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[LM2021 #3-4] « Magie » – La folie des condamnés

Jadinamona

Posté par Jadinamona, le 04 mai 2021


16 commentaires

[OS] Galen succombe à la voix caressante du Mal et embrasse la folie des condamnés.

Pour le LM, je me permets une petite entorse à mon règlement personnel. On n’est pas jeudi, jour de publication habituel, mais voici un court OS en lien avec la thématique du jour : la Magie. 

 

Terrifiant.

Ce terme était le premier auquel Galen songeait lorsqu’il faisait état de ses pouvoirs.

Répugnant.

Le mot que les villageois auraient employé se serait davantage apparenté à celui-ci. Tout aussi peu élogieux, tout aussi peu encourageant, Galen s’interrogeait à présent à son sujet. La sensation qui l’envahissait lorsqu’il se laissait submerger par la houle, par ce désir tentateur qui lui susurrait au creux de l’oreille des promesses presque caressantes, n’avait rien de répugnante. Ce n’était qu’après que la peur, une terreur brute, s’invitait.

Effroi.

Elle, justement, qui s’immisçait immédiatement après ses actes et qui ouvrait une perspective bien moins réjouissante. Qu’était-il devenu ? Qu’avait-il accompli ? Lorsqu’il ouvrait des yeux lucides sur le monde, il était en droit de s’interroger. Il n’accomplissait rien de propre, rien de bien glorieux, et la vision qui accompagnait son éveil s’apparentait souvent à un massacre. Alors, l’enthousiasme dément s’étiolait jusqu’à se fondre dans la peur et dans ce spectacle désolant.

Euphorie.

C’était elle qui le gagnait lorsqu’il s’abandonnait à cette caresse insistante. Une chaleur qui le rongeait le cœur et qui s’épanouissait en fleur de sang dans sa cage thoracique. Une émotion telle que Galen avait le sentiment d’en mourir chaque seconde un peu plus. Une impression de toute puissance, l’impression de se savoir invincible et invulnérable. L’émotion qui le saisissait alliait à cela la certitude de détenir un pouvoir de vie et de mort sur chacun. Jamais Galen n’avait goûté à quoi que ce soit de meilleur.

Il avait croqué dans le fruit défendu, dans l’unique chose qui n’appartenait pas à un être humain de posséder. Cette chose, cet écran noir qui brouillait sa vue et ce feu qui embrasait son être, l’avait sauvé.

Juste avant de le condamner.

Une condamnation lente, douloureuse, bien moins enviable à une mort franche, donnée sans cruauté.

Galen s’était condamné à la damnation perpétuelle, à une errance sans fin. Il épousait un destin dont personne n’aurait voulu. Lui-même ne comprenait pas encore exactement la portée de ce qui grandissait en lui. Cette chose immatérielle qui s’accrochait férocement à lui et dont il ne se débarrasserait pas. Grâce à elle, il était devenu un être capable de faire usage d’une magie puissante. Une magie dévastatrice qui avait déjà prouvé son net penchant pour la destruction.

Le plus terrible dans tout cela, dans ces faits que Galen attestait chaque jour davantage, c’était encore l’ambiguïté des émotions qui le traversaient. Il aurait dû repousser en bloc cette négativité, tout ce sang, ces morts qu’il engendrait, à défaut de quoi il se contentait d’une culpabilité vaseuse, peu à propos, qui semblait bien moindre.

Quel monstre était-il en train de nourrir, dans l’ombre de son être, dans l’intimité secrète de ses pensées ?

Quel monstre prendrait bientôt un plaisir éhonté à tuer ? Un plaisir, une jouissance sale, écœurante, ou encore pire que cela, de l’indifférence. Car il n’existait pas plus grande inhumanité que l’indifférence, l’impuissance, le fait de se sentir si peu concerné, par la violence. En cela, Galen était effrayé, plus encore que par les torts qu’il pouvait occasionner à moyen terme. Il avait vu ces corps mutilés, il les avait sentis avec une affolante précision, et il s’était imaginé s’en repaître. Pour la première fois de sa brève existence, il s’était projeté dans le cœur d’un désir qu’il admettait à demi-mots.

Il s’était imaginé écraser ses adversaires, dominer le monde, de la pire manière qui soit. Il avait rêvé de domination absolue, d’un pouvoir tel que nul avant lui n’avait disposé de quelque chose de semblable. Il s’était projeté dans une Alysia qui serait sienne, entièrement soumise à son bon vouloir, et il n’avait jamais rien connu de plus beau. Une vision enchanteresse, terrible parce qu’elle ne lui inspirait pas le dégoût, mais l’envie.

Galen n’était qu’un enfant et il mourait d’envie d’arracher de sa tête ces idées, ces pensées dévorantes. Dans son idéalisme infantile, il espérait encore dompter cette puissance qui léchait les pourtours de son corps. Il rêvait d’en faire une arme servile, qui ne lui soufflerait plus de brillantes idées à l’oreille et qui ne le corromprait pas.

Pauvre sot !

C’était une contrepartie nécessaire au pouvoir. La folie allait de pair avec celui-ci et l’un ne pouvait subsistait sans l’autre. C’était sa dot, le pris à payer pour aspirer à ces capacités inédites. Renoncer à l’un, c’était abandonner l’autre, et Galen réalisait alors qu’il en était incapable. Le pouvoir, et ses pouvoirs à une échelle plus réduite, possédait des attraits insoupçonnés. Ce charme particulier auquel il avait d’ores et déjà succombé.

Galen était perdu.

Il était jeune, mais condamné. Cette mort lente le guettait, avide des sacrifices qu’il esquisserait dans le but dérisoire de survivre. C’était fou de constater à quel point un homme qui n’avait rien à perdre pouvait témoigner d’actes sordides.

Galen possédait quelques hommes auxquels se raccrocher, mais pour combien de temps encore ? Combien de temps avant que cette noirceur, cette substance visqueuse qui adhérait à ses entrailles et les pourrissait, ne les révulse ? Combien de temps avant qu’il n’en sacrifice l’un ou l’autre sur l’autel de sa folie, de sa monstruosité ?

Galen était un garçon aux grands pouvoirs, un être dont la magie le dépassait déjà. Une aura maléfique qui rongerait tout ce qui avait jadis été bon en lui. Il épouserait l’âge adulte de la même façon qu’il s’était résigné à un destin désolé.

Galen laissa la houle lécher la surface de ses os, se lover entre ses reins, enflammer son cœur et lui susurrer des mots caressants. La voix était douce. Elle lui rappelait celle de sa défunte mère, celle des voix chères qui s’étaient tues.

N’aie crainte, surtout, n’aie crainte.

            Déjà, la peur s’estompait. Une goutte d’encre qui, tombée dans l’eau, s’étendait jusqu’à disparaître. Jamais elle ne retrouverait sa forme initiale et l’effroi était ainsi, déformé, jamais identique à celui qui avait précédé. Galen se vouait alors tout entier à cette voix pour en oublier la crainte et pour se bercer de toutes ces illusions.

Tu vois, ce n’est pas toi, le monstre. Tu n’es qu’un homme.

            Qu’est-ce qu’un homme sinon un monstre qui s’ignore ? Cette pensée saisit Galen et appartenait sans doute au garçon qui avait encore une mère et un frère, deux solides points auxquels s’arrimer. La pensée lui sembla vraie, authentique, mais pas tout à fait sienne. Elle s’éteignit et la houle le submergea.

Un grand homme.

            Il aurait tant aimé y croire.

La substance s’infiltra dans sa bouche, noya l’espoir d’une rédemption, et ce fut si réel, si déchirant, que Galen ne pouvait croire qu’il s’agisse seulement d’une fabulation de son esprit tordu. Son nez débordait de ce liquide visqueux, noirâtre, malodorante. Il se noyait dans les confins de son propre être et la chaleur revenait, rassurante. Factice, mais délicieuse, détentrice d’un oubli et d’une félicité auxquels Galen ne pouvait plus aspirer.

Il s’en gava.

Le Mal triompha.

Le garçon aspira cette flagrance singulière et refit surface. Déjà, il n’était plus tout à fait le même et payait son tribut, le prix pour avoir vendu son âme et l’avoir abandonné au Mal.

Le Mal qui ne cessait plus de susurrer en triomphateur.

Ce sont eux, les monstres.

16 commentaires

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  1. Première fois que j’écris sur Galen, j’espère avoir su me montrer convaincante aha !

    J’identifie les deux personnes qui organisent ce challenge (et elles ont du courage !) : @theshinylane et @shimy-0
    Petit OS pondu sur le moment, probablement très imparfait, mais fort sympathique à rédiger !

  2. C’est un magnifique OS! J’aime vraiment te lire, ton style est très agréable ! Bravo

    • Merci à toi, heureuse que ça t’ait plu :3

  3. Je commence seulement à lire les fanfiction. Je ne lis déjà pas beaucoup en général mais j’ai dévoré ce que tu as écris. J’adore ton style !

    • Merci beaucoup !!
      J’avoue que je lis très peu ici aussi, mais je suis contente que tu aies aimé ce petit texte :3

  4. Uh…j’aimerais bien partir dans un de ces commentaires à rallonge que j’écris d’habitude, mais que reprocher à ce texte ? Quelle partie souligner, sinon toutes ? Un vrai chef d’oeuvre à la longueur parfaite, pile accessible, au vocabulaire niché à l’exact niveau qui le rend soutenu sans être ampoulé. Bravo !

    • J’ai un faible pour les petits pavés, mais sache que ton commentaire me va droit au coeur. J’écris des choses plus longues, mais dans le cadre du challenge, je ne peux pas me le permettre. Je suis ravie que tu aies passé un agréable moment. J’ai aimé écrire ce texte

  5. Et voilà, encore une fois, je sais pas quoi dire. Je vais dire la même chose que d’habitude alors.
    Ce texte est super bien écris. Avec les mots que tu utilise, on peu vraiment se sentir dans la peau du personnage. Tu écris magnifiquement bien ! Ta plume est splendide, des mots bien choisis, bien placés, riches et variés, bref, c’est juste parfait.
    Donc, j’ai dit la même chose que d’habitude, mais à laisser un commentaire sur cette fic’ parce que j’ai vraiment adoré la lire ! Bravo

    • Même si tu dois te répéter, sache que c’est toujours extrêmement plaisant à lire et que ça fait du bien au moral, vraiment :3
      Merci beaucoup ! J’espérais pouvoir vous immerger dans sa peau, entre le monstre et lui, je suis contente que tu l’aies ressenti. Heureuse aussi que ma plume te plaise, j’essaie toujours d’enrichir mon vocabulaire sans le rendre inaccessible (ce n’est pas agréable de devoir ouvrir son dictionnaire parce que les mots nous échappent sans cesse).
      Un grand merci

      • Bwaha, j’ai écris ce com’ rapide avant de partir à l’école, et maintenant que je le relis je vois que des fautes x)
        De rien ! Et oui, les mots sont toujours vraiment bien choisis, toujours, et c’est pour ça que j’adore te lire ^^

        • Ce n’est pas grave pour les fautes aha, je suis ravie que tu aies aimé :3

  6. Sans exagération, c’est vraiment l’un des OS les plus incroyables que j’ai lu. La profondeur du récit, les ressentis de Galen, c’est juste incroyable. Bravo !

    • Oooh, je suis très touchée et vraiment ravie que tu aies aimé à ce point. Merci pour cet adorable commentaire

  7. Ohh Mona ! Ce texte est absolument superbe !
    J’ai beaucoup aimé le lire, c’est fluide, ça passe tout seul et rapidement !
    On ne peut rien ta reprocher pour le coup Mona ! Ce vocabulaire est juste wouah, je sais pas quoi dire, donc juste BRAVO !

    • Merci beaucoup ! Je suis contente que tu aies passé un agréable moment de lecture, c’est très gentil à toi :3

      • De rien beaucoup ^^