Chapitre 4
Au-dessus d’Artémus et compagnie – 1500 mètres.
La créature était une chimère des plus étranges ; ses membres posterieurs et son corps étaient celui d’un énorme sanglier, peut-être deux ou trois fois plus gros que l’animal ordinaire ; mais l’avant, les pattes et la tête, étaient celles d’un coq que l’on aurait pas était surpris de croiser dans la basse-cour de Robert Namias ; ce corps hybride était maintenu en l’air par l’action de deux puissantes ailes, saugrenues bâtardes des rapaces et de la poule faisane, et terminée chacune d’un ergot de belle taille. Toute la bête devait bien tenir dans un pavé de 6 mètres sur 10, et dont la hauteur atteignait, au garrot, 13 bons pieds ; et ça se nommait, en gaulois, l’Aperogallix, le Sanglier-coq. Sur l’encolure était juchée un homme encapuchonné – nous l’avons déjà croisé auparavant. Un sourire sans joie déchira son sinistre visage balafré, alors que le petit groupe filait à travers la campagne, tandis que des souvenirs éclataient, comme des bulles de sang à la commissure des lèvres d’un mourant, dans son esprit. Des souvenirs d’une autre chevauchée, il y a longtemps, auquel il avait participé, lui, et des centaines d’autres, dans les oliveraies de Lacédémone, sur les Iles de Pavin IV, et sur tant d’autres provinces conquises ou à conquérir pour la gaule… Une cavalcade, surtout, lui revenait en mémoire. Dans cette cavalcade, il y avait aussi 4 montures, il y avait aussi Amy. Mais il y avait Crug, l’impétueux Muskulor des Jungles impénétrables de Xhalt ; il y avait lui, évidemment ; et il y avait Arwen. Une unique larme coula sur le visage sec, seule perle de pluie dans un désert depuis bien longtemps aride, au souvenir de cette femme. Le gaulois secoua la tête, furieux de se laisser aller au vague à l’âme, éperonna sa monture, et la dirigea vers le groupe maintenant arrêté.
Clairière au bord d’une rivière, cadre bucolique et paisible
Des coups redoublés d’armes s’entrechoquant troublaient cette impression de paix. Cela ne me dérangeait pas ; je me régalais d’un sandwich à la viande de Jpréfèrpayawar (c’était cas le nom donné par celui qui me l’avait vendu) en lisant un ouvrage passionnant sur une des plus grandes figures de l’histoire d’Alysia, un conquérant nommé Artémus le grand – quoique je trouvât que l’auteur aurait pu consacrer un aparté de, disons, 300 pages, au plus grand héros de l’histoire de l’humanité : moi – En écoutant avec distraction le bruit des combats qui se déroulaient non loin de là. Le soir tombait, et bientôt, il faudrait mettre fin à cette petite sauterie ; j’avais hâte de voir à quoi ressembleraient les deux nouveaux aventuriers une fois remis à niveau par Amy ! « Artémus… » Je ne prêtais aucune attention à ce premier appel. « Artémus ! » Cette fois, je levais la tête de mon ouvrage, et vis… Oui, je vis clairement, à quelques mètres, un Apergallix fièrement dressé sur ces pattes de derrière, dont le cavalier – un mystérieux personnage encapuchonné – me toisait avec un rictus jaune. « Bonne chance pour rattraper les Fabuleux et ton journal, Artémus ! » s’exclama-t-il avant d’éclater de rire. Puis il s’éloigna, et je m’aperçus que la créature n’était rien d’autre qu’un point dans le lointain. C’est à ce moment là que je tombai de mon rocher. Ma bonne disciple interrompit son entrainement afin de me rejoindre au pas de course, et s’enquérir de ma santé. Je répondis que j’allais bien, merci, mais qu’il fallait se mettre à couvert pour se protéger de l’aperogallix.
« De quoi, maitre ? Demanda Amy, perdue.
-De l’aperogallix ! répondis-je, escagassé. La créature qui vole là-bas, précisais-je en pointant du doigt la créature.
-Maitre… Je suis désolée, mais je ne vois strictement rien.
-Je… Je le crois bien. Vous autres, m’exclamais-je en m’adressant aux deux autres compagnons, dépêchez-vous de rassembler vos affaires ; on ne peut pas prendre le risque de bivouaquer ici !
Mes deux compagnons de voyage semblaient tout aussi décontenancés que ma disciple ; mais ils obéirent néanmoins, et se dépêchèrent de s’exécuter. Amy ne comprenait plus rien ; alors que j’avais insisté pour que nous arrêtions ici, simplement parce que je chutais d’un rocher, je devenais irritable et voulais déplacer le bivouac à l’ombre des arbres, alors que la nuit tombait ! Je n’acceptais de m’expliquer qu’une fois notre camp de fortune déplacé.
Camp de la forêt, à deux kilomètres de notre précédente halte.
« Maitre ! S’exclama Amy, le souffle court. Les Fabuleux…
-Quoi, les Fabuleux ? répliquai-je sur les dents.
-Les Fabuleux ont dressé leur camp à moins d’un kilomètre d’ici !
Je restai silencieux. Ma disciple me regarda, étonnée que la nouvelle ne me sorte pas de ma morgue, et que je n’ordonne pas l’attendue offensive. Enfin elle me demanda :
-Maitre… Pourriez-vous m’expliquer pourquoi nous avons ainsi fui -le mot sonnait dégouté dans sa bouche – pour un simple oiseau dans le ciel ?
-parce que les fabuleux n’agissent pas seuls ! Explosais-je ! J’aurais dû m’en douter depuis le cambriolage… L’être qui les accompagnait n’était pas un mercenaire de passage, contrairement à ce que je voulais croire. Non, il s’agissait d’un membre- clé du larcin, et peut-être même son instigateur, son organisateur, ou son bénéficiaire, voire les trois à la fois. Dans ses conditions, seule une attaque éclair contre leur campement et une récupération rapide des artéfacts permettra de réduire les risques…
-Quels risques ? demanda-t-elle, peu habituée à ce que je recule devant le danger.
-Les risques que mon ancien apprenti, Lourano de Savinasse, ne nous tue tous…
En espérant que vous l’avez apprécié,
Fin du chapitre 4