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Fanfictions

Monde moderne (de Savinasse) : Chapitre 3

Chapitre 3

L’un des hommes d’Halan, prit d’une soudaine inspiration, se crut soudain fin d’un mot d’esprit, dont voici l’énoncé : « He hé… Regardez-le pleurnicher… même pas capable d’assumer sa honte ! » Et dire que Jadina t’aimais, pauvre… » S’en fut trop pour moi : je jaillis de mon fauteuil et me précipitai sur le mauvais drôle, et lui aurais sans doute aligné un direct du droit, si un uppercut ne m’avait pas saisi au ventre, me précipitant dans les bras d’Halan. Ce dernier me ceintura, ce qui lui valut un coup de tête bien mérité. « Cessez… d’insinuer… que Jadina… ne m’aime pas ! » crachais-je. La bande de l’oriental vola à son secours. On attrapa mes bras, mes jambes, et ma tête ; on m’amena au centre du bureau, et on m’aurait bien bastonné, si le Censeur ne s’était pas souvenu qu’il était supposé avoir de l’autorité. « Messieurs… Messieurs ! Allez-vous cesser ? Vous affirmez que la culpabilité de cet homme n’est plus à démontrer. Alors, à quoi bon vous mettre à cinq sur lui ?

-Il est trop fort pour un seul homme !

-Ouais, faudrait l’attacher !

-Ecoutez, monsieur, lui-dit Halan, mes potes et moi, on gère…

-Ah oui ? Répliqua le Censeur, qui paraissait de moins en moins ravi par la tournure que prenait les événements. Vous gérez ? Mais vous allez lâcher cet homme, et aller « gérer », comme vous dites, ailleurs ! Vous avez amené un – non, deux suspects ; fort bien. Mais votre rôle est fini jusqu’à nouvel ordre. Vos actions ne vous donnent pas l’immunité, voyez-vous…

-Mais nous avons la situation sous contrôle !

-Non, vous ne l’avez pas ! Parce que vous n’êtes ni policier, ni militaire, ni pion, que votre autorité vient des poings de votre smalah, ce qui franchement, quand on considère que vous avez dû vous mettre à cinq contre un pour en trainer un sur cent mètres, n’est pas très impressionnante… alors maintenant, dégagez, car je n’ai pas besoin d’un abruti comme vous pour gérer deux branques qui s’adonnent au trafic. Vu ?

Halan blêmit de rage. Personne ne lui avait parlé comme ça, alors un homme qui lui devait probablement la plus belle réussite de sa carrière… Mais il se ressaisit, et répondit, les dents légèrement serrées : « En effet. Vous n’avez besoin de personne pour les gérer. Je saurais me souvenir de votre rôle, monsieur ?

-Monsieur le Censeur. Et je vous prierais, à l’avenir, de me parler avec le respect qui m’est dû… Aussi ; prévenir la police ou la presse est la dernière chose à faire. Le problème de la drogue dans cet établissement est trop grave pour que l’on puisse permettre une diffusion incontrôlée d’informations sur cette prise ; Je m’en chargerai donc moi-même, et vous invite à ne parler à personne, vous et vos si bonnes fréquentations, de cette affaire. Compris, Monsieur Sabledoray ?

-Pffff… Là, vous avez tort.

-J’ai tort ?

-Enfin, c’est-à-dire…

-J’AI TORT, MONSIEUR SABLEDORAY ? Vociféra le Censeur en tapant du poing sur la table.

-Non. Absolument pas.

-Alors vous m’obéirez.

Halan acquiesça, l’air vaincu. Comme l’oriental sortait :

« Et la porte, ça vous défriserait de la fermer ? »

Il obtempéra avec servilité.

-Il croit tromper son monde… Bon. Et maintenant, fulmina le Censeur en se tournant vers les deux accusés, passons à votre cas. »

Nous nous regardâmes, mal-à-l’aise. On n’avait jamais vu, dans l’établissement, quelqu’un parler à Halan sur ce ton ; surtout, personne n’imaginait que l’on puisse se faire obéir de lui. ? Nous allions probablement passer un très mauvais quart d’heure, suggéra Gryf avec un petit sortilège de Télépathie. Je n’osai pas lui répondre, tant par peur du proviseur-adjoint que de lui expliquer à quoi ressemblait probablement notre avenir. Le censeur s’en chargea pour moi.

-Messieurs, nous apostropha-t-ils en leur lançant un regard où luisait une vive irritation, vous êtes ciblés d’une accusation de trafic de drogue, dont la preuve est supposée avoir été faite devant plusieurs témoins. Je dis supposée, car je pense que vous êtes victimes d’un coup monté.

-Bon, bah tout va s’arranger, alors ? Demanda Gryf, dramatiquement peu intéressé par la conversation au vu de ses enjeux. La légèreté avec laquelle le jeune homme prenait le problème semblait être plus choquante aux yeux du censeur que l’impertinence des propos. Il crut bon de préciser :

-Mais je ne peux pas le prouver.

-Alors nous devons trouver un moyen de le faire, conclut Gryf.

Le censeur le regarda longuement. Puis un fin sourire étira la commissure de ses lèvres.

-Je vois que vous êtes un homme de tempérament, monsieur Enfer…

-D’action. Corrigea l’intéressé.

-Non, de tempérament, car un homme d’action est bien obligé de réfléchir un peu aux conséquences de ce qu’il entreprend sur sa personne et ses proches. Ou, du moins, s’il ne réussit pas à le faire, de se sentir légèrement oppressé par la complexité d’un jeu dont les règles et le but lui échappent… Vous prenez, monsieur Enfer, la perspective bien plus crédible que vous ne voulez y croire de vous faire renvoyer de cet établissement, envoyé en prison et finir votre vie comme chair à canon contre les Français ou les hommes fous des îles elfiques avec un flegme, ou plutôt avec une stupidité, remarquable. Que diable ! Songez que peut-être, si nous échouons, votre destin sera scellé ! Alors écoutez-moi avec attention, car si je ne peux rien de vous, mon enquête sera finie dans moins d’une semaine, et vos études avec. Compris ?

Gryf acquiesça, mais il ne me sembla pas plus impliqué par le problème. Le Censeur lui jeta une dernière œillade, puis se tourna vers moi. Je sentis briller dans mon esprit : « Si les imbéciles veulent encore des glands, laisse-les en manger. » Le censeur, après ce prélude mental justifiant qu’il ne cherchât pas à intéresser mon camarade plus longtemps, commença son explication.

-Comme vous le savez, il y a dans ce Lycée – et, apparemment, y compris au collège – trafic de stups. Ce trafic est redoutablement bien organisé ; en effet, il répond au besoin qu’on certains élèves, étudiant certaines disciplines, de consommer des brouilleurs de sens, hallucinogènes et autres spiritueux pour augmenter leurs capacités mentales. Je suis venu dans ce Lycée comme Censeur pour m’attaquer au travail, digne d’Hercule, d’y mettre fin. A cet effet, j’ai déjà glané, avant de me rendre là où se négocient les ventes – les élèves ne prennent que très rarement le risque de consommer sur place – quelques renseignements. Ainsi, je sais que le fameux Elysio, qui est supposé organiser les ventes, n’est le chef que d’une seule des bandes qui gangrènent de leurs sales petites activités notre école ; mais qu’en revanche, il ne se fournit pas directement à un quelconque producteur, mais auprès d’un grossiste, qui fournit également tous les autres refourgueurs ; ce sympathique épicier est surnommé « le Gardien ». Trouver Elysio, c’est trouver le Gardien ; une fois cette première étape accomplie, il vous faudra pénétrer dans son entrepôt, où il dissimule les reçus et identités de ses clients. Une fois cette liste ramenée, vous pourrez prouver votre innocence.

-C’est un plan risqué et compliquer à mettre en œuvre, mais je pense que nous devrions pouvoir réussir. Répondis-je. Mais pourquoi nous demander de nous charger de cette opération ?

-Parce que le gardien n’accepte de nouveaux clients que s’ils ont été recommandés par Elysio. Celui-ci, en effet, se charge de recruter pour lui ; et il n’engage que des mineurs, car ils risquent moins sur le plan pénal. Il les a surnommés « les dragonites » en référence à une troupe de cavalerie Française connue pour ses accès de sauvagerie. Cette mission a de bonnes chances de mal tourer, ajouta-t-il. Vous pourriez vous faire prendre, ou pire, mourir ! Et vous n’avez que 48 heures, car passé ce délai, je devrais vous dénoncer à la police. Bonne chance.

 

Nous acquiesçâmes, conscients de jouer un va-tout, et nous prîmes congé. Au passage, je manquai de renverser le paquet, encore étalé sur ce bureau ; ni Gryf ni le Censeur ne s’en formalisèrent, mais je trouvais quand même étrange d’avoir pu faire un faux mouvement aussi facilement.

***

Route entre le lycée et le domicile de Danaël, bord de Seine.

-Et c’est pour cela que nous devons recruter le plus de monde possible afin de pouvoir s’introduire dans l’entrepôt et mettre fin au trafic ! S’exclama Gryf, enthousiaste.

Je retins un gémissement. Décidément, Gryf ne prenait vraiment pas au sérieux la mission que l’on s’était vu confiée. Face à nous, Saryn, Shimy et Jadina se retenait de glousser en cœur. Il fallait dire que Gryf racontait son histoire comme s’il s’agissait d’une bonne blague.

Eh bien, Danaël, me demanda Jadina, tu ne ris pas ?

Je me figeai et rosit, incapable de savoir comment réagir à la douce interrogation de la merveilleuse beauté. Je tentais de bégayer quelques bribes de mots, mais je ne réussis même pas à ouvrir ma bouche, qui, obstinément fermée, retenait fermement des explications qui m’auraient fait passer pour un trouillard.

-Laisse-le faire, Dina ! Il n’a pas trop apprécié la blague que lui a fait Halan devant le bureau de Spiritueux (il avait déjà trouvé un surnom au proviseur-adjoint). Jadina perdit brutalement son sourire. Sans doute l’évocation du lourd oriental et de son encombrante passion ? Un véhicule arriva alors à vive allure. C’était un gros 4X4 Mercedes, couleur sable ; et il s’arrêta devant me groupe de collégiens. En descendit un homme d’une trentaine d’années, musclé, maquillé, à la barbe teinte en rose, et à l’accoutrement des plus virils, si les porte-jarretelles sont dan vêtements virils, qui d’une voix chantonnante, demanda : « Lequel d’entre vous aimerait faire un tour dans ma voi-ture…

-Les cinq amis s’entre-regardèrent, guère dupes quand aux intentions de l’homme une fois les enfants embarqués dans ladite voi-ture.

-Puisque vous ne semblez pas arriver à vous décider, Hadouna va tous vous emmener ! continua-t-il du même ton joyeux et chantant.

-Courrez : hurla Danaël. Les cinq amis se dispersèrent ; mais plusieurs hommes cagoulés se postèrent aux extrémités de la berge.

-O-oh, non, mes amis ! On ne refuse pas une invitation d’Hadouna… Il est si beau, si tendre, si gentil… déclara le colosse en s’approchant d’eux, une batte de base-ball surdimensionnée dans la main droite.

-ça n’est pas dit ! Lui répondit Saryn. Si on saute dans le fleuve, et que l’on nage jusqu’à la rive opposée, on t’échappera !

Et, joignant le geste à la parole, elle se jeta du parapet et plongea dans les eaux turgides de la Seine. Pendant ce temps, Jadina s’était saisie de son téléphone -un objet vert décoré d’un motif de tête d’aigle – et l’avait déverrouillé ; mais elle – et je pense qu’elle ne l’aurait pas fait autrement que sous le coup de la peur – geint de frustration.

-Il n’y a pas de réseau… Internet doit être brouillé par le 4X4 ! Danaël, il faut sauter !

-Mais… Bafouillai-je. C’est que… Je ne sais pas nager !

Cet aveu honteux me valut, de la part de mon aimée, de ma promise, un regard de surprise qui me donna le sentiment de l’avoir déçu au plus profond de son être. Shimy, qui ne semblait pas apprécier l’attitude passive que nous avions, s’exclama : « Pourquoi fuir quand nous pouvons nous battre ?

Et, touchant le sol de ses mains, elle hurla : fusion élémentaire ! avant de projeter un dard de pierre long comme la main sur Hadouna. Ce dernier l’esquiva, mais l’un de ses hommes n’eut pas cette chance. La simple écoute de son cri d’agonie me remplit d’horreur. La politique ayant été payant une fois, Shimy recommença ; trois autres sbires se proposèrent d’enrichir les entreprises de pompes funèbres. Elle voulut recommencer, mais je l’arrêtai.

-N’en tue pas plus ! Nous risquons d’être poursuivi pour utilisation de magie de bataille hors de l’établissement !

Pendant ce temps, Gryf s’était risqué au corps-à-corps avec Hadouna, mais le résultat n’était guère probant. Bénéficiant au départ d’une agilité, d’une vitesse supérieure et de l’effet de surprise, mon ami était en train de perdre. Hadouna, plus endurant, armé, lui assena un rude coup de sa batte, qui projeta son adversaire contre le parapet, dans un bruit sec de craquement. Et il aurait sans doute achevé sa besogne, si un nouvel arrivant, surgi de derrière le 4X4, ne lui avait pas assené un coup d’un énorme hachoir de boucher à la nuque, qui fit voler sa tête dans le fleuve. L’apparition retira la capuche du grand sweat qui le recouvrait ; j’eus la surprise de reconnaitre le grand de terminale que j’avais vu chez le proviseur. Mais il ne souriait plus du tout. Un deuxième homme apparut ; c’était quelqu’un de beaucoup plus petit, de ce que je pouvais en juger, dont le corps était couvert d’un long manteau violet, et le visage d’un masque rappelant un peu un animal.

-Mes félicitations, monsieur Lombrerouge. Vos hommes et vous ont passé avec brio le premier test. Quel dommage que vous ayez décapité ce pauvre Hadouna… N’est-ce pas, Mon ami ? ajouta-t-il en s’adressant au corps décapité. Et ce dernier, à ma grande frayeur, se releva, et plongea dans la Seine !

-Monsieur Hadouna doit récupérer sa tête, nous expliqua Lombrerouge, pas le moins du monde perturbé par le spectacle. Auriez-vous l’obligeance de nous emmener auprès du gardien ?

-Les clés sont sur le volant, répondit simplement Elysio – car c’était lui – en s’asseyant sur le siège passager du 4X4. Laconique, le colosse ouvrit la portière arrière du véhicule et nous fit signe de pénétrer dans l’habitacle. Gryf y bondit souplement sans hésitations ; je le suivis d’un pas plus sceptique. Les filles m’emboitèrent le pas.

-Et Saryn ? Demandais-je.

-Elle s’est défilée. Gronda le colosse en réponse. Plus qu’à espérer qu’elle ne prévienne pas les flics. Il alluma le moteur de la voiture et celle-ci partit doucement. Nous tournâmes à gauche, puis à droite et nous sortîmes de la ville. Un SUV banalisé vint se placer devant nous, puis un autre derrière.

Notre escorte de Dragonites, expliqua le colosse. Au cas où Saryn ne serait pas la seule taupe… Et en disant cela, il eut un geste explicite du pouce, qu’il se passa sur la gorge avec un rictus menaçant et un regard de plomb. Le piège était refermé ; plus possible de faire machine arrière…

Le même boulevard, à cent mètres.

La route paraissait déserte ; les trois véhicules, en tout cas, ne jetèrent qu’un coup d’œil distrait à l’épave de char Hotchkiss, abandonné cinq ans plus tôt par les Français, ; qui, fantôme des temps anciens, rappelait aux quelques rares qui venaient sur cette route, au moyen d’un graffiti fait à la hâte, dans cette langue étrange : « Nous reviendrons. » Deux cercles de lumière jaune apparurent alors derrière lui, pour disparaitre presque aussitôt. Une berline Panhard, propulsé par un 6-cylindres en ligne rugissant de puissance fière, s’engagea sur la route et, tous feux éteints, dans l’indifférence de sa proie, suivit le petit convoi à la même vive allure, sans perdre un mètre et sans difficulté. La bête, contrairement aux SUV électriques, n’étaient pas au summum de ses forces. Elle ne forçait pas sur son moteur. Au contraire, celui-ci grommelait : « On se traine ! Emmène-moi plus vite, montre-leur ce que c’est qu’une vraie voiture. Montre-leur ce que peut faire un Français. » Un homme ordinaire aurait, sans aucun doute, obéi à cette injonction ; mais son conducteur n’était pas un homme ordinaire. Tout en repassant la 4ème, pour ne pas rattraper Elysio et se gens, le censeur d’une main retenait le volant ; de l’autre, il armait un pistolet sur lequel se lisait clairement : Twenty two long Rifle.

Fin du chapitre 3