Bonjour bonjour
Petit hors série peut-être un peu déprimant, mais mon énergie est very low aujourd'hui alors voilà

Ah, petite précision : l'histoire se passe dans notre monde.
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Shimy se met à pleurer. Elle est assise sur sa chaise de bureau et écoute une musique triste dans son casque. La chanson l’a aidée à transformer sa déprime en larmes, et c’est ce qu’elle voulait. Elle se dit qu’il vaut mieux pleurer que déprimer en silence. Elle pleure pour elle et son avenir. Elle pleure parce qu’elle n’arrive plus à s’imaginer à l’âge de ses parents. Trop de choses mettent en péril son monde, à présent. Il est impossible qu’elle ait la même jeunesse qu’eux ; les mêmes possibilités d’avenir qu’ils avaient. Quand elle pense aux années à venir, ce n’est qu’une sorte brouillard indescriptible qu’elle parvient à visualiser. Et elle a l’impression qu’elle n’arrivera à en parler à personne.
Shimy pleure en silence. Ses épaules se recroquevillent et elle se dit qu’elle serait mieux assise par terre, le dos contre son lit, comme elle l’a déjà fait. Alors elle y va, elle glisse au sol ; elle ramène ses genoux contre sa poitrine et les enlace. Petit à petit, elle laisse tomber son front sur ses jambes. Les notes de fin du piano, qui résonnent douloureusement, la touchent de plus belle et la prennent aux tripes. Elle pleure sa solitude et sa vie sans grandes perspectives.
La chanson se finit. Elle renonce rapidement à en écouter une nouvelle et enlève son casque. Shimy continue à pousser des sanglots en silence. Elle se dit, ou plutôt c’est une petite voix qui lui glisse qu’il serait préférable qu’elle aille se doucher avant que ses parents ne le lui demandent – en fait, cette voix est gentille plutôt qu’enquiquineuse, même si elle lui demande de bouger : elle veut seulement lui éviter de se faire surprendre en pleurs. Alors Shimy s’y résout. Elle attrape ce dont elle a besoin puis va s’enfermer dans la salle de bain. Elle croise son regard dans le miroir : ses traits sont tirés. Shimy s’assoit d’abord par terre et sanglote quelques instants. Elle se rappelle qu’elle s’est maquillée ce matin.
Elle décide d’aller sous la douche sans retenir ses pleurs. Alors elle sanglote en attendant que l’eau chauffe. Elle repense à ce qui la rend triste. Elle sent ses yeux lui piquer. C’est son maquillage qui lui rentre dans les yeux. Elle cille plusieurs fois et se lave presque à l’aveugle.
Ses pleurs semblent s’arrêter d’eux-mêmes quand elle se rince. Elle se sèche avec l’oeil droit fermé puis s’habille à la hâte. Puis elle regarde son reflet : ses larmes ont laissé une coulure de mascara le long de ses joues. Elle saisit un coton en tissu et l’imbibe de démaquillant. Après ça, elle se brosse les dents – de la main droite, remarque-t-elle. Depuis deux ans elle utilise sa main gauche pour ça, dans le but de renforcer sa dextérité un tant soit peu.
Et ensuite, elle ressort et regagne sa chambre en express. Elle dépose ses habits sur sa chaise et attrape son carnet, celui qui lui sert pour plein de choses. Elle range un classeur dans un tiroir de son bureau, puis le ressort quand elle se rappelle avoir laissé son critérium à l’intérieur. Ensuite, elle se met à écrire.
Au fil des mots, elle se rend compte de l’impression de solitude qu’ils dégagent. Pourtant, la journée avait bien commencé. Il lui arrive parfois d’avoir des coups de blues, certes. C’est peut-être à cause cet énième post d’une personne qui exprimait des questions sur l’éthique d’une nouvelle « technologie » qui montait en popularité depuis plusieurs années. Une technologie qui mettait en péril le métier qu’elle rêvait d’exercer. Une technologie qui brouillait sa vision de l’avenir.
C'est pour ça qu'elle essayait de se détacher des réseaux, pour ne plus tomber sur de tels rappels que ses choix d'avenir étaient maintenant restreints.