Chapitre 9
A titre purement indicatif, il ne faut pas attendre de moi que je respecte toujours la psychologie des personnages. Surtout si ça me permet de briser quelque liaison qui ne m’arrange pas. BWAAAH HA HA HA HA !!!!
Plus généralement, les liaisons du world without étant, parfois, artificielles, je considère qu’elles sont sûrement liées, d’une façon ou d’une autre, par quelque sombre affaire qui leur permet de se maintenir contre la logique des cœurs.
Le soir tombait sur le monde elfique ; son crépuscule bleuissait les cyprès indiscrets du parc de l’arboris elementia. Seule, rêveuse solitaire, Solaris attendait, sans qu’elle ne sache trop quoi. Un bruit de pas léger glissa sur le proche pavé ; s’arrêta, plus proche encore, d’un souffle qui venait caresser son épaule. Enfin la voix disait, déçue : « Je ne suis pas celui que tu attendais… »
-Non, Regen, soupira Solaris.
L’autre, elle l’imaginait, croisa les bras, boudeuse. « Tu aurais quand même pu éviter d’ainsi me tromper…
-Et ? Il est de mon droit d’aimer les hommes, non ?
-Non, tu peux t’amuser une nuit avec eux, mais pas plus ! Je suis ta compagne, et tu me dois un minimum de fidélité !
-Oui, mais celui-là… je l’aime… Et lui aussi, m’aime…
-Il t’aime ? Elle ricane. Il t’aime... Pauvre petite chose, s’il t’aimait, crois-tu vraiment qu’il aurait laissée seule, à ma disposition, en se sacrifiant face à Artémus ?
-Mais il s’en sortira…
-Oh, non, il ne s’en sortira pas. Du reste, il s’en fiche ! La preuve ! Lis cette lettre.
Elle lui tendit la lettre que, quelques matins plus tôt, Le gaulois était supposé avoir donné à Regen. Solaris la parcourut rapidement, blêmit légèrement, mais se reprit, et s’exclama :
-Mais ce n’est pas son écriture !
L’autre gronda, et lui arracha la lettre ; elle la lut, et crispa encore plus son poing dessus. « Non, ce n’est pas son écriture… Qu’importe ! Tu restes ma maitresse malgré tout. »
-Je n’en ai aucune envie !
-Je ne te demande pas si j’ai envie, je te l’ordonne !
-Non !
-Si ! Et tu sais très bien ce qui t’arrivera si tu venais à te refuser à moi… Quels affreux petits secrets seraient révélés… Qui est ton père et quelles personnes dans la famille de Shyska, et de Gryf, il a tué, par exemple… Tu perdrais alors un ami et un mentor, et tu ne serais plus qu’une elfe noire sous l’effet d’un mandat d’arrêt. Est-ce que c’est ce que nous voulons ?
-Non…
-Fort bien. Nous allons donc pouvoir nous amuser…
Elle s’assit près d’elle, et l’embrassa longuement. Puis elle s’en détacha, et ricana : « quand je pense que tu pourrais si facilement me tuer, et me faire emporter mon secret dans ma tombe… Mais si tu faisais ça, tu serais accusée de meurtre, et on te mettra en prison aussi sûrement que si je dévoilais les secrets de tes origines… Si tu savais comme ça m’amuse de de rendre les forts si faibles…
Le toit de la partie du bâtiment où était logée l’humaine aux pouvoirs élémentaires choisit ce moment pour exploser. Des décombres fumants fusèrent quatre éléments : Gryf, salement blessé, qui tomba lourdement au sol, une plaie rougeâtre lui barrant le torse ; Savinasse, revenu miraculeusement, ayant à l’atterrissage attrapé Shimy, et un humanoïde noirâtre gallinacé.
« Psycorax ! s’exclama Solaris.
-Orgueil et pouvoir ! Rugit le gaulois en portant un coup de taille qui zébra la cuisse de son adversaire.
-Tuer l’humain. Répondit l’intéressé, d’une voix froide, grave et métallique.
-Oh ! Interpella Savinasse. Le médecin ! Débrouillez-vous, mais remettez-moi le chaton d’aplomb !
Regen se précipita au chevet de l’elfe élémentaire, tandis que le duel entre le primipile et le galina continuait.
-Tuer l’humain.
-Vas-tu t’immobiliser que je t’occise ?
-Tuer l’humain.
-Han ! Pour quoi faire ?
-Il faut que le néant, création de vie, soit sauvegardé. Il faut le protéger des périls. L’humain est un péril. Tuer l’humain.
-ça roule ma poule ! Nouvelle taille, nouvelle estafilade. La faux tranche l’air pour se planter en terre ; estoc du gaulois, bras saignant. Vers la jambe, la faux s’abat, de justesse l’esquive, l’amène derrière lui, et d’un coup triomphant achève l’ennemi ! Il tombe, blessé, vaincu, sanguinolent. Savinasse veut l’attraper pour interrogatoire ; mais il se glisse dans les ombres et disparait.
-Je te cite, Cambronne ! Mais pas avant d’avoir évoqué les lieux de débauches ! Jura le gaulois (certains spectateurs ont affirmé qu’il s’était montré beaucoup plus concis). Puis il se retourna vers l’assistance. Il s’est échappé.
-Et il y a plus grave, le coupa Regen. La plaie de Gryf ne me semble pas naturelle…
-Il faut donc l’amener à l’infirmerie. Faites-le, voulez-vous ?
-C’est que j’aurais bien aimé passer la nuit avec Solaris… Tu aurais bien aimé aussi, n’est-ce pas ? fit-elle à l’adresse de sa compagne.
-Pas le temps, la sauva Savinasse. Nous devons absolument nous occuper de Gryf. Plusieurs gardes de l’arboris accoururent. Vous deux ! prenez l’elfe élémentaire et emmenez-le le plus vite possible à l’infirmerie. Regen, vous suivez. Occupez-vous du matou avant la cochonnaille. Solaris ! Avec moi ; nous devons trouver un endroit où mettre Shimy en sécurité.
Savinasse vint prendre l’humaine par le bras, et le trio s’enfonça vers la bâtisse dans le silence.
Nora (banlieue de Karakis)
-Juge Razzia ! Vous mangez comme un ogre ! protesta Byskaros.
Le colosse ne daigna pas relever les yeux de sa cassolette d’escargot au beurre et au vin blanc. En revanche, il maugréa des excuses. « Excusez-moi, prêtre ; mais voyez-vous, la cuisine Elfique est absolument délicieuse, surtout sur les côtes, où elle a été influencée par le bon goût en la matière des Gaulois, et je n’ai pas pu en manger depuis une éternité. Squisito ! * fit-il à l’adresse de la serveuse. Artémus arriva alors.
-Et bien, qu’avez-vous à courir ainsi ? L’impatience de pouvoir discuter avec moi ?
-Juge Razzia, c’est Amy ! Elle… Elle est partie !
Le juge rejeta sa chaise en arrière.
-Je vous demande pardon ?
-Elle est p… Partie ! Disparue ! Envolée ! Et elle n’a laissé que ceci ! Et il lui tendit un pli, sur lequel on pouvait lire : « Cher maitre,
Ne doutant pas de votre capacité à ramener saine et sauve Shimy, je trouve néanmoins que l’expédition traine en longueur, à l’instar de… » Et je vous passe le détail.
-Que fait-on ? Demanda le juge avec son habituel stoïcisme.
-Nous devons absolument les rattraper ! Faites préparer vos affaires !
Et il tourna les talons, tremblant.
-Il manque de sang-froid, commenta le juge. Il m’a paru tout blême.
-J’aurais plutôt dit qu’il était écarlate, répliqua Byskaros.
Arboris Elementia.
L’infirmerie était en ébullition ; les infirmières, les aides-soignants, les fonctionnaires, même ! Bourdonnaient autour des médecins et de leur patient. On lui avait fait passer plusieurs examens : les incontournables prises de sang, cela va de soi ; mais aussi des radios, pour s’assurer qu’un fragment de hache du galina n’était pas resté coincé dans l’organisme de Gryf. On s’échinait à appliquer toutes sortes de remèdes ; mais on n’arrivait pas à mettre un terme à la souffrance de l’elfe, alors, le sauver… Le front couvert de sueur, Regen sursauta quand une main se posa sur son épaule. C’était Savinasse, la bouche couverte d’un FFP2, qui lui faisait signe de le suivre. Elle quitta la salle d’opération, et l’accompagna dans le couloir. Le gaulois retira son masque, révélant une mine sinistre. Au moins, il ne serait pas difficile de lui parler des chances de survie de son ami… « Regen. Commença-t-il. Premièrement, merci. Votre zèle, votre obstination, votre courage dans ce bras de fer contre la mort méritent ces remerciements. Deuxièmement… Vous m’avez adressé une lettre.
-Oui, je souhaiterai mettre fin à notre…
-Ne t’inquiètes pas ! Je ne suis pas vexé. Non, je suis venu te parler d’une autre lettre.
-Laquelle ?
-Celle que vous m’avez envoyé sur Solaris.
L’elfe aux cheveux roses se figea. Savinasse n’avait pas dû être ravi de découvrir que son amante du moment était la fille de l’un de ses vieux démons : Et quel démon ! Zhârr-Magnac, le sorcier des ombres, un de ses premiers ennemis, l’homme qui avait ordonné la mort de l’unique femme qu’il n’ait jamais vraiment aimé – Arwen.
-Ta franchise, Regen, est louable. Il est dommage, cependant, qu’elle soit liée à la présence, en ton arbre généalogique, d’un autre infréquentable…
-Je ne vois pas ce que tu veux dire…
-Oh, si. La teinture, c’est une tradition, dans la famille… Bref ! Sache que Si Zhârr-Magnac a tué sa fille, et si ses fils sont innombrables, il est victime d’une terrible malédiction ! Sa fille, celle-là même qu’il a tué, est son seul enfant qui soit immunisé à une maladie dégénérative réduisant les facultés cognitives de ses victimes à celles d’un orc abruti d’aromates Marocains… je dis est, car si mort d’Arwen l’a privé de son seul potentiel héritier adulte, il ne l’a pas empêché de pouvoir la ressusciter… et Solaris, ma chère, est cette résurrection !
-Mais c’est impossible que Solaris et ta femme soient la même personne !
-Alors pourquoi y-a-t-il, en ce moment, non un elfe élémentaire, mais deux, alors que tu as toi-même reconnu, dans ta lettre, qu’en théorie, il aurait dû la vaincre, si, je cite ton rapport, « si un phénomène inexplicable médicalement, mais naturel, qui ne peut simplement pas être le résultat d’une tentative de triche, lui avait permis de continuer le combat jusqu’à ce que Shyska prononce le caractère nul de l’épreuve, et nomme les deux elfes élémentaires ? » S’il faut remonter plus loin, ton prédécesseur avait noté, à son sujet, qu’il était, je cite encore, « Inexplicable qu’une si jeune personne, même dotée de pouvoirs élémentaires, ai pu survivre à ses blessures » ? Parce que la Solaris originale est morte, Regen, elle est morte ! Et l’âme d’Arwen a remplacé la sienne. Ta lettre était supposée me dégoutter d’elle ? Point du tout. Tu as ravivé la flamme de ma passion, et révélé où se trouvait ma femme depuis tout ce temps ! Et pour cela Regen, encore une fois, merci.
-Je n’en crois pas un mot ! Solaris et Arwen, j’en suis convaincu, sont deux personnes différentes ! Tu as perdu le jouet que Zhârr-Magnac t’avais bricolé, laisse-moi le mien !
-Ah ! Ton entêtement à me ravir l’objet de mes plaisirs se rapproche bien de celui de ta mère !
-Vous n’en savez rien !
-J’en sais assez, jeune fille, et crois-moi, tes coucheries avec ma femme me répugnent d’autant plus que je sais qui elle est, et ce qu’elle a été pour moi !
-Je vous répète que je ne… Attendez ! Les liens… Avec ma mère ?
-Tu m’as très bien comprise. Demande-lui, si tu ne me crois pas, jeune fille.
Elle se détourna de lui, estomaquée. Lui tourne les talons, et se dirige vers la sortie. Sur le point d’en franchir le seuil :
-Pour Gryf ! Si tu n’as rien trouvé dans… Disons douze heures, essaye ceci. Il lui lance une fiole remplie d’un liquide bordeaux.
Il s’en alla. Regen resta immobile, sous le choc des sous-entendus du gaulois. Elle fut alors prise d’un petit ricanement. Maintenant, elle savait pourquoi Savinasse, qui lui avait témoigné tant d’amour, n’avait osé la toucher !
*L’occupation d’Alysia et d’Astria par les gaulois a fait de leurs langues (gaulois, latin, talien) les trois langues de référence, parlées par les élites des deux planètes. Bon nombre d’Elfes, rebutés par l’aspect légèrement guttural du gaulois (pas autant que les autres langues humaines, mais quand même), lui préférèrent le talien, langue musicale assez proche des dialectes elfiques. D’où l’utilisation de cette langue par Razzia.
Fin du chapitre 9
Alors ? Avez-vous compris les sous-entendus de Savinasse ? Ou resterez-vous dans l’attente des explications jusqu’au chapitre suivant ? N’hésitez-pas à laisser un commentaire si vous avez compris, mais ne le révélez pas à autrui…
Mes excuses à Tanouille, qui, je le comprend, ne doit pas être ravi d'apprendre tant de vilains secrets au sujet de sa tendre épouse.