Chapitre 3
« Boloss (n.m. du Larbosien mais s’emploie aussi f.) 1 désigne un individu manquant de virilité, d’intelligence, d’esprit critique et tout ce qui peut être dépréciatif en général pour justifier son caractère infréquentable et méprisable. Trad typique en Gaul : naïf, imbécile, pigeon efféminé, folle. 2 Soldat incompétent, maladroit, incapable. Trad typique en Gaul : soldat étranger. »
Guide de survie à l’intention des Gaulois désireux d’explorer Alysia et Astria, tiré de la bibliothèque d’Artémus – on se demande qui a bien pu lui procurer un ouvrage pareil. N’est-ce pas ?
Place centrale de Tékinbolos
« Nous avons, Amy, trouvé deux nouveaux compagnons de voyage en la personne de ce couple de jeunes paysans. Et je pense qu’ils nous seront nécessaires pour retrouver mon… épée de mithril, et celle d’Anathos ! Il n’y a pas un instant à perdre ! » Et sans attendre de réponse, je pressai le pas afin de rattraper les deux contadins, et les appelai pour qu’ils daignent m’écouter, je e reconnais, avec un ton qui donnait plus l’air d’une réclame que celui de l’apostrophe du sauveur des deux mondes, du plus grand héros d’Alysia, de l’impitoyable lame de Larbos, du pourfendeur d’Anathos, en un mot, de moi.
Auberge du Pigeon Gros-portefeuille, Tékinbolos
Les deux jeunots rattrapés, je les pressais à la taverne de la bourgade afin de les entretenir de mon projet de les embrigader dans ma traque de mes infames cambrioleurs : les Fabuleux en personne ! Le mari semblait intéressé, mais la femme, hélas, se montra récalcitrante, et tenta d’entrainer son époux loin de mes ouailles, de peur qu’il s’y montre réceptif.
« Viens, Danaël, lui ordonna-t-elle en le saisissant par l’épaule ; laissons ce gratte-papier (elle osait !) avec ses belles histoires et sa gloriole, et retournons à notre paisible vie. La récolte ne se finira pas toute seule !
Lecteur, croyez-moi, je n’aime pas me montrer méchant ou manipulateur ; si je fis valoir l’argumentaire qui va suivre, c’est parce que ce que je disais était partiellement vrai, et que ces deux individus me paraissaient indispensables pour rattraper des voleurs qui, quand même, se promenaient en liberté avec l’épée d’Anathos, et d’autres objets de la plus haute dangerosité ! Et en plus, ils avaient volé mon journal, ce qui était encore plus grave que tout le reste réuni.
-Parce que vous pensez que votre vie paisible existe encore ? Leur demandai-je, sarcastique, avant de laisser poindre un petit rire condescendant. La créature, mon garçon, que tu as tué, était la propriété du royaume d’Orchidia ! Et ces gens là n’apprécient pas que l’on s’amuse à toucher à leurs possessions. Ils vous traineront en justice, et non seulement toutes vos économies y passeront, mais en plus, vous perdrez votre ferme et seraient réduits à la mendicité, ce qui vous vaudrait d’être enfermés. Vous ne seriez plus que métayers et vos enfants subiraient à jamais les conséquences. Oh, attendez, il me vient à l’esprit qu’en plus, vous êtes déjà endettés… Vous allez passer un long séjour à l’ombre, mes agneaux… Et séparés, en plus ! A moins que… A moins qu’un généreux protecteur ne prenne pitié de vous et, en échange d’un menu service, accepte de prendre en charge vos frais judiciaires…
-Qu’attendez-vous de nous, au juste ? Demanda la femme, l’air septique.
-Aidez-moi simplement à retrouver les ladres qui m’ont dérobé l’épée d’Anathos, et vous pourriez bien occire ou embrasser la princesse d’Orchidia, que la justice d’Orchidia ne pourrait pas vous poursuivre. Ensuite, vous serez libre de reprendre vos premières et champêtres occupations.
-Quelles garanties nous donnez-vous ?
-La parole du plus grand héros d’Alysia ne vous suffit pas ? »
Cela acheva de la convaincre que me suivre me rendrait moins dangereux pour elle et son doux ami ; Ami qui, ma foi, semblait surtout voir qu’il avait gagné ce dont il avait toujours rêvé : une vie de frissons et d’aventures, qui plus est, (et c’est le rêve de tout homme de cape, d’épée et de fortune, je n’en doute pas !) En compagnie d’Artémus del Conquisador en personne ! Les équiper ne fut qu’une simple formalité ; le jeune homme avait déjà, en effet , une arme des plus belles et des plus mortelles ; et pour une raison que je ne saurais expliquer, le seigneur du village, un certain monsieur de Fayotas, voulut absolument faire don d’une vieille armure gauloise qu’il avait en sa possession, et à la jeune fille, d’une rapière finement ouvragée – une Aceratti, ce qui n’est pas gaulois, mais venait de l’un de leurs royaumes clients, la reppublica di Vennezia. Il fournit de plus leurs montures, deux robustes Axogalolts. Je n’eus donc à fournir que les vêtements de routes – qui apparemment, étaient trop courts en ce qui concernait la femme, ce qui n’étaient pas mon avis, surtout lorsque des bourrasques soulevaient légèrement l’ourlet de sa jupe -, si bien que nous pûmes nous mettre en route dès l’après-diner, sûrs de bientôt rattraper nos adversaires. Alors que nous quittions la ville, je haranguai mes compagnons : « En route pour l’aventure ! Où que se cachent les fabuleux, ils ne nous échapperont pas longtemps ! »
Fin du chapitre 3