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Fanfictions

Monde moderne (de Savinasse) : Chapitre 4

Chapitre 4

Le 4X4 et son escorte roulèrent au moins 2 heures à travers la nuit, et chaque minute apportait son lot de virages. Le colosse n’avait pas desserré les lèvres depuis leur départ, se contentant de répondre aux signes que lui faisaient Elysio afin de le guider par des grognements et hochements de tête ; mais il fallait croire qu’il avait fini par se lasser du silence et de la conduite, car il finit par cracher : « Sommes-nous encore loin ? J’ai l’impression nous sommes sur la réserve.

-Nous avons largement de quoi atteindre l’entrepôt, répondit Elysio. Tourne à gauche.

Lombrerouge obtempéra et le 4X4 s’engagea sur un chemin de terre, impossible à voir de la route principale. Les SUV s’éloignèrent sur la route.

-Où vont-ils ? Demanda Jadina.

-Ils vont saluer un vieil ami, répondit Elysio. Hou, hou, hou.

Il y avait, dans ce « Hou, hou, hou », quelque chose qui laissait penser que l’« ami » n’allait pas rire beaucoup. En admettant qu’il ait encore la capacité de rire après la salutation. Le Mercedes roula encore pendant une dizaine de minutes, avant d’arriver devant un portail de fer forgé, surmonté de l’inscription : « Usines des Clafoutis Klashinga ». Lombrerouge l’arrêta, coupa le moteur et, à la seule force de ses mains, tira les battants. Puis il revint à la voiture, et, avec son regard de tueur, déclara  : « J’ai regardé la jauge du Mercedes. Y’a pas de quoi trainer sa carcasse sur un kilomètre.

-Entendez-vous que nous devons marcher dans ce bourbier putride ? S’indigna Jadina.

-Désolé, mais il va te falloir user tes délicats petits petons sur la terre de ce sentier. Sauf si ton chevalier servant veut bien te servir de monture !

Mes amis rirent et me lancèrent des regards entendus. Même Elysio semblait amusé. La honte de mes passions se lisait sur mon visage cramoisi ; La seule Jadina, qui se contenta de répondre à la boutade par une moue offusquée, ne remarqua pas mon trouble. Nous descendîmes du 4X4 pour nous réceptionner sur le sol forestier, et nous suivîmes le colosse et le nain masqué, qui tenait tous deux des torches. La forêt, autour de nous, bruissait de bruits étranges, et ma douce et tendre amie ne semblait pas rassurée. Je l’aurais bien réconforté ; mais je n’en menais moi-même pas large. Pourtant, nos compagnons ne semblaient pas affectés par le caractère angoissant du lieu. Notre marche, dans ce cadre bucolique devenu démoniaque, fut soudain interrompue par un obstacle : une immense masse d’acier, montée sur chenilles, et pointant ses canons sur nous, nous faisaient face. Jadina poussa un cri aigu. Heureusement, il n’y avait pas de réel danger ; le monstre d’acier froid était immobile, ses flancs étaient recouverts de rouille, de la mousse couvrait ses calandres silencieuses, et l’imposant canon à plasma de sa tourelle était éteint depuis longtemps, et le char, jadis fier, n’était plus qu’une coquille vide, un vestige d’une vieille guerre oubliée, dont la seule silhouette, à la faveur de la nuit, pouvait encore faire peser l’ombre d’une menace. Près de lui gisait un crâne, gris dans l’obscurité, et aux dimensions gargantuesques.

« Un dragon ! reconnut Shimy. Il a dû se battre contre le char Français, se faire blesser, tuer l’équipage puis mourir.

-C’est bien son histoire. Confirma Elysio. Mais, c’est étrange, il me semblait que le blindé abandonné par les Français était orange et vert, et non bleu… ajouta-t-il en se rapprochant du blindé.

-C’est bien le même, grogna Lombrerouge. Regardez sur la tourelle. Même insigne de division, même numéro de bataillon. C’est l’obscurité qui vous empêche de bien voir la peinture.

-Je trouve tout de même la chose bien étrange, maugréa le nain.  Mais il se contenta de cette explication, et ne prit même pas la peine d’éclairer le blindé pour vérifier les dires de son comparse. Notre marche continua à travers le bois, et nous arrivâmes devant les portes d’un grand bâtiment gris, qui avait vraisemblablement, dans un passé récent, servi au chargement de marchandises, comme le montrait la présence au sol de traces de pneus. Elysio orienta sa lampe vers une fenêtre aux carreaux brisés, et commença à l’éteindre et l’allumer, selon des cycles de 1 à 3 secondes, d’après mes estimations. Peu après, la fenêtre s’éclaira, et nous sentîmes une sourde vibration ; on ouvrait la porte ! celle-ci révéla un grand hangar, remplie de barils et de cartons en tous genre. Devant cela se tenait plusieurs hommes vêtus de vert et qui, s’ils n’étaient pas armés, laissaient saillir des muscles dignes de Lombrerouge de leurs chemises à manches courtes. Le chef nous fit signe de le suivre. Je jetai un regard interrogateur à mes compagnons ; Gryf haussa les épaules et s’engagea vers les profondeurs de l’entrepôt. Nous suivîmes son exemple. Alors que nous avancions, L’œil de Shimy fut attiré par un éclair rouge qui passa brièvement à faible distance de notre petit groupe. Tout en recherchant celui qui nous avait frôlé, elle me fit signe de ralentir, l’air pensive. Ce petit manège nous éloigna de nos amis et de nos compagnons de voyage, mais le jeu en valait la chandelle ; car apparut devant nous un chat, chose inhabituelle, rouge et noire.

« C’est un Félinaure, m’expliqua Shimy. Un chat du monde elfique, capable de prédire l’avenir proche de celui qui lui montre de l’affection. Normalement, ils ne viennent jamais sur les terres des hommes, mais celui-là a dû se retrouver embarqué avec un elfe ! Elle le prit délicatement dans ses bras, et commença à le caresser ; le matou se laissa faire en ronronnant, mais au bout de quelques secondes, son poil se hérissa, et il montra les dents.

-Il a l’air effrayé ! Constata-t-elle, inquiète. Cela veut dire que quelque chose de terrible va nous arriver ! Nous devons prévenir les autres !

Mais il était trop tard. Les hommes de l’entrepôt, profitant de notre absence, avaient formé un cercle autour de Gryf, Jadina et de nos deux guides, tandis que plusieurs d’entre eux se dirigeaient vers nous.

-Mais que signifie ceci ? Demanda Elysio, qui paraissait aussi surpris que nous.

-Maitre ! L’interpella l’un des hommes. Eloignez-vous ! Ce sont des espions, y compris Razzia !

-Comment ? Demanda le nain.

Le colosse réagit aux accusations en les confirmant ; Il chargea les hommes en vert les plus proches, et de son hachoir dégainé, trancha le bras de l’un d’entre eux, révélant que ce dernier était en fait un tuyau vert, évidé en son centre.

-Oh non ! Ce sont des sylvains ! réalisa Shimy., tandis que le colosse effectuait un véritable travail de déboisage. Ça ne sert à rien de leur trancher les membres, ils se régénèreront ! Seule la magie peut les détruire ! ajouta-t-elle en posant ses mains sur le sol. Mais rien ne se passa.

-Inutile de tenter d’essayer d’utiliser vos pouvoirs ici, jeune fille ! Lui cria Elysio. L’entrepôt est posé sur une dalle de béton ; Vous ne pouvez pas communiquer avec la terre ! De son côté, le colosse faisait l’amère expérience des pouvoirs de régénérations de ses adversaires ; ils revenaient à la vie plus vite qu’il ne pouvait les détruire. Toute résistance eut été inutile ; il fut cerné, désarmé, et maitrisé. Dans un moment de lucidité, je me souvins que j’avais un portable. Je m’en saisis, et ouvrit ma messagerie ; pas de réseau ; je courus vers la sortie de l’entrepôt, talonné par les Sylvains, tout en faisant défiler ma liste de contacts. Enfin je trouvai le numéro de mon frère, et lançai un appel. Après quelques secondes d’attente, j’eus droit au répondeur.

« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur d’Ikaël Damnation. Il n’est pas disponible pour le moment car « Je suis sûrement en mission, Danaël, souviens-toi en pour une fois ! », veuillez laisser un message après le bip sonore. BIIIIIP…

-Ikaël ! Gryf, Shimy, Jadina et moi avons été enlevés (ça n’était pas l’exacte vérité, mais je n’allais tout de même pas lui dire que l’on me suspectait d’être impliqué dans un trafic de drogue !) ! On est dans le pétrin, au secours et AAAAHHHHH !!! » Un des sylvains m’avait rattrapé, et envoyant l’un de ses membres sur moi, m’avait brutalement renvoyé en arrière. Je n’eus que le temps d’appuyer sur « raccrocher » avant de lâcher mon portable, qui alla s’écraser sur le béton. Ironiquement, la dernière pensée que j’eus avant d’être assommé fut : « Oh, non, mon Iphone… Ikaël va me tuer… »

Fin du chapitre 4