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Fanfictions

Monde moderne (de Savinasse) : Chapitre 1

Chapitre 1

Cinq ans plus tard (donc, logiquement, maintenant)

Larbos city (Paris), quartier Latin

Le réveil sonna avec la délicatesse d’un adjudant-chef des paras. En geignant, Danaël sortit sa main de sous ses draps, et frappa le malheureux instrument de toute la force d’un gringalet de treize ans encore ensommeillé ; ce ne fut pas assez pour arrêter l’infâme, et il lui fallut sortir du cocon de ses draps pour mettre fin à son hurlement strident. Ce faisant, il lut l’heure : 6 heures trente ! Comment le mécanisme avait pu se déclencher si tôt ? Soudainement il se souvint : cette nuit-là avait eu lieu le changement d’heure ! Et, bien entendu, c’était ce jour que sa prof d’elfique, qui avait sûrement récupéré son agrégation grâce aux points de l’option sadisme, avait posé un examen blanc de 2 heures, récupérant l’horaire de 8 heures à 9 heures, donc en forçant les élèves à venir en cours une heure plus tôt ! Ce qui lui avait fait perdre 2 heures de sommeil. Le blondinet bondit hors de son lit, et se réceptionna dans un jean abandonné la veille, tout en enfilant en vitesse un maillot de corps. Puis il bondit vers la cuisine de l’appartement, attrapa un paquet de céréales dans le placard et le déversa dans un bol, avant de noyer le tout de lait pasteurisé récupéré au frigidaire. C’est à ce moment-là qu’il s’aperçut que son frère était en train de déjeuner. Attablé devant deux tartines sommairement beurrées et décorées d’une lichette de confiture, une tasse de thé à la main, l’uniforme impeccable, le commandant Ikaël de la police nationale de Larbos toisait son frère avec son habituel air de déception, quoique ce matin-là, il fut teinté de la surprise de voir son frère debout deux heures avant l’heure habituelle. Cette curiosité s’effaça néanmoins rapidement quand son petit frère lui expliqua la raison de son lever de si bonne heure.

« Ah, cette sympathique madame Catherine ! S’exclama-t-il. J’ai du mal à croire qu’elle vous a mis une interro de si bon matin. La brave femme a raison ! Cela vous tire de votre apathie naturelle d’adolescent.

Danaël soupira. Son frère était vraiment pénible quand il s’y mettait… La mort de leur père n’avait pas déclenché cette antipathie ; mais voir son frère décider de s’orienter vers les études magiques, et non vers la carrière policière, semblait l’avoir définitivement braqué contre lui. Dans l’immeuble, personne ne l’ignorait ; cela ne l’empêchait pas de s’être fait des amis, comme la fille du second d’Ikaël, Saryn, celle d’un confrère venu des îles des Elfes, Shimy, ou un interne du lycée, Gryf. Sans prêter davantage attention à son frère, l’adolescent se saisit de sa veste en cuir, prit son sac, et se dirigea prestement vers la cour de l’immeuble. Saryn l’y attendait, en tapant du pied.

« Eh, bien lui lança-t-elle, tu en a mis, du temps ! Je désespérais de te voir arriver ! Shimy est déjà partie au lycée !

Sans attendre que son ami ne tente de se justifier, elle lui tourna le dos et prit la direction de l’établissement. Danaël courut pour arriver à sa hauteur.

-Ah ! Tout de même. Il semblerait que tu te sois décidé à arriver avant la nuit.

-Quoi, pour la… de prof d’Anglais et son contrôle, moi, me dépêcher ? Pfff… Franchement, Saryn, à quoi bon ?

-Tu ne devrais pas être si dure avec elle. Elle est sympathique et ses cours sont intéressants.

-Oui, mais elle me met de mauvaises notes !

-Parce que tu ne travailles pas et que tu persiste à appeler l’Elfique Anglais alors que tu sais très bien que Les hommes fous qui vivent au nord de leurs îles continuent de leur faire des misères, et qu’eux ne sont pas civilisés et bloqués par une stupide terre sainte comme les Français ! D’ailleurs, as-tu révisé !

-Non ! Pas pour une compréhension écrite !

-Tu aurais dû. Du reste, je suis sûre que la madame Binette avait oublié que nous changions d’heure aujourd’hui !

-Je n’y crois pas une seconde !

-Pourquoi ? Tu l’as bien oublié, toi !

Lycée de la magie de Larbos (salle d’anglais)

« Nous sommes là, madame Binette ! Désolés du retard ! S’excusa Danaël, le souffle court. Le professeur d’anglais, petite elfe sèche et au sens de l’auto-dérision atrophié, leva les yeux des sujets d’examen.

-C’est madame le professeur pour vous, Monsieur Damnation ! Il ne manque personne. Quoique ! Mademoiselle Alghar ! Que faites-vous derrière ce voyou ? Vous aurait-il empêché d’arriver à l’heure en vous retenant ?

-En un sens. Je l’ai attendu et il est descendu en retard.

-Moui. Je vois. Vous auriez dû prendre exemple sur mademoiselle Shamira. Elle au moins ne perd pas son temps avec des garnements faignants ! Mais je vous pardonne. Allez-vous installer, jeune fille. Quant à vous, ajouta-t-elle à l’adresse du blond, le nouveau censeur aura le plaisir de faire votre connaissance dès la fin de ce contrôle.

Danaël soupira sous cape, puis alla s’assoir.

-Une seconde ! L’interrompit le professeur. Ne vous imaginez quand même pas que je vais vous laisser vous assoir à côté de monsieur Enfer ! Allez au premier rang, à côté de monsieur Sabledoray.

Avec un nouveau soupir, aigrement commenté, Danaël alla s’assoir à côté de l’arrogant Halan, maghrébin aux cheveux teints en vert et à la tenue orientale dont le gilet laissait voir ses pectoraux musclés et bronzés, en dépit de la fraicheur printanière. Ce dernier ne résista pas à l’envie d’adresser un sourire à son nouveau voisin, l’air très amusé de la situation, quand Madame Binette se souvint tout d’un coup que placer Danaël à côté de son rival en amour avait de fortes chances de provoquer une bagarre à même d’expédier les deux potaches chez le nouveau proviseur adjoint avant la demie. Elle interpella donc son élève : « Non ! Tout compte fait, je préférerai placer quelqu’un de plus calme entre vous deux. Mademoiselle Orchidia, monsieur Sabledoray, échangez vos places. »

Les deux élèves se levèrent en silence mais en affichant une mine outrée ; mais le professeur n’y accorda aucune attention, trop fière d’avoir évité que son autorité ne soit bafouée par l’alliance accidentelle de deux de ses pires élèves.

« Tu ne perds rien pour attendre, blondinet, susurra Halan à l’oreille de Danaël.