les dents. Il haïssait être tourné en ridicule, perdre sa crédibilité et lorsque l’on connaissait l’issue du premier combat du Monslave nommé Gryfenfer, il était impossible de le nier. Son ancienne propriété pouvait aisément le faire sortir de ses gonds et le regarder s’agiter, vociférer, en vain. Il hésitait encore sur l’attitude à adopter.

— Que me veux-tu ? répéta l’homme, plus haut. Me tuer, hein ? Telle la raclure que tu es ?

Et comme le monstre tardait à répondre, le maître prit son silence pour une approbation. Il avait abandonné son verre, sa tranquille soirée, et ne voyait plus que l’intru posté devant la porte.

— Tu n’as jamais été bon qu’à rien d’autre. Alors tue-moi, fais ce que tu es venu accomplir, mais fais-le vite !

— Est-ce que vous pensez pouvoir me battre ?

— Que…

—  C’est à l’issue d’un combat que l’on tue l’adversaire. Que diriez-vous de mourir selon les règles de votre propre jeu, seigneur Menthos ?

Cette fois, ce fut la confusion qui s’immisça dans les yeux de l’intéressé. Il avait imaginé une mise à mort immédiate face à un individu ravagé par la folie. Or, il avait en face de lui un être qui semblait en pleine possession de ses moyens.

En réalité, la créature savait encore l’être, mais seulement lorsqu’il était question de tuer. Alors, ses idées s’éclaircissaient et il avait à nouveau conscience du moindre de ses gestes. Mieux, de la portée de chacun d’eux et du délice qu’ils lui procuraient.

— Samaël… souffla Menthos, une ombre déposée à la surface de son visage.

Il redonna, à l’intéressé, un nom, un visage, une identité. Ce fut comme un indicible soulagement.

— Oui, murmura celui-ci. Oui, Samaël.

Un sourire déchira ses lèvres pour s’inviter sur son visage.

Il se souvenait, à présent…

— Si vous gagnez, vous emportez le droit de me tuer.

Samaël empruntait les règles de l’arène pour les retourner contre lui et il n’y avait rien au monde de plus jouissif à ses yeux.

La chasse importait plus que la mise à mort du gibier.

— Non, grinça Menthos. Il n’en est pas question.

Il ne se rabaisserait pas à se plier au jeu sordide de ce fou. Sa main tremblait toutefois lorsqu’il porta un verre à ses lèvres. Samaël ne réagit pas, ne tempêta pas, et le laissa même lui tourner le dos pour effectuer quelque pas. Il ne considérait guère la menace de son ancien Monslave et c’était une injure à la mémoire de celui qui était mort en ces lieux.

Celui qui avait survécu était profondément ébranlé d’y remettre les pieds.

Tue-le ! Tue !

            Menthos s’éloignait presque trop tranquillement. Il savait comment se comporter face à un animal, mais il semblait ne pas considérer Samaël comme tel. Il le pensait trop faible et la créature ne doutait pas que ses blessures, qui le tenaillaient encore, n’étaient pas passés inaperçus. Même affaibli, le grand indomptable pouvait encore occire.

La respiration de Samaël se bloqua dans sa poitrine, il la retint, et une giclée de pierres, semblable à un liquide en fusion, jaillit de son avant-bras pour se ficher dans la tapisserie en face.

À moins d’un mètre du visage de Menthos.

Une menace claire, explicite, sans bavure. De quoi laisser la peur s’immiscer.

Lentement, dans un réflexe qui n’appartenait pas à une proie, mais à un prédateur, le maître se retourne pour offrir l’expression de son visage à Samaël. Il y avait de la colère, de l’humiliation, mais surtout, et la créature en reconnut l’empreinte, celle de la peur.

Et elle ne lui avait jamais semblé aussi douce.

La voix chantonnait dans sa tête, jubilait, se vautrait dans la satisfaction.

— Comment oses-tu ? s’indigna Menthos.

—  Battez-vous, lui intima Samaël.

Ils se considérèrent enfin tels qu’ils étaient et le pâle voile du mensonge se leva pour laisser entrevoir l’hideuse vérité. La créature approcha, pas à pas, et sa bouche débordait d’un poison. Un poison dans lequel luisait quelques paroles au moins aussi venimeuses :

— Vous m’avez élevé et durant toutes ces années, j’ai cru que vous me considériez comme un fils. C’était ce que je prétendais, lorsque Gryfenfer pleurait la nuit. Nous étions presque une famille dysfonctionnelle et vous, le père le plus répugnant qui soit.

— Tu t’es toi-même aveuglé de doux mensonges.

— J’étais un enfant.

— C’est faux, et tu le sais, tu n’as jamais été un enfant. Seulement un monstre.

Samaël déglutit. Sa salive s’était changée en acide et lui brûla l’œsophage en lui arrachant une grimace.

— Je l’ai longtemps cru, répondit-il, plus sourdement.

Menthos reprenait confiance, comme toujours, au gré des paroles qu’il s’écoutait prononcer. La peur refluait, reculait, et la voix dans la tête de Samaël s’en insurgeait. Feulant, elle ne le permettrait pas.

— Jusqu’à ce que je revois Gryfenfer.

— Tu… Les Chasseurs de nuit ne m’ont pas prévenu ! Depuis quand Gryfenfer est-il mort ?

— Gryfenfer est en vie.

Ce fut au tour de Menthos de s’étrangler. Comprenait-il dans quel piège il venait de tomber ? Samaël en doutait.

Il approcha d’un pas, un dernier qui signa l’arrêt de mort de Menthos. Ils étaient séparés de deux mètres, pas davantage, et les issues venaient de se réduire à néant. Même si le maître avait été doté d’une force prodigieuse, il n’aurait pas pu s’en tirer indemne.

Personne ne tenait tête à Samaël.

Personne.

Menthos était désormais suffisamment proche pour observer la lueur de folie qui habitait le regard de son ancien Monslave. Une lueur qui dansait, terrifiante.

Samaël avait trouvé un point d’encrage, quelque chose auquel s’accrocher, s’agripper de toutes ses forces. Le bref moment d’égarement qui l’avait surpris n’était plus. Il ne restait plus que la détermination brute et sanguinaire, celle qui indiquait à la créature sa conduite depuis de très longues années.

La silhouette de Samaël se massait sous les yeux de son ancien maître, sans pitié, sans une once de clémence. Elle avait la saveur du souvenir, de la condamnation, et la splendeur qu’offrait la folie à l’âme humaine.

Elle-même qui sublimait l’âme d’un monstre.

Samaël poursuivit et rien ne saurait arrêter le mouvement dans lequel il s’inscrivait :

— Il m’a ouvert les yeux. Je cherchais le coupable et je pensais le trouver en lui. Je me suis fourvoyé, j’ai eu tort. Il y a bien un coupable, mais il était sous mes yeux depuis le début.

Samaël planta ses orbes acérés dans ceux de Menthos. Il humait l’odeur de la peur, celle qui suppliait l’être de fuir, même si l’espoir s’était envolé.

— Espèce de mons…

—  C’était vous, depuis toujours.

Menthos eut un mouvement de recul très net qui raviva plus farouchement encore les bas instincts de Samaël. Le chasseur s’alliait au prédateur pour accomplir son dessein répugnant.

— Depuis le début, c’était vous, le monstre !

Tue ! Tue ! Tue !

            Samaël exauça cette prière. Son pouvoir se modela, il se sentit sur sa peau et en dessous. La pierre jaillit par fragments bruts, aux arêtes mortelles, pour se loger dans le mur, dans la chair, pour la briser. Pour la fendre et la détruire.

Il épousa la quintessence de la violence et exécuta sa vengeance. Le combat n’avait pas duré et célébrait déjà son vainqueur.

Samaël admira le corps épinglé au mur, qui n’avait finalement pas eu le temps de fuir. Les pieds bougeaient encore, un râle s’élevai dans la nuit, après qu’un long cri se soit échoué dans le silence.

Déjà, la créature tournait les talons. Elle savoura cette vision un instant de trop et jeta même un regard par-dessus son épaule. La vie s’écoulait par gerbes de sang du corps de Menthos et il luttait encore pour dessiner des lettres vermeilles sur le mur.

Samaël s’évanouit dans la nuit et savoura le silence. La voix s’était éteinte, elle aussi, enfin comblée. Enfin rassasiée.

Sur le mur, Menthos conserverait le rôle du monstre et avait inscrit sur le mur le sien.

Samaël se contenterait de celui du coupable.

 

 

6 commentaires

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  1. Amazing (❁´◡`❁) I like it≧﹏≦

  2. C’est vraiment super bien écrit, bravo !

    • Merci beaucoup, ravie que ça t’ait plu

  3. J’en ai eu des frissons !!! bravo à toi
    Vivement que le tome Stories de Samaël sorte ^^

    • Ça me fait très très plaisir, merci beaucoup. Je suis très très pressée moi aussi