I Will Never Forget You
you're still everything – Madison Beer
Cela faisait un an. Un an que rien n'était pareil. Les Légendaires avaient combattu un groupe puissant de sorciers. Mais au cours de cette dangereuse mission, Jadina fut terriblement blessée. Amenée en urgence aux soins de Vangelis, elle avait besoin de repos et de surveillance médicale. Mais un jour, alors que Danaël et les autres s'étaient absentés, Jadina fut enlevée. Personne n'avait rien vu. Mais elle n'était plus là. Et pour Danaël, c'était une déchirure.
Dès ce jour, il l'avait cherchée sans relâche. Chaque ville, chaque royaume... Mais aucune trace d'elle. L'espoir le quittait souvent, mais il refusait d'abandonner.
Sauf qu'un matin, Gryf assura avoir entendu des gens parler de Jadina. Ses paroles qui ont suivi ont mis tout le groupe d'accord.
La princesse Jadina d'Orchidia et le prince Halan de Sabledoray allaient se marier.
***
Les Légendaires arrivèrent en un rien de temps au palais de Sabledoray. Certains gardes courageux avaient osé essayer d'arrêter Danaël, mais ils l'avaient vite regretté. Danaël ne supportait pas l'idée qu'Halan ait pu conquérir Jadina. Pire, qu'elle l'ait laissé faire. Il avait trop de questions. Et avait besoin de réponses.
— HALAN !!!
La voix de Danaël résonna dans la grande salle du palais. Halan, vêtu de sa tenue de prince parfait, se retourna brusquement vers son rival blond et ses amis. Gryf, Shimy, Razzia. Ils étaient tous là.
— Tiens, voici le preux chevalier ! Comment vas-tu, Danaël ?
En un mouvement fluide et rapide, Danaël bondit et attrapa le col de la chemise à Halan.
— Où est-elle ?!
— Je ne vois pas de qui tu parles.
— Jadina. Où est-elle ?! répéta-t-il, la voix plus dure.
Halan se dégagea, un sourire triomphal sur les lèvres.
— Oh, tu parles de ma fiancée ! Oui, Jadina est bien ici. Mais elle ne veut plus de toi.
Ces mots lourds brisèrent le cœur de Danaël, mais il n'en montra rien.
— Elle était à l'hôpital. Entre les mains de Vangelis. Puis elle a été kidnappée. Et étrangement, elle se retrouve à Sabledoray, avec toi ! Tu es derrière tout ça. Tu l'as retient prisonnière ?
— Tu es bien loin de la vérité, mon pauvre ami.
L'épée de Danaël finit sous la gorge d'Halan, sans retenue.
— Où est-elle ?!
— Halan ? Tout va bien ?
Danaël tourna lentement la tête vers l'escalier. Jadina était là. Habillée d'une longue robe blanche, elle ressemblait à un ange. Son regard émeraude rencontra l'azur de Danaël, et le monde s'arrêta.
— Qui... Qui êtes-vous ? murmura-t-elle, horrifiée face à la scène.
Shimy et Gryf échangèrent un regard surpris. Danaël rangea son épée, et courut vers elle, ses mains restant pourtant à distance.
— Jadina... Enfin, tu es là... Je t'ai cherché partout...
Mais Jadina le détailla de la tête aux pieds, confuse.
— ... Désolée... Je crois que vous faites erreur.
— Faire erreur ?! Voyons, Jadina. Je te reconnaîtrais entre mille !
Mais la voix de Danaël se brisait encore un peu plus.
— Vraiment... Je… je ne vois pas qui vous êtes...
Danaël sentit le monde se dérober sous ses pieds. Il recula, frappé de plein fouet.
— ... C'est impossible ! Jadina, c'est moi, Danaël !
Jadina secoua la tête, désolée. Les joues de Danaël se baignèrent de larmes, et il tomba à genoux, les épaules secouées. Shimy, Gryf et Razzia se précipitèrent vers lui, le soutenant.
— Les choses changent, Danaël. Tu dois tourner la page, résonna la voix d'Halan derrière.
— ... Que lui as-tu fait, ordure ?! parvint-il à articuler.
Halan entoura les épaules de Jadina, comme pour marquer son territoire.
— Son cœur a choisi. Et tu n'es pas son choix.
Mais Jadina se retira de son emprise.
— Halan ! Comment peux-tu dire cela ?! C'est un homme brisé, et tu le nargues ! Arrête ! s'énerva-t-elle.
Danaël fronça les sourcils. Mais Halan ordonna à un garde d'emmener Jadina plus loin. Mais alors que le garde guidait la princesse, celle-ci se retourna une dernière fois, le regard troublé. Ses yeux croisèrent ceux de Danaël, et elle fronça les sourcils. Danaël ne sut pas pourquoi.
Gryf l'aida à se relever.
— Gardes, enfermez ces intrus dans les prisons souterraines, ordonna Halan. Séparés.
Danaël ne contesta pas. Il n'en avait pas la force.
***
La fraîcheur du cachot attaquait Danaël, mais assis sur le banc de sa cellule, il n'y prêtait même pas attention. Il ne comprenait pas pourquoi Jadina ne l'avait pas reconnu. Et comme d'habitude, Halan s'en réjouissait. Quelque chose ne va pas, pensa-t-il.
Soudain, des bruits de talons se firent entendre dans le silence sinistre.
— Vous êtes-là ? l'appela une petite voix.
Il releva la tête, et reconnut Jadina, qui tenait une torche à la main. Elle le vit aussi. Ses doigts entourèrent un barreau, et elle le détailla encore, incertaine.
— Pourquoi Halan vous a-t-il emprisonné ? lui demanda-t-elle.
— Parce qu'il profite toujours de la situation, répondit-il.
— Je... Je suis navrée de ne pas vous avoir reconnu tout à l'heure. Je ne fais pas semblant, vous savez, s'excusa-t-elle, visiblement blessée.
Danaël s'approcha de la grille, et il put enfin voir l'entièreté de son visage. Ce si beau visage, qu'il aimait contempler des heures.
— Inutile de t'en vouloir, tu sais. Tu sembles toute aussi confuse que moi, la rassura calmement Danaël.
Un rire tremblant échappa à Jadina.
— On dirait, oui... Et, vous êtes... ?
— Danaël.
— Danaël... répéta-t-elle, comme pour s'y ancrer.
Tout à coup, Jadina eut un vertige et dut s'asseoir, une main à son crâne.
— Jadina ! Est-ce que ça va ? s'inquiéta Danaël.
— Oui... C'est juste que... vous me semblez familier mais... je n'arrive pas à me souvenir pourquoi.
Danaël comprit alors, comme si la foudre l'avait frappé : Jadina avait perdu la mémoire.
— Tu... Tu as perdu la mémoire ?
À nouveau debout, Jadina haussa les épaules.
— Je ne sais pas vraiment... Il y a un peu plus d'un an, j'étais à l'hôpital. Et Halan est venu me voir. Il agissait comme s'il me connaissait depuis toujours, alors comme mes souvenirs étaient en vrac, j'ai choisi de lui faire confiance. Il m'a ramené à Sabledoray, et nous nous sommes fiancés. Soi-disant, nous l'avons toujours été.
La mâchoire de Danaël se contracta violemment. Tout s'explique.
Mais devant la confusion de Jadina, il ne voulut pas la submerger. Elle doit se rappeler elle-même.
— Et Halan ne t'a jamais parlé de moi, je suppose ?
— Non. Mais quand je croise ton regard, je...
Sa main chaude vint se poser contre la joue de Danaël, qui ferma les yeux à ce contact.
— J'ai l'impression de m'y retrouver. De me sentir moi-même.
La main de Danaël surplomba la sienne.
— Avec moi, tu pourras toujours être toi-même. Je te connais comme personne, Jadina.
Jadina cligna des yeux, puis rougit.
— Euh... Oui, donc... Vous voulez bien sortir du palais avec moi pour... discuter ? lui demanda-t-elle timidement.
— Je ne demande que ça, princesse. Mais je ne peux pas aller bien loin, là...
— Oh, oui... Suis-je bête !
Elle sortit de sa poche un trousseau de clés.
— Le garde a accepté de te donner les clés ? douta Danaël.
— Eh bien... je l'ai assommé, avoua-t-elle en le délivrant.
Danaël éclata de rire.
— Là, je te reconnais.
Danaël tendit la main en direction de Jadina, qui fixa cette paume ouverte. Avec hésitation, elle y posa sa main, un frisson la parcourant. D'un pas pressé, il l'entraîna vers un couloir étroit, et ils sortirent par la porte secrète. L'air frais emplit les poumons de Danaël, qui respira un bon coup.
— Merci de m'avoir délivré.
— De rien, chevalier.
Le cœur de Danaël se réchauffa instantanément. Ils marchèrent, main dans la main, dans des jardins aux verdures magnifiques.
— Danaël ? l'appela Jadina, d'une voix hésitante.
— Oui ? répondit-il en se retournant complètement vers elle.
— Raconte-moi... Comment m'as-tu connu ?
— Notre rencontre ?
— Non... Juste, comment je me comportais avec toi ?
— Tu es bien différente quand tu portes un simple pyjama que lorsque tu portes une robe royale. Et, avec moi, tu es joueuse, toujours souriante. Tu veux combattre pour le bien, même si tu as peur d'échouer. Tu aimes te reposer dans mes bras, car à tes yeux, c'est le seul endroit où tu peux être fragile. Tu adores me mettre dans l'embarras, car ça t'amuses. Tu n'aimes pas paraître faible, mais tu te l'autorises quand tu es avec moi. Ah, et... tu détestes te faire draguer.
Silence.
Danaël tourna la tête vers elle, et se rendit compte qu'elle avait la tête baissée, et qu'elle tremblait. Une larme coula sur ses joues. Inquiet, Danaël enveloppa son visage de ses mains.
— Jadina ? Qu'est-ce que tu as ?
Elle releva les yeux, un vrai sourire sur le visage.
— C'est juste que... tu me décris comme une femme heureuse. C'est exactement comme ça que je veux être, mais j'ai l'impression que depuis que je suis avec Halan, je dois toujours être une princesse parfaite, répondre aux attentes, supporter l'égoïsme d'Halan... Et, depuis que tu es là, je... je me sens accomplie. Entière. Comme si j'étais précieuse.
— Parce que tu l'es, Jadina. À mes yeux, tu es tout. Mon oxygène, ma vie, mon bonheur. Mon tout. Et du temps où nous étions ensemble, Halan te convoitait déjà. Mais tu refusais d'être aux services d'un homme comme lui. Tu le haïssais. Et tu as toujours été heureuse avec moi. Parce que tu étais aimée comme tu es.
Sans attendre plus longtemps, Jadina se jeta au cou de Danaël, et le serra si fort qu'elle en tremblait presque. Danaël répondit aussitôt, enfouit son nez dans ses cheveux ébènes.
— Alors... nous étions en couple, avant qu'Halan vienne à l'hôpital et ne me mente ?
— Oui, Jadina. Pas les plus parfaits, certes, mais tu étais mon refuge, et tu l'es toujours. Quand j'ai appris que tu avais été kidnappée à l'hôpital, je t'ai cherché pendant plus d'un an. Un an où tu me manquais chaque soir, chaque minute qui passait. Je t'aime de tout mon cœur...
Pour toute réponse, Jadina se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa. Danaël reconnut le parfum de cannelle sur sa langue et celui de vanille dans ses narines. Il prolongea le baiser, et la souleva, une main sous chaque cuisse, les jambes de Jadina entourant la taille de Danaël. Les souvenirs fusèrent dans l'esprit de Jadina, qui interrompit soudainement le baiser, poussant un gémissement de douleur.
— Ça ne va pas ? s'inquiéta Danaël, les joues encore un peu rougies.
— Je... Je revois des choses...
— Quel genre de choses ?
— Des... des souvenirs de toi et moi... Une plage, une auberge, et aussi les trois autres personnes qui t'accompagnaient aussi...
Incertaine, elle perça son regard.
— Tu crois que je suis folle ?
— Non, jamais, mon cœur, chuchota-t-il en dégageant une mèche derrière son oreille. Tu as dû perdre la mémoire, mais Vangelis n'a pas dû le remarquer. Ou peut-être était-ce après, je ne sais pas...
Jadina posa ses lèvres contre les siennes encore une fois, mais plus profondément. Ses souvenirs restaient derrière une porte qu'elle essayait d'ouvrir, elle était si près, mais elle n'y parvenait pas.
— Mes souvenirs sont tout proches, Danaël... Mais, je n'arrive pas à les atteindre, souffla-t-elle, ses lèvres effleurant celles de Danaël à chaque syllabe. Je veux les retrouver.
Danaël hocha la tête lentement, déterminé.
— Alors j'ai une idée. Viens avec moi.
Avec plaisir, elle se laissa entraîner, avec cet homme qui semblait la connaître plus qu'elle.
À suivre...