Oui, je sais, je publie vite. Mais on ne retient pas un homme avec un stylo armé...
Chapitre 12
La porte fut traversée par une lame d’argent pure. Elle y traça un gracieux arc de cercle, et le morceau de chêne clair ainsi découpé s’abattit sur le crâne du malheureux garde en faction devant le boudoir. Ses ennuis ne faisaient que commencer ; car bondissant par-dessus la brèche, et atterrissant sur le bois – et, par extension, sur le garde – Savinasse surgit du boudoir. Je vins à sa suite en prenant garde à ne pas écraser le malheureux. Le gaulois le souleva par le col, et lui demanda à l’aide de force vociférations où se trouvait Cellumbra. La pauvre petite bleusaille, paralysée par la peur, ne sut que faire, si ce n’est bégayer et opiner frénétiquement du chef, comme si sa vie en dépendait – ce qui, je le lui concède, était surement le cas… Enfin le gaulois lui arracha des paroles intelligibles de lui seul, dont il parut faire tout son profit. Il lâcha le jeune elfe, et s’élança au pas gymnastique dans une direction qui, apparemment, semblait lui paraitre la bonne. Votre serviteur lui emboita le pas.
. Nous ne parcourûmes pas une grande distance ; à vrai dire, nous avions simplement contourné le boudoir pour gagner la salle de réception ; Savinasse estimait comme plus que probable qu’un comité d’accueil musclé nous attende derrière la porte de communication. Notre manœuvre nous mena sur une promenade, dont la balustrade donnait sur la mer. Je notai que Savinasse y ralentit une seconde, et laissa tomber à l’eau un petit objet – mais je ne m’attardais pas à essayer de déterminer quel était la nature de cet objet. Mais je m’égare, il est plus intéressant de savoir ce que nous vîmes, une fois arrivé aux portes de la salle de réception. Celle-ci était aussi richement meublée que l’antichambre, et par la porte entrebâillée, l’on voyait clairement Cellumbra, dos tourné, en train de discuter avec Amy, qui tenait l’épée démoniaque. Je voulus profiter de cette occasion, mais Savinasse me retint ; des arbalétriers convergeaient vers nous…
« Vas-tu enfin céder à la haine que je me désespère de t’insuffler, et offrir en pâture à mon tranchant la gorge gracile de ces elfes pâles ? » demanda l’épée. Elle le demandait avec fermeté, certes ; cependant, on avait envie, irrésistiblement envie de lui obéir. Mais l’épée avait déjà trompée Amy par le passé, et elle se refusait à son joug.
-Je ne céderais pas à vos désirs, Anikhan ! Hurla-t-elle.
-Tu oses ? répondit l’arme furieuse. Alors souffre, puisque tu ne peux pas faire souffrir ! » Amy sentit une décharge de douleur lui traverser l’échine. Elle tomba à genoux, le souffle court et le regard dans le vague. Cellumbra resta de marbre devant ce spectacle. Enfin quand elle fut sûre que son interlocutrice avait regagné un peu de lucidité, elle lui dit, mielleuse :
-Savinasse est dehors. Il lui faudrait quelques instants pour entrer dans cette pièce, me désarmer et te ravir à mon joug.
-Quoi ? S’exclamèrent en cœur les deux Childirelles, l’un de fureur, l’autre de surprise.
-Alors, pourquoi n’intervient-il pas ? Pourquoi n’essaye-t-il pas de te sauver ? Pourquoi te laisse-t-il seul ? demanda Cellumbra, toujours mielleuse. Est-ce par lâcheté ?
-Non ! S’écria Amy.
-Oh, si, je le connais bien, il est toujours lâche avec les femmes. Mais pas au point de laisser derrière lui un aussi joli morceau que toi, et sa vengeance contre Anikhan… Non, ce serait plutôt, à mon avis, qu’il trouverait, peut-être, que tu n’es pas digne de son intérêt… Après tout, pourquoi aurait-il besoin, dans ses aventures, d’un boulet obsédé par une vengeance qui pourrait interférer avec la sienne, et qui de plus, devrait, selon les lois de l’honneur, t’obéir au doigt et à l’œil ? Non, il vaut mieux pour lui de te laisser mourir ici réparant la bêtise de t’avoir emmené loin des griffes de Skroa… N’a-t-il pas avoué à Artémus, revenant de la caverne, avoir commis une erreur ?
-Nooon !!!! Hurla la jeune fille en chargeant l’elfe pâle, l’arme au clair.
Fin du chapitre 12