"J'ai pris un verre de vin, j'ai embrassé ma femme ; j'ai bu un vers de gin, et suis allé rencontrer mon destin..."
-chant de marche de l'armée gauloise-
Chapitre 2
Alors que je suivais Savinasse dans l'escalier, mon ouïe, que des années passées à fuir de mauvais drôles conscient de mon génie et désireux de mettre ma bourse à contribution pour leur beuveries, me fit parvenir du fond du boyau ou nous nous enfoncions les accords d'une musique étrange. À cela s'ajouta bientôt les effluves de bonne chère, de sauces et plats étranges qui n'avaient jamais eu le privilège de flatter mon palais, et qui ne manquaient pas, de leur parfum d'exotisme, d'aiguiser mon appétit. Enfin nous débouchâmes sur une grande caverne, et l'univers s'emplit des rires, des chants et de la bonne humeur qui semblait princesse en ces lieux. Je pris tout de même le temps, avant que Savinasse n'ait pu m'entraîner plus loin, de jeter un œil sur l'assistance. Elle était, je l'avoue, des plus intriguantes. Chaque table portait son lot de créatures étranges, et presqu'aucune ne me semblait familière. Je vis des monstres à la tête de crocodile et aux ailes chitineuses dévorer des insectes gros comme mon poing ; des boudins noirs gélatineux agresser de leur tentacules un jaguaran nu, sans pieds, ces derniers étant remplacés par des mains ; Savinasse devait me dire qu'il s'appelait Oranhoutan. Le gaulois dut me prendre par l'épaule pour me faire avancer !Nous nous attablames finalement près d'une touchere, d'où il commanda une bouteille de Sancers et deux baudroies-langoustine sauce Ternidor ; l'explication promettait d'être longue .
"Monsieur, commença-t-il, tout d'abord... pourrais-je connaître votre nom ?" Je répondis Artémus. Il Demanda mon nom de famille ; ce dernier manqua de provoquer en lui une grande hilarité. Sur ce, les plats arrivèrent ; je pus constater qu'il s'agissait de poissons du Loch Vérou, situé à proximité de l'auberge . Savinasse m'affirma que ces derniers étaient très répandus sur Pavin IV - un monde qu'il lui avait fallu traverser pour venir jusqu'ici. J'appris, à cette occasion, que son monde Natal s'appelait Nemossos, mais qu'il avait quitté la légion- une armée du crû - après avoir atteint le grade de primipile , et avoir été mélé à une sombre histoire politique, sombre histoire qui lui avait valu suffisamment de liquidités pour se permettre de se consacrer à son péché mignon : l'aventure.
"L'aventure, dites-vous ?" M'exclamais-je soudain, tiré par ce mot de ma langueur alcooleuse.
"Si fait."
"Mais c'est excellent ! Je suis chroniqueur et je viens juste de perdre le groupe que je suivais... que diriez-vous que je devienne le vôtre ? " cette petite ruse m'avait été inspiré par les cinq voyageurs, que je me trouvais suivre depuis quelques temps.
Le gaulois me regarda fixement, puis répondit : "pas question. Je ne désire aucunepublicité. "
J'en restais estomaqué. Un héros qui ne veut pas être célèbre ? Qu'était ce que cette Anathoserie ?
"Réfléchissez ! M'exclamais-je. Vos exploits sont nobles et votre cœur est pur, mais ils n'ont de valeur que si un héraut les raconte !"
"Non,non ! Répliqua-t-il. Un chevalier des gaules ne s'embarrasse pas d'un menestrel. Il rend justice en laissant la gloriole aux mercenaires. '
"Mais il vous faut un chroniqueur pour être un héros, sur Alysia ! Et je suis le meilleur. Les gens que vous avez vu dehors étendus étaient, pour leur part, les plus grands héros de ce monde ! Mais ils sont morts, et si vous ne prenez pas leur place, personne à part moi n'osera prendre leur place. Et vous ne pouvez imaginer les conséquences d'une telle décision..."
Ce petit mensonge, l' évidence du génie de ma plume et l'imagination fertile du Gaulois eurent raison de ses récitences. Et ainsi, ma virtuosité réthorique offrit à Alysia un nouveau héros. Savinasse le Légendaire.
Fin du 2ème chapitre .