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Les légendaires - Les chroniques de Darkhell

[LM2021 #3-4] « Magie »

Wendy

Posté par Wendy, le 03 mai 2021


6 commentaires

J'ai appelé la magie de toutes mes forces. Mais mes cris se sont perdus dans l'immensité de son silence.

« Va trouver ma fille. Dis-lui de s’entraîner. »

Le dragonite s’inclina respectueusement devant son maître et quitta la bibliothèque de Casthell. Lorsque le Sorcier Noir donnait un ordre, il s’attendait à être obéi sur-le-champ, peu importe la difficulté de la tâche. Porter des messages faisait partie des moins plaisantes. Ce n’était pas le rôle d’un soldat conçu pour tuer, piller, conquérir au nom de son maître. Mais il n’était pas assez fou, ou pas assez téméraire sans doute, pour oser contester.

Le dragonite se dirigea vers une pièce située au cœur du château, dans les appartements que Darkhell occupait avec sa fille, Ténébris. L’enfant était confiée à la garde de trois nourrices, hybrides d’hommes et de félinaures, l’un des nombreuses expériences de maginétique de Darkhell. Le messager ralentit involontairement en approchant: les protecteurs de l’enfant étaient redoutables. Si le dragonite avait été en mesure d’apprendre autre chose que le combat, il aurait sans doute deviné que le Sorcier Noir s’était inspiré d’un peuple qu’on disait disparu, les Jaguarians. Même fourrure, même crocs, et une force sans pareil. Leur dévouement envers leur protégée était absolu. Non seulement ils la protégeaient et l’élevaient, mais ils lui enseignaient comment se battre.

Le messager entra furtivement au beau milieu d’une de ces leçons. La fille du Sorcier affrontait l’une de ses nourrices, sautait, esquivait, parait les coups et tentait tant bien que mal d’en porter. Il lui lança un regard appréciateur. Elle s’en tirait bien, malgré son jeune âge.

Le soldat baragouina dans son étrange langage le message de son maître. La petite lui lança un regard noir. Elle avait bien compris de quoi il s’agissait, et cela ne lui plaisait pas. Le dragonite s’éclipsa alors que ses gardiens mettaient fin au combat etdisposaient quelques artefacts devant Ténébris.
L’enfant soupira. Elle ferma les yeux un instant. La magie ne devait pas être bien loin. Son père le lui avait souvent répété: elle en était capable. Capable de trouver la source d’énergie qui lui permettrait, à elle aussi, d’accomplir des prodiges. De foudroyer ses ennemis. De créer des soldats pour conquérir Alysia. Pour le moment, même la plus infime trace de magie la rendrait heureuse.

Ténébris fixa les objets posés en face d’elle et tendit les mains.

Rien ne se produisit.

Évidemment, pensa Ténébris. Son plus gros succès jusqu’à présent avait été de déplacer une sphère de quelques millimètres. Et encore, elle n’était pas certaine que ce soit elle et non un courant d’air.

« Je vous ordonne de bouger » pensa-t-elle de toutes ses forces. « S’il vous plaît? Bougez. Bougez. Bougez! »

Ses mains tremblaient. Ténébris imagina qu’une chaleur naissait au creux de ses paumes, inondait ses mains, remontait le long de ses bras, enveloppait son cœur. Elle chercha l’énergie dans son ventre, dans le sol de pierre, dans l’atmosphère de la pièce. Le tremblement gagna ses bras, ses épaules.

Toujours rien.

Les larmes lui montèrent aux yeux, et d’un revers de bras rageur, elle envoya les objets récalcitrants s’écraser au sol.

Pourquoi?

Cela semblait si simple pour son père. Il travaillait sans relâche pour devenir toujours plus puissant, mais la magie naissait de ses mains sans que cela lui coûte le moindre effort. Elle semblait presque contente, impatiente même, avide de le servir. Elle palpitait dans ses paumes comme un second cœur et se pliait à tous ses désirs sans qu’il daigne prononcer une parole.
Mais quand il s’agissait de Ténébris, la magie se calfeutrait dans un silence hautain. Rien ne pouvait la convaincre. Comme une amoureuse jalouse, elle dédaignait l’enfant et accaparait l’attention du père.

« Ténébris? »

L’enfant sursauta. Son père se tenait là, dans l’encadrement de la porte. Son regard se posa un instant sur les artefacts brisés sur le sol, sur l’air contrit des nourrices qu’il renvoya d’un froncement de sourcils, puis se porta sur sa fille. Visiblement, elle se retenait de pleurer, avec sa tête rentrée dans les épaules et son visage crispé. Le Sorcier Noir se sentit las. Il n’avait pas le cœur de la gronder.

« – Allons, viens là, soupira-t-il en lui tendant les bras.

La petite s’y rendit prudemment, rouge de honte.

– Je vais réussir, père, lui promit-elle d’une voix mouillée de larmes contenues. Je vais trouver comment faire.

Darkhell ne répondit pas tout de suite. Il considéra un instant sa fille, déterminée à essayer encore et encore. Elle était tenace; il aimait penser qu’elle tenait ça de lui. Mais elle n’avait rien à gagner en s’entêtant dans cette voie. Le Sorcier Noir avait tenté de lui enseigner lui-même les rudiments de la magie, et il avait échoué. Il avait beau être convaincu qu’elle pourrait y arriver, cela lui demanderait trop de temps, lui coûterait trop d’efforts. Il y avait mieux à faire pour elle.

– Ténébris, écoute-moi bien. Tu possèdes sans doute un potentiel magique, mais à compter de ce jour, je veux que tu te concentres sur ton entraînement militaire. Tu as montré des talents dans ce domaine. Si tu persévères, le moment viendra où je te confierais le commandement de mes armées. »

Sa fille leva sur lui un regard incrédule. Il lui ordonnait d’abandonner la magie? De renoncer à marcher sur ses traces? Elle était trop mauvaise pour prendre sa relève. Elle n’en était pas digne. Pas capable. Pour elle, c’était le pire des échecs.
Mais… il disait qu’il lui faisait confiance. Pour mener ses armées. Pour réaliser son œuvre de conquête. Son plus grand défi. En saisissant cela, Ténébris se sentit emplie d’une fierté nouvelle. Ce qu’il lui proposait, elle se sentait capable de l’accomplir. Les compliments de son père étaient rares, et en cela précieux, mais surtout mérités. Darkhell ne s’embarrassait pas de faux-semblants.

Il n’y avait plus qu’un petit doute, encore, une pensée qui la tourmentait.

« Je… je ferais comme tu le dis, père. Tu seras fier de moi. Mais j’aimerais comprendre pourquoi… la magie ne veut pas… avec moi. »

Darkhell tressaillit. C’était bien là le problème. Lui-même n’était pas né magicor, ou plutôt sorcier. Il trouvait que les dieux avaient un sens de l’humour déplorable. Le garçon qu’il avait été, il y a longtemps, aurait été ravi d’avoir une progéniture sans pouvoirs. L’homme qu’il était devenu, en revanche, avait tout fait pour l’éviter. Lorsque l’occasion s’était présentée, une magicienne puissante, issue d’une famille renommée… c’était trop beau. Il y avait longtemps réfléchi. Quelques descendantes des Reines-Magiciennes étaient sans doute nées sans pouvoirs, mais l’Histoire n’avait pas retenu leurs noms. Le problème venait peut-être de sa magie noire, qui avait lentement décoloré sa peau et teint de rouge ses yeux bleus. Ténébris présentait les mêmes marques physiques. Élevée dans un autre environnement, au contact de jade de Gaméragashé, peut-être aurait-elle pu…
Mais Darkhell refusait d’avoir des remords. Il ne regrettait pas d’avoir enlevé sa fille lors de sa naissance. Personne ne savait qu’elle existait; personne ne savait qui était sa mère. Personne ne chercherait à la lui enlever. Elle était pleinement son enfant, à lui seul. Il l’avait voulu ainsi.

«  – C’est ma mère qui n’en avait pas? hasarda Ténébris.

Darkhell lui fit lever la tête et regarda sa fille droit dans les yeux.

– Non. Ce n’est pas elle. Peu importe! Je ne suis pas né avec mes pouvoirs, Ténébris, et je ne les ai développés que dans des circonstances très particulières. Le moyen de les obtenir comme je l’ai fait est détruit. Continuer dans cette voie serait une perte de temps. Tu es une guerrière dans l’âme, Ténébris, et c’est ce que je veux te voir devenir désormais. M’as-tu compris?

– Oui, père. »

Darkhell lui adressa un sourire satisfait. Son enfant le regardait avec une détermination nouvelle et se tenait bien droite, de toute sa petite taille, la tête haute. Elle ferait sa fierté par la voie des armes.

Le Sorcier Noir se dit que l’humour des dieux pouvait peut-être s’accorder avec le sien, finalement.

Après tout, il avait nommé sa fille d’après une épée.

 

6 commentaires

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  1. @theshinyLane et @shimy-0, voilà un OS de plus pour votre Légend’May 2021! Bonne lecture 🙂

  2. Hey ! Pas le temps de faire un vrai commentaire pour l’instant mais c’est chouette qu’on ait pensé au même personnage ^^ Et je trouve ton texte juste incroyable aussi

    • Tu as pensé à Ténébris aussi? C’est chouette, je vais aller voir ça! Contente que ça t’ai plu en tout cas.

  3. Olalala, mais ça faisait un bail que tu n’avais plus rien posté, je me trompe ?
    Je n’ai pas le temps de te lire ce soir, je le ferai après mon partiel de demain. J’ai hâte de découvrir tout ça et je ne pense pas être déçue :3

  4. Coucou Wendy :3

    J’ai survécu à mon partiel de ce matin et, comme promis, je viens te lire.

    Déjà, j’ai pris plaisir à découvrir ces lignes et j’ai passé un agréable moment de lecture. J’espère que tu écriras d’autres OS comme celui-ci. Tu dois être la seule que je lis ici alors c’est un plaisir de parcourir tes lignes :))

    Tu as une plume très efficace. Je ne sais pas si je te l’ai déjà signalé. Je suis amatrice des écritures très poétiques, mais la tienne allie une certaine simplicité avec quelque chose de très juste, et ça me plaît. Tu emploies les termes adéquats, tu n’en fais pas trop et ta justesse est, à mon sens, une grande qualité. C’est ce qui prouve que tu as déjà fait du chemin en tant qu’auteure. En fait, j’ignore si tu écris des romans à côté ou si l’écriture est une activité à laquelle tu t’adonnes quand l’envie te prend. En tout cas, tu as une écriture déjà très mâture et elle te correspond bien. Au fil du texte, il y a un rythme qui se crée, une justesse qui s’y allie, et je me suis retrouvée immergée par tes mots. C’est rare pour un texte aussi court alors je tenais à le souligner.

    Ensuite, j’ai aimé le développer, ce que tu exposes. Le fait que Ténébris a voulu suivre les pas de son père. J’ai trouvé l’idée très touchante, surtout dans sa détermination aveuglée par le désir de satisfaire son père. C’est à la fois enfantin comme pensée, mais ça se transmet bien et c’est quelque chose qu’on ne peut prétendre ne pas connaître. J’ai aimé la manière dont tu as développer, mais brièvement au vue du format, la psychologie. Tu as su jongler entre Ténébris et Darkhell avec brio et c’est encore une fois une preuve de justesse, et une certaine aisance. Tu n’en fais pas trop, tu es là où tu dois être, et je suis assez admirative de ça. Je sais que j’ai tendance à tomber dans l’exagération quand je ne prête pas attention à ce que j’écris. Toi, tu sembles posséder une certaine facilité et c’est ce qui rend ton texte très bon.

    L’idée des créatures de Darkhell qui se seraient occupées de l’éducation de Ténébris m’a semblée vraiment judicieuse. Tu le développes au début et ça pourrait paraître peu à propos, mais ce n’est pas dénué de sens. J’ai aimé ce que ça ajoutait, même si c’est subtil, c’est intéressant que tu distilles ainsi des indices concernant l’éducation de Ténébris. J’ai comme l’impression que tu l’aimes bien aha !

    C’est un hasard, mais j’ai écrit au sujet de Galen et on a toutes les deux exposé une part de la vie de ce personnage ainsi que son rapport à la magie. J’ai aimé ce que tu as apporté, le fait que ce n’est pas quelque chose dont il dispose naturellement et que Ténébris peut être forte sans être capable d’en faire usage. J’ai trouvé la réflexion très raccord aux deux personnages et ce que tu nous montres de leur relation m’a également plu. C’est vrai qu’on sait peu de choses à ce sujet et que c’est une thématique hyper intéressante. Tu l’abordes avec brio, en tout cas.

    Je te remercie pour cet agréable moment de lecture. C’était un plaisir de te lire et je suis contente de te revoir. Bravo pour ce très joli texte

    • Mille mercis pour ton message. Je suis très touchée de voir que tu continues à me lire, même si je suis plus ou moins active sur le site suivant la période (conséquence d’une année d’études chargée, en présentiel, pour laquelle je suis très reconnaissante vu le contexte). Je ne me sens pas capable d’être aussi prolifique que toi, même si je suis impressionnée par tout ce que tu parviens à réaliser, en peu de temps, en fancréations!
      (J’espère que tes partiels se sont bien passés, quel stress ces examens…)

      J’aime beaucoup les écritures poétiques, moi aussi, et j’aimerais écrire quelques textes dans ce style, mais je reviens sans cesse à celui-là. En attendant, je suis rassurée que tu le trouves juste, c’est une question que je me pose très souvent quand j’écris (et que je tourne mes phrases dans tous les sens). Entre ce que l’on veut écrire et ce que l’on écrit, il y a souvent un sacré décalage en termes de perception, et j’ai encore du mal à lâcher prise de ce côté-là, à accepter que les impressions d’un lecteur ne seront pas identiques aux miennes.
      J’écris lorsque l’envie m’en prend, en me laissant porter par l’envie du moment. Je fais des tests et j’essaie d’être contente de petits textes, avant tout. Le Legend’may est un bon cadre pour ça!

      La relation père-fille qu’entretiennent Darkhell et Ténébris est un thème qui m’intéresse beaucoup. Du peu que l’on en voit, c’est même la plus belle relation filiale parmi les Légendaires (les autres parents sont porteurs de conflits ou… morts). Et depuis le tome 13, cette famille permet encore plus de possibilités, j’adore.
      Maiiis, j’ai fondu en lisant ça, réussir à transcrire leurs deux points de vue était tout l’enjeu de ce texte et je suis tellement, tellement contente que tu l’aie apprécié!!

      Haha, oui, lorsque j’ai écrit tout le début avec le dragonite, je me demandais un peu ce que je faisais, ça me paraissait trop long. Mais impossible d’aborder le cœur du sujet avant d’être passée par toute cette intro, elle avait vraiment envie de faire partie du texte!
      Comme c’est une partie de l’histoire des Légendaires sur laquelle je me pose plus de questions que sur d’autres, j’ai saisi l’occasion de la partager. Et puis, lorsque j’ai imaginé l’apparence des nounous de Ténébris, je me suis dit que ça pouvait se tenir: Darkhell avait sûrement Félisha en tête quand il les a crées.

      Eheh, j’avais préparé un deuxième texte pour ce thème, cette fois-ci centré sur Elysio… à nous deux, on complète le thème « Sorcier Noir »! Je vais aller lire ton texte, il faut que je prenne le temps de t’en faire un petit commentaire (si je ne suis pas submergée par mon concours blanc qui approche à grands pas, aïe).

      C’est moi qui te remercie pour ton soutient. Il m’est précieux, c’est un vrai bonheur d’avoir des lecteurs comme toi