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Fanfictions

Le retour du héros

Chapitre 1

Ailleurs 

Danaël reposait dans un linceul d'ombres. Tout ce qu'il voyait n'était qu'ombres, du reste. Les premiers jours, Anathos avait trouvé amusant de le faire assister au spectacle de la destruction du monde ; puis il s'était lassé de ses cris horrifiés et de ses pleurs. Alors il l'avait confiné là, dans ce recoin des limbes, âme sans corps errante en attendant que le dieu maléfique veuille bien le rejoindre dans le monde des morts ce qui, à l'entendre, n'arriverait jamais. Une créature vivante se serait réfugiée dans la folie ; mais Danaël n'était plus rien, sinon un esprit, et il lui fallait souffrir dans le silence et dans l'ennui pour l'éternité, punition infamante pour avoir échoué à vaincre Anathos, et d'être devenu sa réincarnation ; processus qui n'avait été qu'une douleur sans fin, et qu'il regrettait pourtant : c'était la dernière fois qu'il lui avait été donné d'être dans une enveloppe charnelle. Dans la douleur, oui, mais dans un corps, bon sang ! Bien qu'il ne soit plus vivant, bien qu'il n'est plus rien de charnel, il sentit des larmes couler le long de ce qui aurait dû être ses joues, larmes de rage de ne plus être vivant, larmes de peur de ce qui adviendrait, néant ou partage de celui-ci avec le dieu là-bas... Ce qui lui tenait lieu ici de corps, cette avatar de l'esprit, se recroquevilla et sanglota plus encore, et ses larmes coulèrent dans son recoin de limbes, et au delà...

"C'était un château comme on en voyait si peu ;

un château de pierre grise, et mort un petit peu...

Car son seigneur et maitre, C'est la Mort en personne, 

La pendule au grand hall, chaque seconde sonne...

La grande aiguille n'a fait qu'un seul tour du cadran.

Et tu lui a fait faire, Anathos le grand ! "

La Mort arrêta sa déclamation. 

Quelque chose, dans la trame de l'univers, était en train de l'invoquer...

 

Croiseur Gaulois intergalactique "Le vert Galant", chambre des communications magiques 

L'officier de liaison Visqui Onzerol regardait nerveusement le moniteur de la console empirique. Sur celle ci apparaissait le visage du Primipile Savinasse, et ce dernier avait une demande bien particulière à faire.

"Oui, Onzerol, je sais que c'est un service difficile à rendre que je vous demande. Mais croyez moi, il est nécessaire ! Anathos menace toute l'humanité , y compris nous, les gaulois. ce que je te demande de faire pourrait bien permettre de régler cette crise... et sans passer par cette guenon de Kalandre ! aussi, fais-le non pas pour moi, mais pour la gaule... autorise-moi à invoquer la Mort ; lui seul (oui, il : la mort est un mâle, un mâle nécessaire.) peut m'aider à accomplir le rituel ! "

Onzerol acquieça, l'air dubitatif. Il était tiraillé entre sa loyauté envers son ancien camarade d'études, et son devoir de fonctionnaire, qui consistait à ne pas allouer plus de 300 francs exceptionnels par semaine à une planète donnée.  et un rituel d'invocation de la mort ne pouvait se faire, officiellement, que pour plusieurs milliers de francs. Officiellement. Pas officieusement. Il sourit, et répondit : "Même si je ne peux pas te donner les fonds, je ne peux pas t'interdir de le réaliser à titre de particulier..."

 

Station Spatiale Temporaire numéro 6589, constituée du croiseur de bataille Fureur de Nemossos , de la frégate furtive Sacré Numéro, et du bâtiment médical de guerre Marie Cumin. 

 

Savinasse se détourna de la console de commande, puis se rendit d'un bon pas vers sa voiture antigravitique, une CX superturbo 6 cylindres en ligne. Une poignée de minutes et un sas plus tard, il était sur le Marie Cumin, et une autre encore après, devant une grande baie vitrée. Alors qu'il enfilait par dessus son uniforme une blouse, son regard s'attarda sur les machines qui s'actionnaient sous ses yeux. Car le Marie Cumin n'était pas un bâtiment hôpital ; c'était une usine à Clones, où les soldats gaulois tombés au combat étaient ressuscités dans des corps neufs. Normalement , la Mort n'était pas nécessaire dans ce processus ; mais aujourd'hui , on allait s'occuper non pas du dernier trouvions mort dont la mère éplorée et les amis attristés fournissaient une description complète , mais d'un brillant inconnu, même pas gaulois, et victime d'une malédiction qui avait ramené son corps à l'âge d'enfant . Aujourd'hui, le corps était prêt, mais la seule Mort pourrait retrouver l'esprit. D'où la nécessité de l'invoquer. Savinasse franchit les portes d'airain du laboratoire où, déjà, se trouvait assemblé le nécessaire pour appeler la faucheuse. À côté du pentacle se trouvaient une jeune fille aux yeux de jade et cheveux de jaïs, et un garçon dont la tignasse rousse était coiffée en queue de cheval. Il dût se retenir de demander, histoire de plaisanter, lequel était la veuve éplorée ; tout le monde ne prenait pas l'opération avec la même légèreté que lui. Surtout que l'une des deux personnes avait récemment été ressuscitée selon une méthode analogue - et la coopération de l'arbre de gaméra, qui s'était permis d'imposer quelques conditions assez.... inhabituelles. Mais Savinasse était un homme inhabituel. Et ce beau monde avait permis de reconstituer l'enveloppe charnelle du chevalier. Savinasse s'agenouilla devant le pentacle, et commença à marmonner la formule d'invocation ; pendant ce temps, les assistants se préssaient,  sous le regard curieux des deux spectateurs, autour de l'invocateur, lui tendant successivement un gros œuf, une fiole remplie d'un liquide rouge et plusieurs brindilles ; Enfin la formule prit fin, et la Mort apparut. 

"HA, SAVINASSE. MON VIEIL AMI... QUEL BON VENT M'AMÈNE ? 

-Il me faut une âme bien particulière...

-LAQUELLE ? 

-celle du chevalier Danaël. 

-OHHH... JE SUIS NAVRÉ, MAIS CETTE ÂME EST ENCORE ATTACHÉE À SON CORPS ORIGINAL. IL VA FALLOIR LE DÉTACHER. 

-Mais n'as tu pas cette capacité ? 

-PAS SI UN DIEU INTRODUIT DANS L'ENVELOPPE CHARNELLE S'Y OPPOSE. SEUL UNE TRIADE DE VIVANTS PEUVENT ASSURER L'OPÉRATION. DEUX PROCHES (il fit un geste évasif vers Jadina et Ikaël) ET UN MENEUR. UN HOMME ORDINAIRE NE POURRAIT ASSURER CETTE TÂCHE. .. MAIS TU N'ES PAS UN HOMME ORDINAIRE. BONSOIR.

La Mort s'évanouit. Il ne restait plus rien, à part l'écho du rire des dieux. Savinasse se retourna vers les deux enfants médusés, et leur dit :

Voici quelques complications qui s'annoncent...

fin du chapitre 1+"