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Fanfictions

Monde moderne (de Savinasse) : Chapitre 2 partie 1

 

 

 

 

Danaël se dirigea insouciamment vers le bureau du proviseur. Son cœur adolescent avait du reste d’autres préoccupations ; car il avait, du fait de son bienvenu retard, pu s’assoir à côté de Jadina. Merveilleuse fille ! Sa chevelure de jaïs, sa peau délicate des lointaines terres du sud, son tempérament Orchidien, ses vêtements luxueux, son sac Hermès, tout cela le remplissait d’admiration. Evidemment, entre elle et lui, il y avait Halan, qui était l’héritier d’une des plus grosses fortunes pétrolières de l’immense royaume de Sabledoray ; mais ce n’était qu’une peccadille, devant les promesses d’amour que lui faisaient cette charmante fille. Peccadille… Une peccadille qui pourrait lui valoir des ennuis… Car, à quelques mètres du bureau, il fut violemment saisi par le bras, et reconnut Halan en son agresseur.

« Halan ! qu’est-ce que tu me veux ?

-Alors comme ça, on fait les yeux doux à Dina, hein ?

-Et alors ? C’est mon droit !

-Je crois que tu ne saisis pas vraiment ce que Je considère comme Ton droit…

Danaël se prépara à une éventuelle bagarre, mais la porte du bureau du proviseur fut légèrement entrebâillée à ce moment-là. Halan, qui considérait qu’il était difficile de se justifier d’un soufflet, d’un coup de poing ou d’une bastonnade, décida de changer de stratégie. Il rapprocha le blondinet de lui, et lui fourra un paquet dans la poche et lui disant, très explicitement : « Je crois que tu as fait tomber ça.

Puis il se retira, et la porte s’ouvrit sur un jeune homme de 4 ou cinq ans de plus que Danaël, habillé d’un pantalon et d’une veste marron.

« Monsieur le proviseur-adjoint ? Demanda Danaël, surpris.

-Non, il est dans son bureau. Répondit le colosse d’une voix de basse. Puis il dépassa l’adolescent, révélant un bureau propre et soigné, où l’attendais un homme d’environ une vingtaine d’années, quoique Danaël lui aurait plutôt donné trente, vêtu d’un costume bleu marine de velours côtelé. Son regard vif et alerte se posa sur Danaël, et il lui fit signe d’entrer. Ce dernier obéit à contrecœur.

« Alors, comme ça, vous êtes envoyé par madame Binette ? Demanda-t-il, l’air affable mais le fixant d’un oeil sévère.

Le blondinet acquiesça, et s’apprêtait à trouver expliquer pourquoi la décision de l’envoyer chez le proviseur était tellement injuste, quand les yeux du Censeur se posèrent sur un renflement dans la poche de l’élève – le paquet qu’Halan prétendait avoir vu tomber.

-Jeune homme, demanda-t-il, auriez-vous l’obligeance de me dire ce que vous avez dans votre poche ?

-C’est que… Euh... Je ne sais pas, m’sieur.

-et bien, dans ce cas-là, découvrons-le ensemble…Danaël glissa sa main dans sa veste ; elle rencontra une enveloppe de papier Kraft, qu’il sortit au grand jour. Elle s’y révéla mal faite, car un petit bout du contenu dépassait – une poudre blanche. Danaël frémit. Il savait qu’Halan le détestait et voulait se débarrasser de lui, mais il n’aurait jamais pensé qu’il irait jusqu’à cacher de la drogue dans ses affaires ! Le proviseur-adjoint, lui, souriait comme un chat qui aurait trouvé une souris malchanceuse, dont la chair bien grasse lui interdirait la fuite. Il sortit de sa poche un couteau pliant, qu’il utilisa pour découper l’enveloppe ; et se révéla un beau tas de ce qui, vraisemblablement, n’étais pas du bicarbonate de soude. Dans le couloir retentit alors les bruits de quelqu’un que l’on traine à plusieurs.

« Mais tu va arrêter de te débattre ?

-Non ! Je suis innocent !

-Gryf ? Demanda Danaël, pour lui-même.

-On verra si tu tiendras le même discours tout à l’heure, quand tu seras chez le proviseur !

La porte fut claquée, et Gryf, car c’était lui qu’on amenait de force, se figea en voyant la table et ce qu’elle supportait. Le chef du groupe, qui se révéla être Halan, s’avança devant ses hommes et leur captif, un paquet semblable à la main.

« Monsieur le proviseur ! Nous avons trouvé ça dans les affaires de Gryf ! Il a tenté de prendre la fuite, mais… attends, Danaël, ce paquet qui est ouvert sur la table, ne serait-ce pas de la came ? Dit-il, l’air faussement surpris. Et dire que je te l’ai rendu il y a à peine cinq minutes… Et on trouve un paquet semblable dans le sac de ton ami…

« Eh bien, messieurs, tout s’explique ! se félicita le censeur. Vous avez visiblement trouvé deux des dealers qui font arriver des stupéfiants dans cet établissement. Félicitations !

-C’est faux ! S’indigna Danaël. Halan, tu as mis de force ce paquet dans ma veste !

-Accusation ridicule pour tenter d’échapper à ta juste sanction, répliqua-t-il. Car, si tu es innocent, comment expliques-tu que moi et mes amis ayons retrouvé de la drogue sur ton meilleur ami ?

-Car moi, je t’ai vu faire tomber le paquet et Halan te le rendre ! Renchérit un des assistants de l’oriental.

Gryf protesta énergiquement, mais Danaël se laissa tomber dans un fauteuil, atterré par tant de mauvaise foi. Car il ne pouvait pas lutter, il le savait. Halan avait gagné, et le Censeur, qui était nouveau, sauterait sur l’occasion pour se faire bien voir des autorités. Imaginez, deux dealers arrêtés en une seule matinée… Même s’ils étaient innocents, si l’on considérait qu’il y avait plusieurs bandes, les vrais dealers comme les élèves croiraient le Censeur redoutablement efficace, et leur renvoi mettrait un sacré coup dans le trafic. Danaël se sentit pris de l’envie de pleurer. Toutes les portes se fermaient devant lui ; il allait être renvoyé du lycée, son frère aurait à jamais honte de lui, et comme il serait considéré comme un criminel mineur, il ne pourrait pas le recaser dans la police. Au service, il serait envoyé dans l’infanterie, en première ligne. Sa vie, injustement, serait une succession de malheurs, de prison, de privations, et se finiraient sans doute dans vingt ans tout au plus. Et surtout, Jadina ne l’aimerais plus jamais.

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CenturionSavinasse
Le mar 31/03/2026 - 19:54

Précision : Halan n'est pas héritier d'une fortune pétrolière, mais d'une exploitation de puits de Mana (de l'énergie magique liquéfiée.) pardon pour la bévue.