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Fanfictions

Pourquoi sauver le monde... Livre II chapitre 6

Chapitre 6

Arboris Elementia, infirmerie.

« Docteur ? demanda l’infirmier.

-Ouiiii… ?

Regen se releva lentement, un sourire béat aux lèvres, encore emplie de la nuit qu’elle avait passée avec le gaulois. L’infirmier, qui ne savait pas ce qu’elle avait fait une bonne partie de la nuit, la regarda avec étonnement.

-Hm… Il est 1 heure de l’après-midi, madame le docteur.

-Comment ? Mais pourquoi ne m’avez-vous pas réveillée plus tôt ?

-Monsieur nous a dit de ne pas le faire… Il vous a fait porter un petit-déjeuner, rajouta-t-il en amenant un plateau ou trônaient fièrement trois croissants et un chocolat chaud.

-Monsieur ? Ah, oui ! Et… Oh ! Il a laissé une lettre ! s’écria-t-elle. Elle la déplia et la lut.

« Chère Regen, disait celle-ci, j’eus aimé, m’offrant des vacances bien méritées après une petite affaire privée dont je t’épargne la description, pouvoir rester auprès de toi ; mais tôt ce matin, Shyska a personnellement insisté pour que je rejoigne Gryf et Solaris, afin de les assister dans leur quête pour retrouver la légendaire humaine élémentaire. J’aurais dû, par devoir envers vous, refuser ; mais selon les dernières informations, ce prodige serait dans les bagages d’Artémus del Conquisador en personne. Seul un bretteur d’exception comme moi a une petite chance de le vaincre en combat singulier… Je me contenterai de le distraire. Cette aventure m’amènera à sympathiser avec votre… disons votre bonne amie Solaris ; ne lui parlez pas de ce qui s’est passé cette nuit ! Elle aurait le sentiment que je suis un lâche et un menteur, et obtiendrais ma disgrâce, ce qui m’emmènerais à jamais dans les geôles de quelque pays amer voulant se venger des crimes que je n’ai jamais commis, et surtout loin de vous, chère Ange… Au plaisir de vous revoir bientôt,

L. De Savinasse.

Regen relut la lettre, puis éclata de rire.

-Qu’y a-t-il de si drôle ? Demanda l’infirmier.

-Rien… Soupira le docteur. Ce petit gaulois est bien mignon, mais je crains qu’il ne faille lui expliquer, à son retour, qu’il n’était qu’un amour d’un soir… Les hommes, sauf votre respect, infirmier, ne seront jamais que des femmes trop fières de leurs hormones. Et, franchement… Il ne vaut pas Solaris.

L’infirmier acquiesça, l’orgueil un peu froissé. Soudain, il se souvint de la raison de sa visite.

-Monsieur Gryf vous demande au Crystaphone.

-Ah ? Eh bien, passez-le-moi. Allo, Gryf ?

-Regen ! Solaris s’est envoyée en l’air avec un inconnu !

-Elle a fait quoi ?

-Elle s’est envoyé en l’air.

-Elle me trompe ?

-Hein ? Euh, non, elle s’est vraiment envoyée en l’air ! Je veux dire, elle s’est envolée.

-Ah ! Et que montait-il ?

-Une espèce de gros cochon poilu et cornu, mais avec une tête d’oiseau bizarre.

-Un Aperogallix ?

-Un ?

-Un hybride de sanglier et de coq ?

-Euh… C’est pas faux ?

-C’est donc Savinasse… songea Regen. Lui seul peut chevaucher une créature pareille. Mais pourquoi a-t-il enlevé Solaris ?

-Mais je n’en sais rien ! Et ça fait maintenant plus d’une heure qu’ils sont partis ! Oh ! Attends ! Ils viennent de revenir.

Campement des Fabuleux.

Le Coq-sanglier se posa avec la lourdeur majestueuse propre à sa race. Gryf leva les yeux vers le siège passager, que le gaulois occupait. Derrière lui, les deux bras passés autour de la taille, était, joyeuse, Solaris, qui ramena l’un de ses bras pour saluer son collègue avec enthousiasme.

-Gryf ! S’exclama-t-elle. Je nous ai trouvé un nouveau compagnon de voyage !

-Ravi de faire votre connaissance, monsieur. Répondit l’intéressé. Regen m’a informé que vous aviez été missionnés pour rattraper l’humaine élémentaire.

-C’est exact. Attendez ! Comment diable Avez-vous pu entrer en contact avec l’infirmerie de l’Arboris ? Les PTT ont cessé de fonctionner il y a des décennies de cela et…

-J’ai utilisé un crystaphone. Mais vous ? Pourquoi avoir enlevé Solaris ?

-Elle m’avais dit que vous étiez son petit frère. Comme je ne la connaissais pas, je l’ai prise pour une simple touriste. Je me proposai donc de lui faire découvrir quelques… hm… sport de mon crû, quand elle m’a expliqué qui elle était. Je vous ai alors largué, et nous sommes partis à la recherche de choupette et de sa femme élémentaire. Expliqua-t-il sur un ton légèrement suffisant.

-Choupette ?

-Artémus. Monsieur Savinasse est si drôle quand il parle cet homme !

Gryf pouffa, mais se reprit et demanda ce qu’avait donné l’expédition.

-Nous l’avons suivi, et d’après nos pronostics, il est en train de cavaler sur la route d’Orchidia. Par conséquent, le mieux que nous ayons à faire, est de remonter en selle et d’y arriver avant lui. De là, nous attendrons le moment propice pour ravir l’humaine. Alors maintenant, en avant ! S’écria-t-il en faisant se cabrer sa monture.

-Cool ! mais si je refuse ? Demanda Gryf.

-Dans ce cas… lui sourit Savinasse en flattant l’encolure de la créature. Je crains qu’il ne vous faille voyager dans les mêmes conditions que lors de notre première rencontre…

Quelque part dans le palais d’Orchidia.

L’ombre glissait, furtive, à travers l’obscurité du couloir. Personne, à part lui, n’était éveillé. Devant lui, épaisse d’orgueil et de bois d’Ikaë, se dressait la porte de la chambre du maitre. Un ingénieux mécanisme en acier forgé interdisait l’accès à tous ceux qui n’auraient pas la clé ; et aucun voleur n’avait jamais réussi à dépasser ce seuil. Il faut dire que les voleurs, généralement, avaient déjà péri face aux chiens, au guet, aux mercenaires qui gardaient la maison ; mais ceux qui étaient de veille, cette nuit-là, l’avaient laissé passer avec des courbettes. Il sortit de sa besace une mince tige de fer mou qui, adjointe de son poignard, lui permit, en à peine quelques secondes, de venir à bout du mythique verrou. Cette formalité accomplie, il entra dans la pièce. Vide, bien évidemment. Mais qu’importe ; il attendrait l’arrivée du maitre… La porte pouvait, et ce sans clé, se verrouiller ou se déverrouiller de l’intérieur ; c’est ce qu’il fit, car son travail n’avait pas faussé le mécanisme. Puis il gagna le placard le plus proche, l’ouvrit, et s’y installa, pour y attendre sa proie…

Palais d’Orchidia : Bibliothèque

-C’est une honte ! Un déshonneur ! Une impardonnable faute de goût ! Une marque d’inculture insultant l’histoire du glorieux royaume d’Orchidia : Il n’y a pas un seul de MES livres dans cette bibliothèque !

Vous aurez deviné, lecteur, quel personnage a prononcé cette phrase. Le Légendaire Conquisador et sa troupe était arrivée en ville, bien décidés à demander l’hospitalité à la reine Invidia, qu’ils attendaient dans la bibliothèque royale. Ses deux compagnons n’avaient besoin de s’énerver pour passer le temps ; le spectacle qu’il offrait était plus drôle que la plus ignoble des caricatures du personnage.

-Peut-être qu’ils ont été volés ? suggéra Danaël. Après tout, vous êtes très recherché… (ne me demandez pas d’expliquer pourquoi)

-Mais c’est encore plus terrible ! Cela voudrait dire que l’on a lu mes ouvrages, et qu’on a été suffisamment négligent ou inculte pour les laisser disparaitre ! Mais comment peut-on, dans un grand royaume comme Orchidia, faire un tel sort à la plus grande ouvre littéraire de l’histoire d’Alysia ?

Quelque part au Palais d’Orchidia :

Sa cible était là… Si elle savait pourquoi pas un seul de ses ouvrages n’était en rayon… Il ouvrit l’armoire et en jaillit.

Bibliothèque du palais d’Orchidia

Les battants d’un placard, que notre trio n’avait pas remarqué, furent projetés contre les murs de la pièce à une vitesse impossible, et une ombre fondit sur le Légendaire qui fut tellement bouleversé par l’apparition, qu’il émit un cri de surprise digne d’une jouvencelle. L’être le plaqua à terre avec un hurlement à peine moins aigu.

Jardins d’Orchidia.

Gryf était impressionné. La monture du gaulois avait réussi la prouesse de couvrir la distance entre Orchidia en un temps record – Le gaulois se vantait d’avoir fait du 70km/h de moyenne, mais si l’elfe savait ce qu’était une heure, il n’avait aucune idée de ce qu’un kilomètre pouvait mesurer – ce qui leur avait permis d’arriver en ville deux jours avant le Légendaire. Mais Artémus, à son arrivée, avait immédiatement gagné le palais ; faible contrariété, du reste, car leur cible – la femme élémentaire – serait sûrement logée, du fait de son statut, dans l’aile ouest, qui était facile à « visiter ». L’enlèvement serait discret et efficace. Et même si le grand Conquisador venait à s’y opposer, le Gaulois offrirait une lame suffisamment bien maniée pour lui faire regretter d’être devenu un héros. Pour l’heure, le bretteur observait à la dérobée, sous l’ombre des platanes que ses ancêtres avaient fait planter quarante ans plus tôt, avant de partir à jamais d’Alysia, une jeune beauté noire, dont l’habillement mettait en valeur les formes – mais alors que Savinasse ne se cachait pas, et même se vantait, d’être un coureur de jupons, il n’y avait rien de concupiscant dans son regard. Gryf avait plutôt l’impression qu’il regardait la fille de façon… Paternelle. » Et il n’était visiblement pas le seul à s’intéresser à la jeune fille ; un monsieur fort bien habillé, habit mis en valeur par le renflement de sa bedaine, au regard inquiet chevauché d’une paire de lorgnons, vint à sa rencontre, en martelant le sol de sa canne.

« Puis-je savoir, monsieur, ce que vous avez à observer ma fille ? lui demanda le grassouillet personnage.

-Oh ! Répondit Savinasse. Rien, je me contentais juste de l’admirer, en repensant à ma femme… Avec l’accident Jovenia, on ne sait plus qui est qui ; J’ai dû me tromper de personne.

Il se retourna, observé par l’œil dubitatif du nouveau venu ; mais ce faisant, son visage, qui était jusque là resté dans l’ombre du feuillage, se révéla. L’œil se fit furieux, la main trembla sur la canne, et les dent s se serrèrent.

-Attendez ! Retournez-vous ! Claqua dans l’air la voix forte du bourgeois.

Savinasse n’en fit rien ; le bonhomme se répéta, puis se lança à la poursuite du gaulois, et lui attrapa le bras.

-J’ai dit : retournez-vous !

-Voyons, monsieur, pourquoi diable… Razzia ? Mais quelle bonne surprise !

Le visage rubicond du juge laissait deviner qu’il n’était, pour sa part, pas du tout ravi.

-Savinasse ! Cracha-t-il. Vous avez osé revenir ?

La petite discussion commençait à attirer les badauds ; ce Razzia semblait avoir une certaine importance en ville, et le voir ainsi courir devait être un spectacle dont la raison devait être d’autant plus intéressante qu’il était, à l’humble avis de Gryf, non pas de ces gens qui courent pour régler leurs affaires, mais qui font courir une vingtaine de personnes à leur place. Savinasse, lui, ne semblait pas surpris de voir ce Razzia le pourchasser ; il répondit avec une certaine morgue, même si elle était dénuée de toute agressivité.

-Oui, j’ose. Mais, puisque j’ai osé, mon vieil ami, si vous m’entreteniez de la raison de votre indignation ?

Le rubicond se fit cramoisi, et la foule, curieuse, grossit. Je remarquai que la jeune fille cherchait à être au premier rang du cercle ainsi formé.

-Tu sais parfaitement quel sang tu as emporté sur tes mains la dernière fois que tu es parti !

-Mais quel sang ? Demanda Savinasse, qui avait pris la mine de celui qui discute avec un plaisantin tardant à accoucher de la chute de sa blague.

-Celui de ma femme, misérable !

Jardins d’Orchidia. (PDV Amy)

Amy s’était rendue dans les jardins où, enfant, elle avait pris l’habitude d’aller faire l’école buissonnière dans l’espoir d’échapper à ses ruminations ; méthode à l’efficacité rendue nulle par une étrange rencontre : Un homme, qui lui avait semblé familier, et qu’elle n’avait pourtant, d’autant qu’elle s’en souvenait, jamais croisé. L’arrivée de son père, et l’étrange discussion qu’il menait avec lui, n’avait pu qu’augmenter son intérêt pour le mystérieux personnage. Jusqu’à ce que son père porte son accusation. Troublée, et inquiète de ce que l’individu pouvait lui faire, coupable ou non, elle fendit la foule, afin de les séparer ; car l’homme ne semblait plus du tout avoir envie de rire.

-Vous m’accusez, Razzia, d’avoir tué votre femme ? Lui demanda-t-il en le dardant d’un regard indigné.

-Je ne vous accuse pas, j’affirme et condamne !

-Allez-vous, monsieur, bien vouloir aller cuver votre vin ailleurs et cesser de m’importuner ?

-Non ! Je vais vous envoyer croupir dans une cellule comme je vous l’avais promis il y a cinq ans de cela !

-Il faut avertir le guet, souffla un badaud.

-Dans une telle situation, je pense qu’Artémus del Conquisador en personne ne suffirait pas… Ironisa un autre

-Del conquisador ? Vociféra Razzia. Del Conquisador ? Ce pitoyable pitre, cet écrivaillon sans talent, dont l’œuvre aurait sans doute été aussi barbante à lire qu’à écrire s’il n’avait pas eu plus d’égo que mille Césars ? Cet homme, jeune imbécile, cet homme, je l’ai engagé pour retrouver ma fille, et il l’aurait sans doute fait et ramené pieds et poings liés si monsieur, désigna-t-il en tendant le bras vers l’étranger, si monsieur n’avait pas soi-disant pris pitié du fruit de mes entrailles, encourageant sa perversion par ce misérable pour sans doute mieux la tuer comme il tua sa mère avant elle !

-Je vous répète que je n’ai pas tué votre femme !

-Si, vous l’avez fait ! Et il accompagna ses dires d’un grand geste de la main, qui vint heurter la joue d’Amy. Celle-ci fut projetée en arrière sous la violence du coup, et tomba au sol, les larmes aux yeux.

-Amy ! Crièrent les deux hommes.

-Père ? gémit celle-ci. Comment avez-vous pu…

Le visage du juge se ferma, à la recherche d’une excuse.

-Il me fallait défendre l’honneur de ta mère.

Amy se releva, toujours larmoyante, en se tenant le bras droit, sous le regard stoïque de son géniteur et celui, plus inquiet, de l’étranger.

-J’imagine que tu ne peux pas comprendre… Marmonna Razzia.

-Si. J’ai compris. Elle prit la fuite. Et en son esprit, était gravé ce qu’elle avait cherché depuis des jours. Une phrase prononcée par ce Savinasse, dont elle se souvenait maintenant de la plus cuisante des façons. Pire qu’une accusation : un aveu. « Et que feras tu devant ce meurtrier ? Il te tuera, ton père souffrira encore plus et ta mère ne sera pas Vengée. De toute façon, si tu es sa fille, sache que tu n'as pas à chercher plus loin. Je m'appelle Savinasse, et je suis me meurtrier de ta mère ! » Quand, où et pourquoi, ça n’était qu’un détail. Il fallait fuir ou l’affronter. Le combat, face au seul homme qui soit capable de vaincre son maitre, n’était pas admissible. Un maitre qui avait quelques confessions à faire. Mais pour l’heure, elle n’avait qu’une seule envie : se consoler dans les bras d’une bouteille.

Jardins d’Orchidia

La scène qui s’était jouée sous les yeux de Gryf était digne d’une pièce de théâtre ; mais elle n’était pas finie. Le Gaulois saisit le juge par l’épaule, le retourna d’une torsion ; puis il le souleva par le col.

-Razzia ! Rugit-t-il. J’ignore pourquoi tu m’accable de la mort d’Arwen, bien que j’en sois responsable ; mais si je ne le nie pas, m’accuser de l’avoir tuée de ma main est ridicule et insultant. Et encore ! Qu’il n’y ait que ça, une vieille rancœur qui revient te ronger à ma vue… Je te pardonnerais, mettant tes injures sur le compte de l’émotion… Mais, sous prétexte de la venger, tu as frappé SA fille ! Je devrais te saigner comme un goret pour un tel geste… Mais Arwen t’aimais tendrement, et (il soupira) ta fille te pardonnera peut-être un jour. Aussi vais-je te laisser en vie, et quitter à jamais Orchidia. Mais avant cela, il me faut régler une affaire, une seule, et rester vingt-quatre heures de plus. Ces vingt-quatre heures, je vais les prendre, que tu m’envois le guet, l’armée ou Gaméra en personne aux trousses ; et je te jure qu’une fois ce délai passé, je ne reviendrais plus jamais. Et cette promesse-là sera tenue…

Il relâcha le juge qui tremblait, et s’en détourna pour se diriger vers moi.

« Gryf, marmonna-t-il entre ses dents, ce soir, nous passons à l’action. »

L’elfe acquiesça et le suivit, en se demandant si les mandats d’arrêt poursuivant le Gaulois n’étaient pas plus mérités qu’il ne le l’affirmait à Shyska…

Bibliothèque du palais d’Orchidia

Monsieur Artémus ! S’écria Shun-Day, tout sourire. Si vous saviez comme je suis fan de vous… j’ai dévoré tous-vos-livres ! C’est pour ça qu’ils ne sont plus en rayon.

Artémus, qui savait reconnaitre une groupie lorsqu’il en voyait une, lui offrit son plus beau sourire, et commença à profiter de cette magnifique occasion de flatter son orgueil. La reine Invidia entra alors dans la pièce. Grande, sèche et maigre, le seul accident jovenia lui épargnait les affres de la vieillesse. Son front tiré laissait deviner les rides qui auraient dû le creuser, et ses lèvres, un peu maigres, permettait de deviner la crevasse que la bouche aurait été, sans la miraculeuse jouvence qui s’était abattue le monde. Elle demanda si l’on voulait bien lui expliquer la raison de la venue du légendaire en ville ; ce dernier lui fournit une explication pleine de flagorneries, dont l’énoncé était facile à oublier, mais qui le conduisit dans l’une des meilleures chambres du palais, mais ne suffit pas à épargner à nos deux tourtereaux l’aile ouest…

Un immeuble avoisinant l’aile ouest.

-Tu es sûr de ton coup, Savinasse ? demanda Gryf.

-Je n’ai jamais été aussi sûr de ma vie. Regarde la fenêtre, lui montra le gaulois ; ils sont en train de s’embrasser, mais une fois qu’ils auront fini leurs affaires, nous pourrons nous introduire dans la demeure et récupérer ce que nous étions venu chercher.

L’embrassade dura plusieurs longues minutes ; mais toutes les bonnes choses ont une fin, et lorsque les époux furent fatigués des bienfaits de la médecine douce, ils se couchèrent et s’endormirent rapidement.

-Et voilà. Nos deux pasteurs ont fait leur prière du soir. Ricana le gaulois. Gryf, auriez-vous l’obligeance d’aller accrocher cette corde à leur fenêtre ?

-Pourquoi moi ?

-Parce que je suis le chef, et qu’un chef, c’est fait pour commander, pas pour prendre des risques ! De plus, vous avez la capacité de fusionner avec l’air en cas de pépin, alors vous ne courrez aucun risque… Et n’oubliez pas : 3ème fenêtre en partant du haut, 4ème en partant de la gauche !

L’elfe soupira et s’exécuta sans prêter attention aux indications de son collaborateur. Avec souplesse, il se réceptionna sur le balcon, et accrocha la corde. Il était… voyons… sur la troisième fenêtre à droite, 4ème fenêtre en bas ? Ou 3ème fenêtre du haut, 4ème de la droite ? et puis mince ? Qui était Savinasse pour lui donner des instructions ? Il brisa la vitre et entra. Il fut surpris d’entrer dans ce qui ressemblait fort à une antichambre, et constata que sa cible n’était pas dans la pièce – au lieu d’une sublime petite paysanne humaine, on pouvait voir ronfler, une bouteille de vin à la main, un prêtre de l’église de l’infinité encore maquillé. La fenêtre se rouvrit, et Savinasse s’invita dans la chambre.

-Je croyais que vous deviez rester là-bas ? S’étonna Gryf.

-Si, mais vous vous êtes trompé de fenêtre, triple buse !

-Alors, pourquoi vous ne m’avez pas dit de revenir ?

-Parce que vous êtes parti avant que nous convenions d’un code pour communiquer !

-Hein ? demanda le prêtre de l’infinité.

Les deux prétendants-ravisseurs se figèrent, en le regardant lentement se redresser, enlevant sa tête de ses mains, ses mains de la table, et renvoyant le dos en arrière ; mais il retomba finalement dans le sommeil.

-Dépêchons de quitter cette pièce et d’aller chercher à côté ce que nous cherchons, grogna le Gaulois. Il sortit un rossignol de sa poche et s’en servit pour ouvrir la porte de communication. Cette dernière révéla… un lit où gisait, attaché, le blond qui se débattait, les yeux fixés sur la fenêtre, où une fort jolie demoiselle tenait bâillonnée la fille aux pouvoirs élémentaires.

-Savinasse ! S’exclama Gryf. Regardez ! Elle a, ligotée, ce que nous cherchons ! Le gaulois le fusilla du regard, furieux que son nom ait été révélé, même à un confrère.

-Bonsoir messieurs ! les salua-t-elle. Il y a, dans la pièce que vous venez de quitter, une jeune fille que je voudrais bien récupérer…

-Alors pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? Demanda Gryf.

-Comme je vous ai vu vous introduire dans la chambre, et que vous collaborez avec le grand Savinasse, je pensais que vous aviez manigancé quelque plan alambiqué induisant le déplacement de l’elfe… Visiblement, C’était juste, mon pauvre ami, que ce soir, il doit travailler avec un bras cassé…

-Eh !

-Elle n’a pas tort.

-Mais, ayant déjà empaqueté votre proie, je pense que vous pourriez me rendre la politesse ?

-Vous voulez que nous enlevions le prêtre de l’infinité ? demanda Gryf.

-Vous voulez que nous nous chargions de la prêtresse. Où et quand ?

-Les docks galactiques, dans un quart d’heure. A bientôt…

Et elle se jeta dans le vide. Gryf courut au balcon, tandis que Savinasse allait chercher le colis dans le fond de la chambre.

-Enfer ! jura Gryf. Elle s’en va avec tous nos espoirs ! Que faites-vous, Savina… Mais qui est cette demoiselle ? demanda-t-il en apercevant une troisième jeune fille, que Savinasse tenait endormie dans ses bras.

-Une monnaie d’échange, grogna-t-il.

-Mais l’hôte de la chambre où vous m’avez envoyé est un mec, non ?

-Où JE vous ai envoyé ? Toussastix retienne mon bras ! l’individu que nous avons croisé veut la princesse Ténébris, pas son chaperon !

-La prêtresse, vous voulez dire ?

-Oui, c’est ça et…

La porte sauta sous les coups de trois gardes royaux orchidiens.

-Dépêchons-nous de rejoindre notre nouveau partenaire commercial ! termina Savinasse Il s’empara de la corde et s’élança dans le vide… Et aurait sûrement du faire un atterrissage assez rude contre le mur d’en face si Gryf n’avait fait qu’un avec l’air pour le rattraper. Les deux larrons et leur prisonnier s’envolèrent jusqu’au toit.

-Vous ne pouviez pas attacher la corde ? Demanda Savinasse, que chaque nouvelle découverte sur l’incompétence crasse de Gryf pour le rapt irritait un peu plus.

-Vous ne me l’aviez pas demandé ! se justifia-t-il.

-Non, vous ne m’avez pas écouté !

-Je vous lâche ?

-Pas avant que nous ayons atteint le toit !

Gryf s’exécuta, pour recevoir la nouvelle fournée d’instructions.

-Saisis toi du Crystaphone et tabule le 3615 de Solaris ! Lui ordonna le gaulois, faisant inconsciemment référence au système de communication qu’utilisait l’armée de son peuple. Dis à Solaris de nous rejoindre aux docks galactiques, dans dix minutes ! Et poliment !

-Mais les docks galactiques n’existent pas !

-Si ! Mais tu les connais sous le nom de quai des dieux ! Suis-moi…

Il se précipita à la gauche de l’elfe, et sauta par-dessus la cour de l’immeuble. Gryf fusionna avec l’air et se plaça à sa hauteur. Savinasse lui arracha le crystaphone des mains et lança une véritable litanie de directives à Solaris, avant de le lui rendre. Leur course dura plusieurs minutes, jusqu’à ce qu’ils arrivent devant de colossaux piliers, qui s’élevaient vers les nues.

-Les Docks Galactiques, lui présenta Savinasse. Elle ne devrait pas tar…

Une dizaine d’elfes en armure noire sortirent des ombres, leurs arbalètes pointées sur la poitrine du gaulois. Ils l’entourèrent lentement, Gryf et lui, révélant dans la lumière faiblarde des docks des visages de cire, déchirés par d’inquiétants rictus. Lorsqu’ils eurent fini de l’encercler, un nouvel elfe s’avança, et sourit froidement au gaulois. Comme celui-ci restait coi, Gryf put profiter du silence pour examiner leur adversaire. C’était comme les autres, une elfe très pâle de peau, mais dont les cheveux étaient longs et blonds. Surtout, son corps gracile n’était pas protégé d’une armure, mais mis en valeur par une robe décolletée turquoise. Elle se rendit compte que l’élémentaire la scrutait ; elle lui rendit la pareille, d’un regard reptilien qui lui fit baisser les yeux. Satisfaite, elle se tourna vers Savinasse, et lui prit le visage d’une main, compatissante :

 -Mon pauvre ami, vous n’avez décidément pas beaucoup de chance, en ce moment ! Entre le juge Razzia qui veut votre mort, et moi qui veut votre proie… N’allez pas croire que je le fais pour moi ; j’ai prêté mes hommes et mon expertise à une amie…

La fille qui avait enlevé l’humaine élémentaire sortit de l’ombre, accompagnée de plusieurs hommes de main.

-Qui, je le crains pour vous, va repartir avec les deux personnes enlevées ce soir…

En silence, Savinasse observa les gardes le délester de la prêtresse, et la confier à leur concurrent ; dans le même silence, qu’il réussissait, par sa simple autorité naturelle, à imposer à Gryf, il les regarda repartir, puis les elfes pâles s’effacer dans les brumes. Ce fut quand Cellumbra les y rejoignit qu’il retrouva l’usage de la parole : « Dites-moi, ma chère perfide… ne pourrait-on pas espérer, pour ce que vous me faites subir, une petite… Compensation ? » Et il y adjoignit une œillade lourde de sous-entendus. Un regard reptilien répondit à ses avances.

-Mon pauvre ami, vous délirez… Mais vous avez à votre disposition une créature des plus appropriées pour ce genre d’exercice. Elle disparut.

-Et Maintenant ? Demanda Gryf.

-On ravale nos fiertés de machos et on se félicitent d’avoir Solaris avec nous.

Fin du chapitre 6