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Fanfictions

Pourquoi sauver le monde... Livre III chapitre 5

Chapitre 5

 

Je le serais, mon consul…

-Bien. Colinus, comme vous le savez, je vous ai retiré le commandement du 34ème…

-Oui, mon consul.

-Je l’ai fait, car j’aurais besoin de vous pour une autre charge, autrement plus délicate.

-Je suis à votre disposition, mon consul. Qu’attendez-vous de moi ?

-J’attends de vous… D’assumer le commandement de l’armée de la confédération elfique.

-Moi ? fut tout ce que Colinus réussit à dire. Enfin, c’était insensé ! Certes, il était un officier talentueux, d’état-major, même, mais au point de commander toute une armée…

-Vous. Je vous charge de regrouper les éléments de l’armée de la confédération qui n’obéissent pas à Gouderien, d’organiser la conscription, et de former les troupes nouvellement levées. Le 34ème sera évidemment le cœur de cette armée nouvelle, que je veux forte d’au moins deux divisions, dont une de conscrits, d’ici la fin du mois. Sans compter le garnisonnage des régions ayant fourni les troupes. Et, d’ici la fin de l’année, son effectif devra être porté à dix divisions, de quatre régiments chacune. A terme, l’armée elfique devra compter 100 régiments, répartis entre 25 divisions, dont trois devront être toujours prêtes au combat. Les provinces de l’est, leur conquête effectuée, devront être semi-démilitarisées, et garnisonnées. Voilà pour l’armée de terre. Pour la marine, vous vous réfèrerez au capitaine… Pardon, à l’amiral Shamira. Bonne chance. Vous autres, lâchez-le. Je vous remercie de ne pas avoir tenté de fuir, Colinus, et m’excuse de ce manque de confiance.

Le conseil commença à bouger sur ses assises, signe que la séance était levée. Colinus se sentait perdu. Général en chef des armées elfiques… Encore fallait-il qu’elles existent, ces armées ! Et surtout, que ferait Savinasse en attendant que la troupe soit levée ? En trois mois, Gouderien avait largement le temps de marcher sur les positions gauloises, et les nettoyer de toute présence armée… Lors, à quoi bon les divisions levées ? A moins que… Le consul et Fauchet quittèrent la salle, le laissant seul avec le roi et les officiers elfiques. Ceux-là faisaient mine de quitter la salle…

-Amiral Shamira, Capitaine Chembêtpa, restez ici. Mon roi, pourriez-vous, s’il vous plait, honorer de votre présence la première réunion d’état-major de la nouvelle armée de la confédération elfique ?

-Parce que vous vous imaginez que je vais obéir à vos ordres, vous, un pantin fantoche à la botte des gaulois ?

-je pense, madame, que vous allez non seulement m’obéir, mais qu’en plus, vous allez me respecter.

-Auriez-vous l’obligeance de me donner vos raisons ?

-Vous allez obéir, parce que je suis votre supérieur hiérarchique, et que je suis le seul moyen de sauver les troupes qui refusent l’autorité de Gouderien ; me respecter, parce que je le ferais avec panache. Maintenant que vous avez soulagé vos nerfs en me montrant irrespect et antipathie, auriez-vous l’obligeance de me donner toutes les informations que vous jugerez utile à ma tâche ? Comme les effectifs des troupes immédiatement disponibles, leur type, leur matériel, si elles disposent de voies de ravitaillement, et idem pour les troupes refusant l’autorité de Gouderien. Et dépêchez-vous ! Ajouta-t-il. Je peux encore vous reconvertir dans le train. Vous savez, l’endroit où l’on recrute des officiers pour que les généraux puissent boire un café bien chaud à tout moment de la journée sans pour autant avoir à lever leur gériatrique et rebondi derrière de leur bureau… Me suis-je bien fait comprendre ?

L’amiral resta coi. De toute sa carrière, elle avait toujours trouvé moyen de s’imposer auprès de ses chefs comme un égal, en règle générale par un petit baratin semblable à celui qu’elle avait servi à Colinus ; mais le nouveau général en chef ne semblait pas le trouver à son goût. Il faudrait donc faire ses preuves en subissant la torture de l’acceptation de la hiérarchie. Elle respira un grand coup « Et ça vous défriserait de faire vite ? Je vous rappelle que vous avez, contrairement à moi, siégé au conseil qui a acté la création de cette armée ! »

-Euh… Oui, mais je ne m’attendais pas…

-La première qualité d’un officier, c’est de savoir réagir à l’imprévu. Vous en croiriez-vous dépourvue ?

-Non…

-Alors, amiral… Le rapport et vite !

-Mongénéral,j’aiàmadispositiondeuxrégimentsdemarinerépartisensectionsetcompagniespouruntotaldequatrevingtdixcompagniesdontquarantesontembarquésdansdesvaisseauxdetypeintercepteur,vingtcinqencinqbataillonssurautantdenaviresdetypecroiseur,etlerestesurdesnaviresdetypechasseursensections.

-Très bien, mais je n’ai pas l’intention de toucher à la marine. Aussi, sachant que le 34ème constituera le cœur de la première division… Combien de régiments de terre ?

-Hm… Nous n’en avons pas, mon général.

Alors, il va falloir les recruter. Quels territoires ne sont pas encore tombés sous l’emprise de Gouderien ?

-Toutes les provinces du sud et de l’ouest fourniront volontiers des troupes, mais il faudra les entrainer, et les ramener… Ce qui ne pourra se faire avant la fin de l’année.

-parfait. Nous tenons nos huit divisions. Et pour les deux que Savinasse veut avant la fin du mois ?

-je pense que les trois régiments de Karakis se rebelleront facilement. Mais il faut encore fournir une division de conscrits…

-Nous les recruterons sur place. Amiral, vous allez, vous et votre flotte, vous placer devant Karakis, et moi, je marcherai avec le 34ème sur la ville.

-Mais sans support gaulois, c’est de la folie !

-Je sais, mais c’est une folie qui pourrait bien réussir… Allez lancer les préparatifs. Oh, et je vais vous fournir trente officiers et sous-officiers, que vous confierez aux bons soins du capitaine Chembêtpa. Qu’il prenne sa section avec lui, et qu’il embarque avec une flottille de six vaisseaux. Et demandez le même effectif au gaulois. Ils formeront les prochaines divisions. Retenez que je les veux pour dans trois mois !

Ainsi, ce soir-là, se lancèrent à travers les eaux d’Astria ce qui allait créer la future armée de la confédération ; mais le récit de leur entrainement serait ennuyeux, aussi vais-je me tourner vers ces trois mois qui précédèrent leur arrivée. En dépit du peu de confiance qu’elle accordait à Colinus, Shamira fit manœuvrer sa flotte, forte de quatre croiseurs à six rangs de rames aux bataillons rutilants, trente-huit frégates d’interception, cette unité héritée de la gaule, si particulière, aux trimériques avirons, sur le pont de laquelle, bien que l’on soit de l’archerie, on exposait fièrement la baliste ; enfin, cent-vingt-deux chasseurs à l’appétit aiguisé, dont la section ne servait qu’à manœuvrer l’éperon acéré. Comme l’escomptait Colinus, Gouderien répondit en faisant sortir sa flotte, qui était forte de deux croiseurs, quatorze frégates et soixante-quinze chasseurs ; mais surtout, et c’était là sa puissance, une titanesque forteresse flottante, à même sans doute de balayer les frêles esquifs lancés en défi à sa face…

Cependant que le combat s’engageait, Colinus et son 34ème, qui avaient bien compris que Gouderien lancerait ses deux brigades de marines à la rencontre de la flotte d’invasion sans redouter une attaque de la terre, trop sûr de nouvelles d’un front où son armée manœuvrait pour se défaire des quatre légions que Savinasse avait mené aux divisions Nora et Karakis, soit quarante-mille elfes pâles et de l’est, avaient atteint les portes, que l’on ouvrit sans difficulté. Les régiments de garnison rejoignirent la bannière du général, et la ville fut à la confédération, y compris ses puissantes batteries côtières, qui cessèrent de pilonner la flotte de Shamira, qui se repliait face à la supériorité adverse. A bord d’une frégate dépêchée au port, Gouderien pris la fuite, et ordonna que l’on renonce à disperser la flotte elfique, mais que l’on se concentre sur son centre droit, pour pouvoir remonter vers le nord du continent principal. L’arche noire pivota et chargeant les rangs lourds, elle écrasa douze vaisseaux, dont deux croiseurs adverses, coupant en deux la flotte ennemie. Mais les batteries côtières avaient été retournées, et la flotte du royaume de l’est fut décimée, sans que l’on ne puisse abattre la nef de Gouderien. La victoire elfique était totale ; même si le tyran avait encore la vie, la capitale était libre, et le mois suivant fut consacré à la formation des troupes demandées par le gaulois. La fin de l’année fut riche en victoires, et l’armée de Savinasse se fit riche de soixante, puis de quatre-vingt-dix mille hommes. Mais en face, c’était trois-cent mille hommes qui s’étaient assemblés… L’offensive de l’année nouvelle fut éprouvante ; le gaulois, contraint à la retraite, sous la menace du nombre. Les gaulois se retrouvèrent cent-deux-mille, faisant ace à un front de cent-trente-mille elfes. Mais, plus grave, les cent et soixante-dix restant se pressaient sur le flanc est, et courraient vers Karakis, sans rien pour les arrêter que dix-huit mille hommes. Mais les quarante régiments demandés par le gaulois étaient prêts. Loin de ses bases, dans la neige, face au ruisseau qu’elle voulait balayer, l’armée de l’est se heurta à l’armée de la confédération : Désastre ! sanglante offensive qui la fit s’arrêter, avant que ne vienne la contre-attaque, vengeresse. Cédant du terrain sur sa gauche, Savinasse put appuyer la chose, et l’armée de l’est fut coupée en deux ; très vite, ce fut la débandade. Les provinces perdues furent reprises, et le consul triompha. Ses troupes, leur gloire retrouvée, devaient retourner en gaule, tandis que le royaume elfique revenait à la paix. Le gaulois, qui avait appris par hasard à Nemossos qu’il avait une femme issue d’un mariage arrangé, changea son fusil d’épaule, et décida de mener une petite campagne contre Darkhell. Mais son projet fut réduit à néant, et accessoirement lui aussi, par l’accident Jovenia. Car si ses troupes purent repartir et regagner forme adulte en leurs pays, Lui, dont le corps était fait de matière Astrienne, revint à l’état primaire, et se décomposa ; et s’en fut fini de Savinasse, et des gaulois en les deux mondes, car seul le premier consul voulait bien s’y intéresser.

 

  *** 

 

C’était le jeudi Astral, cinq heures galactiques ; l’heure du thé céleste. Lux Stator, dieu de la civilisation, du commerce et du comité d’entreprise, avait réuni ses cinq pairs ; Toussastix le terrible en son armure grondant ; Tarsnix le faucheur en sa toge fumant ; avec Marianne, déesse du foyer et de la patrie, Shêvapheuhr, déesse de la magie, de l’océan et des femmes mariées ; enfin, Ceraide, déesse de l’agriculture et de l’amour. Les dieux assemblés devant lui, Lux Stator ouvrit les yeux, et balaya la salle du regard. On pouvait commencer.

-Messieurs,

-Mesdames ! Rajouta Shêvapheuhr.

-Mesdames et messieurs, reprit le roi des dieux, nous sommes ici pour délibérer d’un cas particulier. Il s’agit du cas du centurion Savinasse – Toussastix, ne sautez pas à la gorge de Tarasnix, si vous le tuez, plus personne ne veillera sur le domaine des enfers, et nous serions obligé de faire appel à un prestataire étranger !

-ça pourrait nous revenir moins cher… Soupira Ceraide, qui ne se remettait pas d’une liaison à sens unique entre le dieu des morts et sa fille.

-De toutes façons, il est immortel, bougonna le dieu guerrier.

-Le centurion Savinasse, reprit Lux Stator, s’est vu confier la mission délicate de neutraliser un arrogant apprenti-dieu de la destruction prénommé Anathos. Mort pour notre service, il a pris la décision d’engager une procédure de résurrection, procédure qui a abouti. Mais le dieu Tarasnix a décidé de faire usage de son droit de non-vie et de reste-mort sur ses sujets, dont le sieur Savinasse faisait partie, pour l’obliger à rester en terre d’enfer, sans nous concerter préalablement.

-Il n’avait plus d’enveloppe physique ! geint Tarasnix.

-Cependant, le sieur Toussastix, ici présent, a décidé de passer outre l’autorité de son pair, et a ramené à la vie le centurion, qui faisait partie, si j’ai bien suivi, de ses fils favoris.

-C’est exact. Mais un homme qui meurt en nous servant mérite de revenir.

-Les deux procédures sont… Irrégulières, si bien que le sieur Savinasse est à la fois illégalement mort et vivant. Normalement, nous devrions, par défaut, le rendre au sieur Tarasnix…

-C’est félonie ! S’écria Toussastix.

-Mais malheureusement, le dieu Tarasnix a précipité notre serviteur dans une planète où toute vie humaine a été, je vous le rappelle, détruite par un cataclysme divin qui n’est pas de notre ressort.

-Ouais, maintenant, c’est tout peuplé de singes savants !

-Techniquement, c’était déjà le cas avant le cataclysme…

-Qu’importes la nature des singes savants tant qu’ils nous font des offrandes ! Tonna Lux stator. Tarasnix, vous avez interféré deux fois dans un processus de résurrection tout à fait assez légal…

-Tout de suite les grands mots…

-NE M’INTERROMPEZ PAS ! Vous avez donc interféré deux fois dans un processus de résurrection tout à fait assez légal, ce qui nous oblige à trouver un moyen de rendre le sieur Savinasse à la vie.

-Mais comment ? demanda Ceraide.

Le roi des dieux ne répondit pas immédiatement. Puis, détaché :

-Lors d’un combat contre le sieur Sombrepuit, le centurion Savinasse, si je ne m’abuse, a perdu la vie l’espace de quelques instants… est-ce juste, Tarasnix ?

-C’est exact. Répondit le dieu à la toge noire. Mais je n’ai jamais compris comment son chroniqueur du moment l’avait ressuscité… Il a en effet, pour ce faire, utilisé un artéfact supposé impuissant face à un gaulois.

-eh bien maintenant, vous savez, Tarasnix.

 

  *** 

 

Son cœur se remit à battre ; ses poumons s’emplirent d’air. Il entrouvrit les yeux, et agita légèrement le bout de ses orteils – douloureux, mais mobiles. Il était étiré sur un chevalet par quatre chaines d’acier noir, et dessous lui était Darkhell, le sorcier noir. Mais que faisait-il ici ? Ça lui revint. Il était là pour arrêter le responsable de l’accident jovenia, afin de comprendre comment ce dernier avait pu se produire. Mais le sorcier noir lui avait jeté l’un de ses plus terribles sortilèges, manquant de le tuer. Ou plutôt, le tuant. Et il avait, vraisemblablement, ressuscité. Le Sorcier noir s’aperçut de son réveil, et ricana.

-Il semblerait, gaulois, que ta tentative de jouer au héros se finisse pitoyablement… Au vu de votre état, je pense que l’on ne peut pas se faire beaucoup d’illusions sur votre degré de vulnérabilité. Mais, en revanche, quid de celui de…

Le sorcier noir s’arrêta, dévisageant la fille noire aux cheveux rouges accrochée à la gauche du gaulois, et resta immobile. Puis il se reprit, comme si rien ne s’était passé.

-De celui de la disciple du sieur Conquisador, le légendaire ! Attendez ? Pourquoi vous en inquièteriez-vous ? Et pourquoi m’avoir dé…

Le poing du centurion le cueillit au menton, envoyant valser l’arrogant enfant contre le mur. Avant qu’il n’ait pu se relever, le gaulois, libre de ses chaines, sous sa forme adulte, fut sur lui, et d’une claque magistrale, lui fit sauter trois dents ; puis il lui arracha sa cape, et en fit un bâillon des plus serrés.

-Parce qu’Artémus a d’autres compagnons. Répondit-il. « Comment diable… Le journal ! ME croyant mort, il a modifié la réalité. Et, pour Darkhell, je ne suis plus personne… Car je suis mort. » Se tournant vers la jeune fille, qui le regardait avec des yeux de merlan frit :

-Jamais vu un gaulois ?

-seulement dans les livres de mon père. Répondit-elle, avec cet air étrange des gens ressentant en leur intelligence le besoin d’être troublé par un spectacle, mais dont l’instinct leur crie la nature normale.

Le gaulois se détourna d’elle, et fouilla la pièce, recherchant ses armes, qu’il trouva non loin, car Darkhell, dans son arrogance, avait déposé son épée et son armure dans la pièce ; il s’arma, et se tourna vers la jeune fille. « Amy ? S’exclama-t-il, sous le coup d’une vive surprise. Amy, mais c’est toi ! »

-Vous me connaissez ? Demanda l’adolescente, mal à l’aise comme on l’est toujours face à un homme immunisé contre l’accident jovenia, et qui vient de d’estourbir le sorcier noir à la seule force de ses poings.

-Un peu que je te connais ! Attends, ne bouges pas, je vais te détacher.

Ce qu’il fit d’un coup d’épée précis.

-Mais, monsieur, comment pouvez-vous me connaitre ? J’ai douze ans, et selon le sorcier noir, vous êtes attaché ici depuis maintenant une décennie !

-Une décennie ?

-Oui, une décennie ! Lors de votre tentative de l’empêcher d’utiliser la pierre de Jovenia. Mais ce sont les légendaires, dont je fais partie, et surtout leur chef et chroniqueur, Artémus del Conquisador, mon maitre, qui l’a arrêté ! Hélas, il s’est échappé…

-Terrible ! Et où est-il, ce monsieur Conquisador ? Car je serais curieux de le rencontrer…

-En ce moment, derrière vous !

Le gaulois se retourna. Derrière lui était, étincelant dans son armure rutilante et sa cape de soie blanche, était l’homme qui, jadis, avait été son chroniqueur, avant qu’Anathos n’en fasse sa réincarnation et ne modifie la réalité.

Artémus del Conquisador.

Et, l’air de rien, sans comprendre le spectacle qui se tenait devant lui, demanda : « J’ai raté quelque chose ?

-Oh que oui…