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Fanfictions

Pourquoi sauver le monde quand une brute chauvine et une ado revêche peuvent le faire à ma place ? LIVRE I : Savinasse le légendaire

Bonsoir !

 Vous avez été nombreux, ces derniers temps, à vous intéresser aux aventures de Savinasse. Connaissant le caractère lassant de la recherche des chapitres les plus anciens, je vous offre ici l'intégralité du livre I de ses pérégrinations sur Alysia - C'est un peu long, je le reconnais, mais c'est mieux que de devoir fouiller l'onglet "Fanfictions" pendant une bonne dizaine de minutes avant de trouver le premier chapitre, pour s'apercevoir qu'il s'agit d'un petit texte d'à peine 700 mots et devoir recommencer l'opération pour le deuxième chapitre, non ?

 

 

Prologue

Artémus... Mystérieux personnage apparu au hasard de ce qui devait être l'avant dernier tome de la série... pitoyable personnage, lâche, faiblard et sans talent, pourtant bouffi d'orgueil, qui devint par hasard l'homme le plus puissant de son temps... Aussi noble qu'ait été son désir de sauver les légendaires, pourquoi s'arroger leur place, quand devenir leur chroniqueur eut permis de les maintenir en vie ? Pourquoi ne pas avoir simplement choisi un homme capable d'assurer leur fonction, et le suivre à la trace, narrant ses aventures et s'assurant du succès de sa mission ? Peut-être parce qu'Artémus ne l'a pas rencontré... mais en cette histoire, il lui sera donné de rencontrer un tel phénomène. Un homme de fer, un héros sans crainte et sans reproche, un bretteur de talent au cœur pur et à l'âme noble, suffisamment modeste pour laisser à son héraut la tâche de supporter la célébrité à sa place... En un nom, découvrez Savinasse ! 

Chapitre 1

Le jour se levait sur les ruines fumantes de l'auberge de la poire fendue. Toute la nuit durant, les elfes pâles l'avaient assaillie, puis pillée, et enfin incendiée. J'admirais avec tristesse les cadavres de cinq voyageurs qui avaient payé de leur vie une inutile bravoure, celle de se ruer au secours de la maison forte assiégée pour ne sauver que des morts, morts qu'ils maintenant rejoignaient... un déclic me fit me retourner ; derrière moi se dressait, silhouette élancée en armure d'airain, la filiforme elfe noire qui avait été la cause de ce malheur. Elle me souriait, d'un rire cruel qui étirait ses lèvres rouges comme le sang qu'elle avait fait couler, et lentement refermait le doigt sur la gâchette de sa funeste arbalète... je crus ma dernière heure arriver. Soudain le rictus tomba de surprise ; la créature hoqueta, dans un spasme vermeil, tandis qu'un sang de terreur se déversait de la plaie qui était apparu sur son sein - d'où dépassait une épée. La créature tomba, et derrière se profila un garçon qui ne payait pas de mine (c'était au temps maudit de l'effet jovenia, que j'espère maintenant fini) revêtu d'une armure en lamelles qui semblaient d'argent, passées sur une tunique mal taillée. Des broques élimées, des baies et une cape de meilleur aloi complétaient l'ensemble. Je fixais incrédule mon sauveur, et, ce qui ne m'arrive jamais que devant le spectacle d'un pareil miracle, ne sachant trouver les mots pour le remercier, je fus platement réduit à balbutier "qui êtes-vous ? Et comment avez-vous triomphé ? Ces monstres sont des surhommes. "

"Je m'appelle Savinasse, je viens du monde étranger au tiens et affranchi des dieux depuis 6000 ans. Quant à ces ombres, elles n'étaient pas des surhommes, mais des elfes aux sens aiguisés par le sadisme et la consommation d’herbes enchantées par la magie noire. Comment les ai-je vaincus... il faut dire, mon garçon, que..." Savinasse sourit, et écarta légèrement sa cape. Se dévoila un torque qu'il retira ; aussitôt des éclairs orangés l'entourèrent, et lorsqu'ils se dissipèrent, révélèrent un homme adulte et barbu, fort et fier de ses trente ans ! "Je ne suis pas un homme ordinaire. " Puis, sur le ton de la conversation : "Et si nous discutions de tout cela autour d'un petit verre ? l'auberge de la poire fendue dispose d'un aubergiste qui est d'un drôle, et surtout d'un petit Sancers qui va admirablement avec le filet de Baudroie-langoustine - je n'ai jamais pu retenir le nom local de la créature ! "

"L'auberge de la poire fendue est autour de vous, l'interrompais-je. Et elle vient de partir en fumée."

"La bâtisse, oui ; mais pas le cellier..." 

Et sur ces bonnes paroles, il me poussa sur le côté et ouvrit une trappe dont je n'avais pas connaissance, alors que je m'étais tenu dessus tout le long de notre discussion. Le Gaulois s'enfonça dans le réduit ; après quelques hésitations, je le suivis.

 

Chapitre 2

 

Alors que je suivais Savinasse dans l'escalier, mon ouïe, que des années passées à fuir de mauvais drôles conscients de mon génie et désireux de mettre ma bourse à contribution pour leurs beuveries, me fit parvenir du fond du boyau ou nous nous enfoncions les accords d'une musique étrange. À cela s'ajouta bientôt les effluves de bonne chère, de sauces et plats étranges qui n'avaient jamais eu le privilège de flatter mon palais, et qui ne manquaient pas, de leur parfum d'exotisme, d'aiguiser mon appétit. Enfin nous débouchâmes sur une grande caverne, et l'univers s'emplit des rires, des chants et de la bonne humeur qui semblait princesse en ces lieux. Je pris tout de même le temps, avant que Savinasse n'ait pu m'entraîner plus loin, de jeter un œil sur l'assistance. Elle était, je l'avoue, des plus intrigantes. Chaque table portait son lot de créatures étranges, et presque aucune ne me semblait familière. Je vis des monstres à la tête de crocodile et aux ailes chitineuses dévorer des insectes gros comme mon poing ; des boudins noirs gélatineux agresser de leur tentacule un jaguaran nu, sans pieds, ces derniers étant remplacés par des mains ; Savinasse devait me dire qu'il s'appelait Oranhoutan. Le gaulois dut me prendre par l'épaule pour me faire avancer ! Nous nous attablâmes finalement près d'une torchère, d'où il commanda une bouteille de Sancers et deux baudroies-langoustine sauce Thermidor ; l'explication promettait d'être longue. 

"Monsieur, commença-t-il, tout d'abord... pourrais-je connaître votre nom ?" Je répondis Artémus. Il Demanda mon nom de famille ; ce dernier manqua de provoquer en lui une grande hilarité. Sur ce, les plats arrivèrent ; je pus constater qu'il s'agissait de poissons du Loch Vérou, situé à proximité de l’auberge. Savinasse m'affirma que ces derniers étaient très répandus sur Pavin IV - un monde qu'il lui avait fallu traverser pour venir jusqu'ici. J'appris, à cette occasion, que son monde Natal s'appelait Nemossos, mais qu'il avait quitté la légion- une armée du cru - après avoir atteint le grade de primipile, et avoir été mêlé à une sombre histoire politique, sombre histoire qui lui avait valu suffisamment de liquidités pour se permettre de se consacrer à son péché mignon : l'aventure.

"L'aventure, dites-vous ?" M'exclamais-je soudain, tiré par ce mot de ma langueur alcooleuse. 

"Si fait."

"Mais c'est excellent !  Je suis chroniqueur et je viens juste de perdre le groupe que je suivais... que diriez-vous que je devienne le vôtre ? " cette petite ruse m'avait été inspiré par les cinq voyageurs, que je me trouvais suivre depuis quelques temps.

Le gaulois me regarda fixement, puis répondit : "pas question. Je ne désire aucune publicité. "

J'en restais estomaqué. Un héros qui ne veut pas être célèbre ?  Qu'était ce que cette Anathoserie ?

"Réfléchissez ! M'exclamais-je. Vos exploits sont nobles et votre cœur est pur, mais ils n'ont de valeur que si un héraut les raconte !"

"Non, non ! Répliqua-t-il. Un chevalier des gaules ne s'embarrasse pas d'un ménestrel. Il rend justice en laissant la gloriole aux mercenaires. '

"Mais il vous faut un chroniqueur pour être un héros, sur Alysia ! Et je suis le meilleur. Les gens que vous avez vu dehors étendus étaient, pour leur part, les plus grands héros de ce monde ! Mais ils sont morts, et si vous ne prenez pas leur place, personne à part moi n'osera prendre leur place. Et vous ne pouvez imaginer les conséquences d'une telle décision..."

Ce petit mensonge, l’évidence du génie de ma plume et l'imagination fertile du Gaulois eurent raison de ses réticences. Et ainsi, ma virtuosité rhétorique offrit à Alysia un nouveau héros. Savinasse le Légendaire. 

Fin du 2ème chapitre. 

 

"Oui, la transmission de ces nouvelles pourrait sauver la légion... quel dommage que tu aies disparu dans de tragiques circonstances sans nous les faire parvenir ! "

Mansour le Bourguignon. 

Chapitre 3

(Les notes suivantes semblent avoir été ajoutées d'une main différente, l'écriture est moins nerveuse et moins serrée.)

Antre de Skroa le rusé

S'il y avait un mot qui, selon Amy, résumait sa courte existence, c'était sans aucun doute possible la douleur. Douleur de cœur, d’abord, du fait de la mort de sa mère ; douleur d’esprit, ensuite, lors de ses disputes avec son père et de sa fugue ; douleur physique, chez les bakkaras ; douleur mentale, maintenant qu'on l'avait traînée dans cet antre par ces étranges elfes à la peau pâle, et qu'elle servait de cobaye à l'étrange gallinacé qui semblait leur commander. Elle était accrochée à ce qui lui semblait être un chevalet de torture, mais disproportionné par rapport à sa gracile constitution. des tuyères grises, remplies d'un liquide orangeâtre, lui sortait du cou, des bras, des jambes et, elle en avait peur, du cœur . Les ennuis avaient commencé- enfin, ces ennuis là - lorsqu’elle avait accepté comme arme Anikhanskaywokeur, l'épée Childirelle. La démoniaque tige de métal sombre l'avait alors entraîné contre des adversaires toujours plus puissants, dans son interminable et délirante litanie (elle jurait de l'avoir entendu gronder "Viens faire un câlin..." à plus d'un adversaire), jusqu'à trouver un adversaire à sa mesure : le seigneur de forteresse flottante Spectrâs, qui l'avait vaincue, désarmée et capturée. L'épée était alors passée par-dessus bord, entre les mains d'un malheureux triton qui, apparemment, courrait toujours. Cela, Amy le savait de Skroa. La créature avait négocié l'achat de sa personne, puis convaincu Spectrâs , moyennant une belle quantité supplémentaire d'argent, de rechercher l'épée. Il avait, vraisemblablement, un plan mystérieux les concernant, l'arme et elle ; de la nature de ce plan, elle ne savait rien, si ce n'est la nécessité, pour son accomplissement, de la brancher à un l'appareillage cité plus tôt. La jeune fille fut tirée de ses méditations par un nouvel accès de douleur. 

Elle se rendit compte qu'elle avait perdu connaissance en se réveillant. Face à elle se tenaient Skroa, dont le bec accomplissait l'exploit de rendre sa morgue et sa joie mauvaise, en compagnie de plusieurs Elfes pâles, dont Spectrâs. Et entre ses mains luisait Anikhan. "Je préfère, elfe noir, être tenu par les mains d'une femme ; seules elles ont la candeur nécessaire pour que leur âme soit agréable à Caresser." Grogna l'épée.  Amy retint un gémissement. Des nombreux défauts d'Anikhan, le machisme était sans doute le moins supportable, et Akamandis savait qu'il en avait (ou pas, c'était sans doute pour cette raison qu'il existait encore) ! Tandis qu'Amy songeait à cela, Spectrâs tendit l'arme au Gallina qui, pour faire bonne mesure, éclata d'un rire Sardonique.

"Alors, maitre, t'ai-je bien servi ?" 

"C'est parfait, Spectrâs, oh oui ! Mon sombre dessin va s'accomplir, ahahahahahaha. De la fusion de l'esprit du Childirelle mâle et du corps du Childirelle femelle, j'obtiendrai les cellules nécessaires pour ressusciter ma race, ahahahahahaha ! Et elle régnera de nouveau en maître sur Alysia, et tu seras, en ce monde asservi, mon unique égal !"

"Excusez-moi... hasarda Amy. Mais qui est le Childirelle femelle ?"

Skroa lui lança un regard qui en disait long et cela ne lui plut pas du tout.

Ma chère Amy... la Childirelle, c'est vous !"

Alors il enfonça l'épée dans la machine dont les tubes s'enfonçaient dans le corps d'âme, et la douleur cessa d'être une définition, pour être, et c'était tout.

Fin du chapitre 3...

 

"Toussastiq ? Ça n'est pas une marque de détergent ?"

Derniers mots du grand prêtre d'Akamandis recueillis par Richard Dassault, légat de la 27ème légion cuirassée et fils du prélat de Toussastix, dieu gaulois de la guerre.

 

Chapitre 4

"Et tout se passera ainsi si tu n'interviens pas, Savinasse ! "

Le Gaulois se redressa soudainement sur son séant, couvert de sueur. La vision resta accrochée devant ses yeux pendant quelques secondes, avant de se dissiper. Avec d'incontrôlables tremblements, le chevalier attrapa une flasque située à sa gauche, dont il aspira goulûment une gorgée du contenu. La brûlure du cognac et l'amertume du café le sortirent de sa torpeur, et de peur, ses tremblements devinrent simplement nerveux. Il se leva, se dirigea vers son manteau délaissé la veille et en sortit une montre gousset. Il était sept heures sur Nemossos ; six heures sur Alysia. Toujours tremblant, le gaulois retira son torque ; le frêle garçonnet se mua en un homme de 6 pieds, aussi musclé que barbu, et qui ne tremblait plus ; les gaulois ne connaissaient pas la peur. Il claqua des doigts ; une flammèche apparut au sommet de son index (un tour dont il n'avait pas parlé à Artémus), dont il se servit pour allumer une bougie. Le méchant suif illumina la pièce d'une chaude lueur blafarde, tandis que Savinasse effectuait ses ablutions, puis s'habillait, et enfin s'armait. Ce fut à ce moment-là qu'Artémus daigna sortir de son sommeil. Savinasse lui prit le bras pour lui dire qu'il descendait déjeuner, puis s'en alla.

Artémus arriva dans la salle commune de l'auberge un quart d'heure plus tard ; il y trouva Savinasse attablé devant ce qui semblait être une assiettée d'un liquide orangeâtre, composée d'un étrange légume dont il devrait connaître le nom d'oignon lors de sa proche conversation avec le chevalier, une tasse de ce qui se révéla être du café infusé dans du cognac, et en grande conversation avec le jaguaran à face de Singe qu'il avait vu la veille. Ce dernier se leva à son approche, et se balança au loin d'une poussée de ses mains inférieures, en grommelant un "ook" de contentement. Artémus s'assit avec méfiance à la place de la créature ; Savinasse parut alors prendre connaissance de sa présence. 

"Ah ! Artémus. " l'apostropha-t-il. " toujours décidé à me suivre ?

"Toujours" répondit l'écrivain. Quel est votre plan ?"

"J'ai appris du bibliothécaire que les elfes pâles étaient dirigés par une vieille connaissance, le seigneur Spectrâs. Ils sont, toujours selon lui, à la recherche d'une épée qui, apparemment, accueillerait l'esprit d'un démon Childirelle. Ce qui veut dire que nous devons trouver les elfes pâles pour trouver l'épée, ou l'inverse. Ce qui nous arrange, car les deux ont été signalés à l'embouchure du fleuve Tétoaénaj." Ajouta-t-il.

"Bien... et sans vouloir être indiscret, qui est ce bibliothécaire ? " Demanda Artémus. 

"Vous êtes assis à sa place. "

Le chroniqueur resta silencieux, avant de s'exclamer : "vous voulez dire que le bibliothécaire est l'espèce de Jaguaran à tête de S.…"

"Oui, c'est lui. Mais évitez de dire "'singe", ça le rendrait chèvre." Artémus sut merveilleusement bien cacher son amusement. "il nous faut donc nous y rendre. " conclut le gaulois. "Vous avez une monture ?"

"J'ai... une sorte de sous-marin de poche capable d'évoluer sur la terre ferme..."

"Merveilleux ! Et comment s'appelle-t-il ?"

"Euh.... Le Sharkozy."

Le gaulois parut tout de suite moins ravi.

"Le nom ne vous plaît pas ?" Demanda le chroniqueur, mal à l'aise. 

"Non... cela vous dérangerait si l'on utilisait le mien ?"

"Non, mais comment s’appelle-t-il ?"

Le gaulois sourit de toutes ses dents, avant de répondre : "Le Squale Chirac…"

Fin du chapitre 4

 

 

J'ai laissé, lecteur, le soin de la rédaction des 2 chapitres précédents au gaulois ; y intervenaient des événements qu'il a refusé de me raconter. Je reprends dorénavant la narration.

Chapitre 5

Il était bien beau de préférer à mon sous-marin le sien, mais Savinasse ne l'avait pas sous la main. Il refusa néanmoins d'embarquer dans le Sharkozy, lui préférant une créature laide, poilue et puante, mais néanmoins armée de défenses et capable d'égaler mon engin en vitesse et endurance, représentante d'une espèce nommée sanglier et elle-même portante du nom de Poupounette. Il profita du trajet pour me faire une rapide description des elfes pâles. Il s'agissait d'un peuple elfique corrompu, honni par les dieux et dont la seule conception du bonheur et de la vie était le sadisme et la luxure. Ils se déplaçaient à travers les mondes grâce aux vents de magie qui soufflaient sur le monde ; ces derniers gonflaient les voiles de leurs vaisseaux, les Nefs du désespoir et les forteresses flottantes, leur permettant de créer des portails, des sorts de dissimulation et d'autres de destruction ; ils étaient fascinés par les êtres démoniaques, ce qui expliquait leur intérêt pour l'artefact Childirelle qu'ils recherchaient. Enfin nous arrivâmes dans une crique, à quelques kilomètres du fleuve Tétoaénaj ; Savinasse arrêta sa monture, et me fit signe de sortir de mon véhicule. 

"Le squale Chirac est ici." Déclara-t-il. "On ne pourra pas embarquer votre basistace ; il faut le laisser ici."

Je protestais vigoureusement que mon sous-marin était un objet de valeur qui ne pouvait être abandonné ; Savinasse répondit, avec un air déçu, qu'il était vrai que sa chronique n'avait guère de valeur. Je dus me ranger à son avis ; une chronique écrite de ma main a autrement plus de valeur qu'un bijou de technologie, même mien ! Le gaulois, toujours à sanglier, me mena alors jusqu'à un rocher de belle taille. il était orné d'un graffiti en gaulois qui se révéla être une inscription funéraire ; Savinasse parut étrangement attristé par sa lecture. Il semblait pourtant déjà connaître le message. Il envoya sur le roc un coup de poing rageur digne de le faire trembler, et je crus un instant que le coup avait bien réussi à ébranler la pierre ; en fait, le gaulois avait déclenché un savant mécanisme qui avait provoqué le soulèvement du roc, en réalité porte s'ouvrant sur un souterrain. Le gaulois s'y enfonça, et je partis à sa suite.

Nous évoluâmes plusieurs minutes dans le boyau humide, jusqu'à déboucher dans une caverne semi-inondée, au centre de laquelle trônait une sorte de long cigare d'acier, doté à un cinquième de la longueur d'un cône incomplet orné d'une écoutille. Le gaulois poussa sa monture jusqu'à côté de l'engin ; une trappe, jusqu'alors invisible, s'ouvrit. Savinasse descendit de sa monture et l'envoya dans les profondeurs de l'appareil, où il la suivit. La trappe se referma ; au bout d'une dizaine de minutes, il ouvrit l'écoutille et me fit signe de le rejoindre. Je m'exécutais avec circonspection, tandis qu'un grondement de tonnerre venu des entrailles de l'appareil faisait résonner la caverne. Le sas se referma sur moi.

"Artémus , bienvenue... M'accueillit le gaulois. Bienvenue sur le Squale Chirac !"

 

Le sous-marin avançait d'un bon train sous les flots. La caverne s'était révélée séparée de la crique par de lourds battants métalliques qui se trouvaient être triplés ; le Squale Chirac n'était donc pas le seul requin gaulois à pouvoir évoluer sous la mer Alysienne ? Selon Savinasse, les deux autres ne risquaient pas de se promener ; leurs équipages les avaient évacués il y avait maintenant vingt ans, quand Darkhell semblait invincible et Alysia perdue. La base n'ayant jamais été totalement abandonnée pour autant et le Squale Chirac, même sans ses confrères Squale Lang et Squale Pasquoi, était resté. Puis les membres d'équipage restant étaient tous morts, et la gaule avait oublié son existence. Savinasse en avait fait depuis son véhicule préféré ; quoiqu’il laissât souvent les commandes à l'étrange cerveau de métal qui somnolait au cœur du submersible, qu'il appelait "ordinateur". Ce dernier fit alors entendre sa sirène ; le Squale avait trouvé sa proie. Le gaulois se précipita sur le périscope et jura : le bâtiment ennemi était une forteresse flottante ! Le gaulois prit le parti de suivre le navire jusqu'à sa destination. Cette filature nous conduisit jusqu'à l'entrée d'une baie, surplombée de deux statues de Gallinas...

S'il y avait un mot qui, selon Amy, résumait sa courte existence, c'était sans aucun doute possible la douleur. 

Fin du chapitre 5

 

"Car il ne suffit pas de sauter sur sa selle comme un cabri en criant : "la charge ! La charge ! La charge !"

Un général.

Chapitre 6

"Mouais... la sculpture est impressionnante mais le modèle plutôt laid."

Ainsi parla Savinasse en contemplant l'arche formée par les deux démons de granite qui gardaient la baie. Le gaulois quitta le périscope pour gagner le bureau luxueusement orné qui, apparemment, tenait lieu de poste de commandement au Squale Chirac. Il y avait déposé plusieurs cartes de navigation vraisemblablement codées car, au lieu d'indiquer explicitement les positions précises des différents monstres marins, était couverte de successions de lignes, de flèches et de courbes chacune commentée par des instructions en gaulois. On y trouvait aussi un compas, une régle couverte d'inscriptions tout aussi mystérieuses. Un plateau présentant une bouteille rempli d'un vin gaulois, deux gobelets et une grande assiette de sandwiches beurrées sur leurs deux faces et garnies d'une viande rosâtre, trivial aux côtés de ses étranges compagnons, venait compléter l'ensemble. Savinasse prit une bouchée d'un sandwich, se tamponna la bouche avec le revers de sa cape, avala une gorgée de vin, puis se plongea dans l'étude du parchemin. J'en profitai pour tendre la main pour goûter au breuvage ; il n'avait, chose surprenante, un goût de raisin et de hêtre ; l'alcool ne se sentait presque pas. Alors que je reposais la coupe, Savinasse se redressa en citant Cambronne, avant d'évoquer d'un ton fleuri les maisons de tolérance. 

"Artémus ! M’interpella-t-il. Nous sommes dans..."

Sa phrase se perdit tandis que le submersible devenait sujet à de violentes secousses. 

 

Skroa le rusé examinait avec orgueil sa création. La machine devant lui bourdonnait et plongeait ses tuyères dans les profondeurs de l'organisme de la Childirelle, qui gémissait de douleur. La transmutation était presque achevée, il allait pouvoir se passer de Spectrâs et de l'épée, tout compte fait.

Hélas pour lui, il y a dans les plans de tout grand méchant une faille que le hasard n’attend qu'une occasion pour l'exploiter. Ce hasard, c'était que le signal de fonctionnement des stabilisateurs du Squale Chirac avait une résonnance dans la dimension de la magie telle que selon une équation connue des seuls dieux, la résonnance du mécanisme d'alimentation du dispositif de Skroa devait générer un intense stress mécanique sur le dispositif adverse, et vice versa. Comprenez : tant que les deux machines fonctionnent, elles s'envoient mutuellement des décharges de magie brute. Ajoutons à cela qu'un stabilisateur gaulois est bien plus résistant qu'une centrale gallina, et on ne s'étonnera pas de l'inévitable panne du système du Rusé. Il existait d'ailleurs depuis longtemps - suffisamment pour que les cartes de Savinasse en indiquent la position. De ce fait, la machine de transmutation s'arrêta et le submersible repartit. 

Skroa hurla de rage ; il saisit un garde elfe pâle par le cou et l'utilisa comme javelot sur un deuxième, ce qui le mit rapidement à cours de créatures contre lesquelles se défouler ; s'attaquer à la Childirelle, qui reprenait une apparence humaine, était hors de question. Il lui fallait d'ailleurs s'assurer qu'elle était intacte, ce qu'il ne fit qu'après plusieurs minutes passées à se calmer. Étrangement, lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle ne cria pas comme à chaque fois que l'infâme volatile plaçait ses trois mètres et son bec sous son nez. Au contraire, ses yeux de perdaient dans le vide, l'ait perdue, et totalement indifférente à son environnement. 

"Bonsoir, ma fleur." Lui susurra Skroa. La jeune fille rejeta violemment la tête en arrière, et ses yeux roulèrent paniqués dans leurs orbites, cherchant l'objet de la crainte de leur possesseur. Dans un nouvel accès de Fureur, Skroa comprit : la Childirelle était devenue aveugle ! Plus question, donc, de se passer de Spectrâs et de l'épée. Le sol en profita pour se mettre en mouvement, et sous les yeux médusés du gallina, un garçon au cheveux noirs, dont le front était orné d'une cicatrice en forme d'étoile, apparut. 

"C'est bon, Savinasse ! " Déclara-t-il. " j'ai trouvé la machine qui profitait de la centrale que le Chirac a détruite ! Est-ce que je... AAAAAHHHH !!!"

Skroa fondit sur l'ignoble qui venait de déclarer son crime ; il le saisit par la taille, et le tira ; derrière lui se révéla une corde. Skroa sauta jusqu'au plafond de son antre ; au bout de la corde apparut un nouveau garçon, brun et maigrelet, ridiculement vêtu d'une armure trop grande. Skroa secoua la tête. Un gaulois ! Cette engeance n'avait pas reparu sur Alysia depuis au moins l'accident jovenia. Il tira sur la corde ; avec une vivacité peu commune, le gaulois dégaina son arme et trancha la corde, avant de se ruer sur la machine dont il sectionna les câbles.

Tout se passait comme dans son rêve ; le Gallina, la machine démoniaque, la fille attachée... après l'incident des stabilisateurs, Savinasse avait compris qu'il se trouvait près de l'antre de Skroa, et non de celle d'un simple gallina, comme il l'avait cru dans un premier temps. Il avait donc suivi le tunnel de refroidissement de la machine de Skroa et remonté le conduit de maintenance ; le mauvais sort avait mis Artémus, meilleur grimpeur, en tête, car s'il avait réussi à libérer Amy, il lui fallait maintenant sauver Artémus. Skroa se posa en grondant devant lui ; le gaulois arracha son torque et engagea le combat. Ce fut rapide ; le Gallina, grand sorcier, ne valait pas grand-chose au contact, et se révéla incapable de ne serait-ce que de blesser son adversaire. Il réussit bien à lancer sur le gaulois un sort de boule de feu qui aurait, sans aucun doute, carbonisé un homme ordinaire ; mais Savinasse n’était pas un homme ordinaire. Il évita aisément le projectile, et asséna au Gallina un coup de taille qui lui entailla profondément le thorax. Il enfonça l’arme sur 3 pouces et demi, mais pas au-delà des quatre nécessaires pour tuer le Gallina à coup sûr ; le chevalier répugnait à frapper un homme à terre. Sur ces entrefaites, Spectrâs arriva, et le gaulois vit entre ses mains luire la malsaine lueur de l’épée démoniaque. Obéissant à son instinct, le gaulois saisit Amy par la taille, son chroniqueur par le col et sauta dans la trappe. 

Le seigneur Spectrâs ne comprenait pas ce qui se passait ; son maître adoré, Skroa, gisait à terre et son bourreau s'enfuyait avec un indispensable ingrédient de son plan machiavélique. 

"Qu'attends-tu ? Va me faire caresser les côtes de ce parjure !"

Un instant Spectrâs crus que l'épée démoniaque lui avait parlé ; ce qui était sûr, c'est qu'il opéra un demi-tour vers son arche avec l'intention de couler un sous-marin dont il n'avait jamais entendu parler.

Fin du chapitre 6.

Chapitre 7

P.O.V. Artémus del Conquisador

L'écoutille se referma sur Savinasse ; les moteurs de son appareil grondaient déjà. Il déposa la fille sur une couchette, la recouvrit de sa cape et remit son torque. Puis il regagna le poste de commandement en me disant : "j'ai fait une erreur."

"Laquelle ? Demandai-je. Me laisser aux mains de ce démon ? Embarquer une fille inconnue ?"

"Ne pas tuer Skroa. " il tomba dans le silence, quand résonna l'alarme : l'arche noire nous poursuivait...

Savinasse redressa la tête ; puis il bondit sur le périscope et l’orienta vers l’arche. Cette observation effectuée, il se rendit, sans courir mais tout de même au pas de course, vers le poste normalement réservé au timonier, où il s’installa, abaissa un levier, et inclina la barre. Pris d’une puissante accélération, le Squale Chirac bondit en avant ; mais son commandant semblait toujours insatisfait. Il se releva, gagna un troisième bureau, où trônait une imposante console surmontée d’un écran radar. Il jeta un coup d’œil à ce dernier, puis secoua la tête ; on y voyait clairement le squale, tige bleue au centre du moniteur, se faire rattraper par la masse de son adversaire. Heureusement, nous sortîmes à ce moment-là de la baie ; Le Gaulois revint à la timonerie, poussa plus fort la barre, et le squale nous entraina dans les abysses. L’écho radar de la forteresse flottante disparut.

« Bon. Je suppose que nous leur avons échappé ? » Demandai-je, espérant que le gaulois répondrait par l’affirmative. Cette dernière, et je te le concède, ô lecteur, me déplut donc fortement.

« Non. Spectrâs a sûrement à son bord un magicien à même de nous retrouver, s’il ne peut pas utiliser l’épée pour le faire. Nous pouvons lui échapper pendant des mois en faisant le tour du monde, certes ; mais lui peut nous traquer pendant des années sans rentrer dans un port, car il a à son bord suffisamment de créatures volantes pour assurer un véritable pont aérien, ou du moins de mener des raids sauvages. Nous pourrions utiliser le générateur de trou de vers portatif du Chirac – une capacité de ce navire dont il s’était abstenu de m’entretenir – mais ses méduses arcaniques – toutes les forteresses flottantes en ont une au moins – retrouveraient leur signature magique. Il nous faut donc, avant toute chose, détruire ces créatures, et ensuite nous pourrons songer à lui échapper. Je rajouterais que pour faire cela, il nous faudra nous rapprocher de la forteresse – ce qui est, je le concède, particulièrement risqué. »

Comme il se replongeait dans la conduite du submersible, je lui demandai comment il comptait faire pour se débarrasser des méduses ; il me répondit que le sous-marin avait à sa disposition des armes suffisamment puissantes pour détruire la forteresse, et qui n’auraient donc aucun mal à venir à bout des méduses. Je le questionnais alors sur la raison pour laquelle il se refuser de ne pas simplement couler le bâtiment adverse ; il m’expliqua qu’il avait vu dans les mains de Spectrâs l’épée Childirelle, ce qui voulait dire que si la forteresse était détruite, il y avait de fortes chances pour que l’épée coule avec et devienne alors irrécupérable. Il fallait donc se replier et attendre une occasion de venir la dérober, à moins que ne soit trouvée d’ici là une raison valable de laisser l’épée disparaitre. Je pris le parti de me rendre à ce raisonnement et d’aller me consacrer à l’écriture de ma chronique, laissant le gaulois aux commandes de son navire, et en espérant que sa stratégie ne signe pas son arrêt de mort et, par précipitation, le mien.

"Car il vaut mieux, mon prince, partager des crèmes avec des porcs que manger des glands tout seul."

Jean jacques Brunsot, philosophe gaulois, tentant d'expliquer le principe de démocratie à l'empereur Rachif le Maure (bientôt doublement depuis près de trente ans)

Chapitre 8

J'avais espéré me défaire de la charge de prendre en main mon destin ; le gaulois, ce qui a bien failli être fort dommage pour mes (cela va de soi) nombreux admirateurs, qui auraient alors du vivre leur vie sans que le culte de ma personne lui donne un sens ; le gaulois, disais-je, en avait décidé autrement.  Il faut croire, en effet, que dans leurs contrées, un homme de lettre digne de ce nom est supposé savoir où bien piloter un véhicule de guerre, ou bien se servir de son système d'armement. J'étais encore plus mauvais, si l'on en croit les dires du primipile, au commandement ; je me retrouvais donc au poste de timonier, disposant de commandes dont les effets me parlaient autant qu'au gaulois aurait parlé, disons, un traité de théologie écrit dans l'alphabet de gaméra. Ainsi ce dernier, fort d'une confiance qu'il a bien failli regretter, se tenait au poste de tir, sans moyen de me surveiller, et donc sans moyen de réaliser qu'un enfant de dix ans aurait bien pu me remplacer, qu'il aurait fait mieux ; ne m’avait-il pas traité, lorsque je lui avais fait part de mon appréhension, d’ersatz de jeune fille (n'y voyez nul sexisme ; Savinasse pensait ici à certains... aspects de mes moeurs que sa culture ne peut lui permettre de flatter). Quoique... le gaulois cache sous son casque proéminent une cervelle de premier choix, et si son regard hagard de personnage de l’assomoir semble annoncer une intelligence fort rare, l'imbécile qui aurait le malheur de tabler sur une telle supposition aurait l'occasion de faire l'expérience de son en effet rare intelligence. En me confiant les rênes de son Squale, il savait ce qu'il faisait. La chose néanmoins, restait relativement facile aussi longtemps que le pilotage consistait à maintenir le cap du navire vers la forteresse flottante ; elle cessa de l'être quand un pan entier du radar vira au violet pimpant. Savinasse souri ; une méduse arcanique avait été déployée...

Sur le pont principal de sa forteresse, le seigneur Spectrâs regardait l'eau virer au bordeaux mâtiné d'émeraude tandis que la méduse arcanique explorait les environs, pour l'instant sans succès. 

"Pourquoi ne lances-tu pas plus de méduses ? Il me tarde de me frotter à l'échine de Savinasse ! " s'écria Anikan. Il avait raison. L'épée avait toujours raison, à sa façon. Il s'apprêta à donner des ordres pour qu'on lâche l'autre, quand un instinct l'arrêta. N'avait-il pas ordonné que l'on en lâche qu'une seule il y avait seulement quelques minutes ; il n'eut pas le temps d'y réfléchir, car l'eau redevint soudain céruléenne ; le sous-marin avait fui dans une autre dimension ! Il cracha un ordre, et la méduse tira la forteresse dans l'empyrée. 

Archibaldo de la Vanitai-estupido ne savait plus ce qu'il faisait dans cette galère. Après la mort de ses compagnons de voyage des mains des britto-allemands, il avait accepté de suivre un agent secret français au service de son excellence Napoléon VI - Savinasse - sur un sous-marin, puis l'avait assisté dans une mission de récupération d'une fille sujette aux expériences de Herr professor Von Zkroa, et devait maintenant piloter pour le français son sous-marin, pendant que ce dernier détruisait les bouées radar du cuirassé lancé à leur poursuite- il caressait l'espoir de capturer vivant un autre professeur, lord Anikhan, paraplégique, qui se trouvait sur le bâtiment ennemi ; on ne pouvait donc pas espérer sa destruction, car elle aurait signifié sa mort. Le français, enfin, parvint à aligner l'une des bouées et à la détruire - et Archibald se rendit alors compte que les commandes étaient tenues non par ses mains, mais par celles de la jeune fille sauvée - et il croisa son regard, et il vit que ce dernier était aveugle. Un ersatz de jeune fille, ça prenait tout son sens. 

Herr Kapitän Zpektraz regarda avec Fureur le bâtiment franzöze lui échapper. Pas aussi furieusement que milord Anikhan, qui paraissait être en train de sautiller sur place, ce qui était fort, dès lors que l'on considérait qu'il était supposéement coincé dans son fauteuil jusqu'à la fin de ses jours. Sauf s'il remettait la main sur la fille, bien sûr. 

"Et bwien, alows ? S’écria-t-il. Qwattendez vouh pouh lui donner la chasse ? Il weste une bwée wadar, n'est-il pas ? "

"Padzienze, lui répondit Zpektraz. Le pâtiment hennemih s'est rhévélé en kahpacité de tétruire la premièrh ; ne lui laizons pas l'okkazione di réhitérer l'exploit. Che prékonidze un repli Zur nos bases, et t'attentre k'il ze remanifezte ! Kar il fous feux fifant, herr professor. et fous Zavez très bien que ze que fous avez fait à à za petite fille, hil ne fous ne le partonnera chamais ! Tonk il refiendra, et nous l'akkeuilletons, bitte !"

Le paraplégique replongea dans le silence, tandis que le cuirassé repartait vers Alysia. 

Je devais m'avouer assez confus. Je pouvais jurer avoir exploré les mers, un autre monde, et en même temps, le souvenir de cet autre -Archibaldo - restait cuisant dans ma mémoire . en tous cas, nous n'aurions jamais réussi sans l'intervention providentielle d'Amy sur les commandes. Le gaulois se retourna triomphant chantonnant à mon adresse "Ersatz de jeune fille..." (son plan avait marché !) Et se figea en voyant Amy. Non qu'il soit surpris de la voir ; mais le regard aveugle le remplissait visiblement d'un incroyable sentiment d'impuissance et de misère, que rien ne semblait pouvoir conjurer. Enfin il balbutia :

"A...a... Amy ? Tes yeux…"

"Mes yeux ? Oh... c'est un détail. Attendez, laissez-moi deviner. Vous êtes un chevalier missionné par mon père pour me retrouver. "

"C'est plus ou moins ça. "

"Alors sachez une chose ! Je ne suis pas une damoiselle en détresse ! je suis une guerrière Bakkara et je me suis rendu auprès de Skroa car mon épée m'avait dit qu'il m'aiderait à trouver le meurtrier de ma mère. Et personne - et surtout pas mon père, le juge Razzia, ne m'en empêchera !"

"Et que feras tu devant ce meurtrier ? Il te tuera, ton père souffrira encore plus et ta mère ne sera pas Vengée. De toute façon, si tu es sa fille, sache que tu n'as pas à chercher plus loin. Je m'appelle Savinasse, et je suis me meurtrier de ta mère ! "

La phrase claqua dans l'habitacle du sous-marin tandis qu'Amy analysait la phrase. Puis elle Demanda d'une voix sèche : "Comment ?"'

"En l'aimant. J'étais, à l'époque où Orchidia était vassal des gaules, son amant, et lui ait donné une fille qui aurait eu ton âge aujourd'hui. Mais un soir que je lui rendais visite, un Childirelle du nom d'Anikhanskaywokeur s'est introduit dans le domicile du juge. Il a (Savinasse frémit, mi hésitant, mi horrifié) mangé ma fille et tué Arwen - ta mère. Je n'ai pu sauver que toi, et je t'ai rendu au juge razzia, qui m'a permis de partir à condition de libérer Orchidia du joug gaulois et de ne plus jamais te revoir. Ce que j'ai fait jusqu'à ce que tu sois capturée par Skroa, ajouta-t-il en levant les yeux. Mais maintenant, je vais te laisser disposer de ma personne, mais te ramener à ton père."

Amy réfléchit quelques instants, puis déclara : "non. Je ne vais pas vous tuer. Songez que Vous m'avez sauvé deux fois la vie... mais s'il faut vous punir, je vais le faire. vous allez m'aider à devenir... la comparse du plus grand héros d'Alysia ! " 

Le gaulois resta coi quelques secondes ; puis il souria et déclara, avec joie ; "D'accord."

Voilà qui rendrait plus difficile de toucher la prime sur la tête d'Amy ! surtout que Razzia m'avait payé d'avance ...

Fin du chapitre 8...

 

Chapitre 9 : Cette scène ne fait pas spécialement avancer l’intrigue, mais elle offre des informations sur la culture gauloise et un détail important sur la nature exacte du gaulois…

 

La vitesse à laquelle le Gaulois avait accepté qu’Amy se joigne à notre petit comité était tout simplement stupéfiante. Peut-être n’avait-il pas envie de mourir ; peut-être n’avait-il pas aussi envie de rendre à Razzia sa fille que ne le laissait présager ses beaux serments… En admettant que ce soit bien la fille de Razzia, évidemment. Il semblait surtout surpris que sa prétention de devenir le plus grand héros d’Alysia l’ait si vite portée à ce grade ; nous entendrons, lecteur, que je pris la liberté de lui attribuer quelques exploits qu’ils n’avaient pas réalisés de sa main propre et qu’Amy, jeune adolescente rebelle décidée à échapper à son père et à venger sa mère, ait vu dans le grattage dans le sens du poil du terrible guerrier un moyen de s’assurer de m’accomplissement de ses desseins. Sans compter que le chevalier avait compris que notre jeune compagnon avait de la ressource – et faire quelque chose mieux qu’Artémus del Conquisador, à mon sens, et preuve d’excellence, voire de perfection. J’ajouterais que si le gaulois ne m’avait assigné cette tâche de conduire son esquif que pour voir Amy en prendre les commandes prouve qu’une pareille situation est en règle générale utopique. Non, un homme suffisamment intelligent pour dépasser Artémus del Conquisador mérite bien son titre de héros. Si Savinasse n’était guère avancé pour comprendre comment il pouvait déjà recevoir les honneurs de sa fonction, avant son investiture, je l’étais encore moins pour comprendre comment Nous avions pu nous retrouver sur un autre monde, dans une autre vie ! Il m’apprit qu’il avait configuré le générateur de trous de ver afin que seul nos âmes voyagent entre les dimensions ; ainsi nous n’avions jamais quitté physiquement Alysia, mais nos âmes, celle de nos adversaires et surtout celles des Méduses arcaniques s’étaient retrouver à cohabiter avec leurs plusieurs d’une dimension parallèle suivant une histoire présentant des similitudes avec la nôtre ; ainsi avions nous occis les Méduses en détruisant les bouées radar. Nous nous étendîmes un peu sur les personnages en lesquels nous nous étions incarnés ; je me déclarai surpris qu’alors que le Savinasse de ce monde semblait similaire à celui du mien, cet Arlchibaldo dont je m’étais fait un temps le colocataire m’avait paru lâche, arrogant et efféminé – des traits que l’on ne retrouve évidemment pas chez moi ! Le gaulois prit plusieurs secondes pour réfléchir, puis déclara que la similitue entre ce personnage et moi était effectivement fort subtile.

 Il se préoccupa ensuite de s’affairer dans la cuisine du Sous-marin, où je le vis enduire une entrecôte d’une viande non pas violacée, comme tout morceau de girawa qui se respecte, mais rouge carmin ; il enduisit, disais-je, cette viande de farine et la jeta dans le sas. Je lui demandais d’où lui venait cette fantaisie ; il me répondit qu’il remerciait Toussastix, dieu gaulois de la guerre, de l’avoir soutenu durant la bataille contre les elfes pâles. J’en tombais des nues : non seulement il priait des divinités païennes, mais en plus il ne leur faisait des sacrifices qu’après en avoir tiré le bénéfice ? Savinasse m’expliqua doctement que lorsque l’on faisait un sacrifice aux dieux, l’on ne savait pas s’ils exauceraient le souhait ou non ; alors qu’en agissant d’abord et en priant ensuite, on savait si le dieu voulait bien, selon le succès ou non de la tâche, de l’offrande. Le seul succès, évidemment, garantissait audit dieu le fruit de son labeur. Une logique qui tenait plus du commerçant que du vrai croyant, lui dis-je ; autant être athée. Il me répondit qu’au vu de la quantité de prières et de sacrifices qui avaient été consacrés aux dieux depuis leur départ d’Alysia, le résultat de cette idolâtrie, et la réussite de l’empire gaulois, on pouvait supposer que la théologie gauloise était la bonne. Je me rendis à son point de vue, mais ne put m’empêcher d’écrire en mon journal : « après plusieurs minutes de réflexion, j’avais bon espoir de ramener Savinasse à la raison. » J’eus tort ; lorsque je l’entretins de nouveau de la chose, il n’avait pas bougé d’un iota quant à sa conception de la religion…

(Le commentaire suivant a été griffonné dans la marge, à la va-vite, après les premiers écrits)

« Et non, Artémus… Rien de ce que tu écriras dans ce journal ne m’affectera jamais directement… »

Fin du chapitre 9.

Chapitre 10

« Pfff… L’honneur ! L’honneur n’a jamais sauvé personne. C’est un prétexte barbare afin de justifier que l’on ne tue pas son prochain selon les méthodes les plus horribles, ou plutôt qu’on puisse le tuer dès lors qu’il déroge à un code dont il ignore les principes et qui, s’il était loi, ferait de ses fidèles les êtres les plus puissants du monde ! »

 

Sur ces entrefaites, nous regagnâmes la base où le gaulois avait récupéré le squale. Tragique erreur ! Les elfes pâles nous y avaient tendu une embuscade. A peine avions nous mis pied à terre que trente ombres nous saisissaient par le col, nous désarmaient et nous trainaient devant Spectrâs. Celui-ci éructait de joie. Il était si content de nous voir qu’il dépêcha Amy dans une chambre ordinairement réservée à ses maitresses, en compagnie de l’épée démoniaque, et nous offrit, à Savinasse et moi, l’hospitalité d’un cachot humide dans l’attente d’un allez simple vers le fond de l’océan, en compagnie de vingt livres de plomb ; afin de faciliter notre voyage, l’on ne nous avait pas retiré nos armures. La nuit s’écoula dans l’angoisse pour moi, et, pour Savinasse, dans la veine fureur. Comme on ne m’avait pas retiré mon journal, j’y fantasmait que, peut-être, un garde négligent nous apporterait notre dernier repas sans refermer la porte, nous laissant le champ libre pour nous évader ; amusant hasard ! Une dizaine de minutes plus tard, le cas de figure se présentait. Sous le regard stupéfait du gaulois, on vint nous apporter une pitance, et le garde, dont l’arme n’était pas à portée de main, laissa la porte ouverte et tourna le dos à son prisonnier. Revenu de sa surprise, le gaulois bondit sur l’argousin et l’assomma d’une manchette ; puis il entreprit de le défaire de son trousseau de clefs, et de son armure, qu’il me tendit : il désirait que je me revêtisse de son habit ! je voulus refuser, mais l’impitoyable resta sourd à mes protestations, et je dus m’habiller tel un garde elfe noir, simulant le transport d’un simple esclave, recouvert de son misérable manteau (le mien, que Savinasse enfila par-dessus sa cape). Nous pûmes ainsi aller à travers la forteresse flottante, sans que personne ne nous importunât. Chose dont nous ne pouvions guère faire de profit, du reste, car nous n’avions aucune idée d’où nous devions nous rendre pour accomplir les objectifs de Savinasse : libérer Amy, récupérer l’épée Anikhan et, si possible, récupérer son épée en mithril. Il finit apparemment par se rendre compte de son égarement, car il m’arrêta et me dit : « Artémus, nous sommes perdus. »

« Sans rire ? » Répondis-je, sarcastique.

« Je ne plaisante pas ! répliqua-t-il. Lorsque nous avons été menés en cellule, j’ai mémorisé le trajet. Mais je ne retrouve aucun point de repère ! Comme si la forteresse avait changé depuis notre dernier passage. »

« Peut-être que nous sommes passés dans une autre dimension ? » suggérais-je, inquiet.

« Non. En revanche, je peux affirmer une chose… Quelle que soit le coin de la galaxie où l’on se rend, les Elfes Pâles n’ont jamais eu, n’ont jamais et n’auront jamais de geôliers ! »

« Il s’agit peut-être d’une suggestion de l’épée démoniaque qui… »

« Cela n’expliquerait pas pourquoi il aurait envoyé un agent aussi incompétent ! Mais, s’interrompit-il, comment sais-tu que l’épée démoniaque peut… »

Le reste de sa question fut noyée alors qu’une alarme stridente se mettait à résonner à travers le navire. Les elfes pâles autour de nous s’écartèrent prestement tandis que plusieurs de leur pairs, engoncés dans des armures complètes, finement ciselées, s’avançaient l’épée à deux mains vers nous. Je voulus courir ; le gaulois m’en empêcha en me montrant du doigt les ombres, où rôdaient des arbalétriers.

« Messire Savinasse, je suppose ? » nous interpella le chef du groupe.

« C’est bien moi… » répondit le gaulois.

« Le seigneur Skroa exige que vous teniez à sa disposition. Veuillez nous suivre » gronda-t-il en réponse.

Le bon sens exigeait que nous nous exécutions ; de toute façon, nous étions perdues…

Fin du chapitre 10

Chapitre 11

Nous fûmes donc conduits, non pas dans les cellules qui nous avaient été assignées lors de notre arrivée sur la forteresse flottante, mais dans un magnifique boudoir, meublé avec goût, qui servait d’antichambre, selon le soldat, à la salle de réception de madame. Madame comment ? Il refusa de nous répondre. Il s’agissait, en tous cas, d’une femme qui devait avoir de l’influence sur Skroa comme sur Spectrâs, pour pouvoir utiliser les soldats de l’un au nom de l’autre ; car une fois dans le boudoir, le garde lâcha à l’adresse du gaulois, en le tutoyant, et en l’appelant par son prénom, que c’était cette dame qui l’avait fait venir en ce lieu. Le gaulois acquiesça, et l’elfe se retira. Nous attendîmes encore pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce qu’enfin la porte s’ouvre et n’arrive en la pièce une elfe pâle, vêtu d’une robe bleu ciel, aux cheveux d’un blond terne, et dont le regard froid, doublé d’une voix aigüe et d’une frêle constitution, même pour sa race, laissait présager la perversité mielleuse d’une intrigante de premier choix. Le Gaulois bondit hors du siège où il s’était avachi ; puis il se ressaisit, et s’avança très digne devant notre hôtesse, lui prenant la main afin de la baiser. Cette dernière le regarda faire, amusée, et j’entendis dans les tréfonds de mon âme le rire sardonique et cristallin qui éclatait derrière ses yeux ; pourtant, nul son ne sortait de ses délicates lèvres, dont la finesse de la pulpe laissait entrevoir la dureté avec laquelle elles étaient ciselées. Le reste de son visage était du même acabit ; on voulait protéger sa gracile personne, et rosir de bonheur quand elle nous enfoncerait une dague entre les omoplates. Je craignais que Savinasse ne fut déjà sous le charme. Enfin elle prit la parole, d’une mignonne petite voix d’enfant de cœur, dont le ton ingénu faisait fondre l’esprit, comme de l’acide prussique s’écoulant délicatement dans la boite crânienne de l’interlocuteur avant de se mêler au cœur de bases de sels en cyanure. Et cette voix, cette petite voix, cette voix qui tuait charmante, cette voix s’adressa à Savinasse, et l’appelant par son prénom, elle lui dit :

« Tu m’as manqué, Lourano…

Et elle l’embrassa fougueusement. Savinasse n’hésita guère, d’abord, à lui répondre ; puis il se détacha violemment d’elle, l’air contrarié.

-J’ignore si c’est forcément un sentiment réciproque, Cellumbra… déclara-t-il, mais d’un souffle court qui affirmait le contraire. Même si je t’aime encore… Chaque fois que tu m’as embrassé, je me suis retrouvé en danger de mort, mort que tu aurais donné ou ordonnée... Et puis, tu t’es allié à Anikhan… Et tu sais bien ce qu’il a fait à ma fille.

-Oui, je le sais. Mais justement, quel besoin ai-je de lui, maintenant ? Skroa a construit une machine permettant, après quelques séances, de se passer de ses services. Tu pourrais me rejoindre… Alysia serait, grâce à Amy redevenu Childirelle, sous notre coupe ! Tu pourras te venger d’Anikhan, et même de sa descendance. Nous nous associerions, nous régnerions ensemble, nous serions heureux… Sa voix se fit plus basse. Et nous nous aimerions. Nous serions les deux plus grandes figures d’Alysia, et nos seuls véritables compagnons de règne seraient prospérité et justice !

Le Gaulois resta immobile un instant, puis il répondit d’un ton grave : « Non. Je ne peux pas me faire complice d’une telle entreprise. Cela reviendrait à asservir les populations d’Alysia, et donc de les priver de justice, car leur droit le plus profond, le plus noble et le plus viscéral leur serait retiré… Un héros doit agir dans l’ombre, car sinon, il devient sujet d’idolâtre et cesse de servir ses concitoyens, pour devenir leur parasite. Et puis, ajouta-t-il, Amy n’est pas forcément ma fille, mais je ne laisserais pas la fille d’Arwen souffrir injustement, alors pour ça…

L’elfe pâle réagit aux propos de son ancien amant en se séparant de lui, une moue un peu boudeuse sur ses lèvres incarnates, et en répondant, d’un ton égal : « A ta guise. C’est dommage, continua-t-elle, le monde aurait tant profité d’un homme comme toi… Adieu, Savinasse. Je te regretterais toujours. Mais si tu survis, demande-toi si c’est de ma faute, si je dois toujours te faire tuer, ou de la tienne, si tu refuse toujours le bien général…

-Le bien ne s’impose pas, Cellumbra, il est trop subjectif pour cela.

-Possible, admit-elle en se retournant, mais cela ne te sauvera pas. Je te laisse disposer du boudoir jusqu’à demain ; il y a dans le placard ton épée. Je te laisse libre de t’en servir afin de ne pas avoir à supporter le supplice de la noyade…

Et elle nous laissa. Savinasse se rendit au placard, qui contenait effectivement son arme ; il la dégaina, fit quelques passes d’armes, coupa un meuble en deux et enfin se tourna vers moi, d’un air sombre et de défi, en déclarant : « Il est l’heure de rencontrer notre destin ».

-En nous… demandais-je en regardant l’arme argentée refléter le visage du gaulois.

-Non. En libérant Amy, en détruisant Anikhan, si possible en tuant Skroa… Et en quittant ce damné rafiot, ou du moins en l’envoyant au fond de l’eau, en le tirant derrière nous s’il le faut ! »

Fin du chapitre 11

 

Chapitre 12

La porte fut traversée par une lame d’argent pure. Elle y traça un gracieux arc de cercle, et le morceau de chêne clair ainsi découpé s’abattit sur le crâne du malheureux garde en faction devant le boudoir. Ses ennuis ne faisaient que commencer ; car bondissant par-dessus la brèche, et atterrissant sur le bois – et, par extension, sur le garde – Savinasse surgit du boudoir. Je vins à sa suite en prenant garde à ne pas écraser le malheureux. Le gaulois le souleva par le col, et lui demanda à l’aide de force vociférations où se trouvait Cellumbra. La pauvre petite bleusaille, paralysée par la peur, ne sut que faire, si ce n’est bégayer et opiner frénétiquement du chef, comme si sa vie en dépendait – ce qui, je le lui concède, était surement le cas… Enfin le gaulois lui arracha des paroles intelligibles de lui seul, dont il parut faire tout son profit. Il lâcha le jeune elfe, et s’élança au pas gymnastique dans une direction qui, apparemment, semblait lui paraitre la bonne. Votre serviteur lui emboita le pas.

. Nous ne parcourûmes pas une grande distance ; à vrai dire, nous avions simplement contourné le boudoir pour gagner la salle de réception ; Savinasse estimait comme plus que probable qu’un comité d’accueil musclé nous attende derrière la porte de communication. Notre manœuvre nous mena sur une promenade, dont la balustrade donnait sur la mer. Je notai que Savinasse y ralentit une seconde, et laissa tomber à l’eau un petit objet – mais je ne m’attardais pas à essayer de déterminer quel était la nature de cet objet. Mais je m’égare, il est plus intéressant de savoir ce que nous vîmes, une fois arrivé aux portes de la salle de réception. Celle-ci était aussi richement meublée que l’antichambre, et par la porte entrebâillée, l’on voyait clairement Cellumbra, dos tourné, en train de discuter avec Amy, qui tenait l’épée démoniaque. Je voulus profiter de cette occasion, mais Savinasse me retint ; des arbalétriers convergeaient vers nous…

« Vas-tu enfin céder à la haine que je me désespère de t’insuffler, et offrir en pâture à mon tranchant la gorge gracile de ces elfes pâles ? » demanda l’épée. Elle le demandait avec fermeté, certes ; cependant, on avait envie, irrésistiblement envie de lui obéir. Mais l’épée avait déjà trompée Amy par le passé, et elle se refusait à son joug.

-Je ne céderais pas à vos désirs, Anikhan ! Hurla-t-elle.

-Tu oses ? répondit l’arme furieuse. Alors souffre, puisque tu ne peux pas faire souffrir ! » Amy sentit une décharge de douleur lui traverser l’échine. Elle tomba à genoux, le souffle court et le regard dans le vague. Cellumbra resta de marbre devant ce spectacle. Enfin quand elle fut sûre que son interlocutrice avait regagné un peu de lucidité, elle lui dit, mielleuse :

-Savinasse est dehors. Il lui faudrait quelques instants pour entrer dans cette pièce, me désarmer et te ravir à mon joug.

-Quoi ? S’exclamèrent en cœur les deux Childirelles, l’un de fureur, l’autre de surprise.

-Alors, pourquoi n’intervient-il pas ? Pourquoi n’essaye-t-il pas de te sauver ? Pourquoi te laisse-t-il seul ? demanda Cellumbra, toujours mielleuse. Est-ce par lâcheté ?

-Non ! S’écria Amy.

 -Oh, si, je le connais bien, il est toujours lâche avec les femmes. Mais pas au point de laisser derrière lui un aussi joli morceau que toi, et sa vengeance contre Anikhan… Non, ce serait plutôt, à mon avis, qu’il trouverait, peut-être, que tu n’es pas digne de son intérêt… Après tout, pourquoi aurait-il besoin, dans ses aventures, d’un boulet obsédé par une vengeance qui pourrait interférer avec la sienne, et qui de plus, devrait, selon les lois de l’honneur, t’obéir au doigt et à l’œil ? Non, il vaut mieux pour lui de te laisser mourir ici réparant la bêtise de t’avoir emmené loin des griffes de Skroa… N’a-t-il pas avoué à Artémus, revenant de la caverne, avoir commis une erreur ?

-Nooon !!!! Hurla la jeune fille en chargeant l’elfe pâle, l’arme au clair.

Fin du chapitre 12

 

Chapitre 13

 

Les arbalétriers s’approchaient à grande vitesse, et je ne voyais aucun moyen de leur échapper. Le gaulois encore moins, car il était trop occupé à regarder, en position accroupie, la scène qui se déroulait à l’intérieur de la salle de réception. Soudain il se leva, et se jeta en dedans en tirant le battant derrière lui, me laissant seul avec une véritable petite armée d’elfes, accompagnés d’une manticore, décidée à ôter de la surface du monde l’impureté que j’étais à leur sens – il me vint alors à l’esprit que mon grimoire contenait, pour ce genre de situation, un ou deux sortilèges des plus intéressants…

 

Cellumbra regarda avec un amusement mêlé de dédain la jeune fille agenouillée à ses pieds.

« Ma jeune et belle amie… Vous avez, c’est un fait, tenté d’obéir à l’instruction de votre maitre en m’attaquant. Mais je crains fort que je ne sois un trop gros morceau pour une aventurière inexpérimentée comme toi… Je consens néanmoins à me montrer clémente, et te conseille…

-De refuser, car la clémence d’un vaincu ne vaut rien.

Cellumbra fit volte-face. Devant elle se tenait Savinasse – mais sans le gratte-papier qui lui servait de chaperon lors de leur précédente rencontre, ce qui voulait dire que le gaulois l’avait laissée en arrière, probablement dans le but de retarder les arbalétriers. Adjoints à la porte, cela lui offrait une trentaine de secondes. Cellumbra prit donc le parti de laisser échapper un rire léger, puis de le corriger d’un ton condescendant :

-J’ai bien peur, mon bon ami, d’avoir gagné… Vous n’êtes pas sans savoir, en effet, que les pirates de la forteresse auront tôt fait de tailler en pièce votre escorte, puis d’ouvrir cette porte…

-C’est en effet probable, concéda-t-il, mais admettons une seconde qu’ils perdent le contrôle de la manticore...

-Ne soyez pas ridicule ! rétorqua-t-elle. La manticore est dressée, elle ne peut pas se retourner contre…

Un rugissement primal l’interrompit. Peu de temps après, résonnèrent le claquement sec des cordes d’arbalètes, très vite enrayé par l’humidité, puis des hurlements suppliciés teintés de bruits de mastication, et puis plus rien.

-Madame, en respectant les règles de la galanterie, je suis au regret de vous informer que vous vous êtes trompée…

Cellumbra recula d’un pas ; Savinasse avança de deux. Elle continua de trois, il en fit quatre. Puis elle se mit à courir, mais il fut sûr elle en un instant, et l’immobilisant d’une clé de bras, lui chuchota tout bas : « Permettez-moi de vous inviter sur mon esquif… »

Puis il la balança par-dessus son épaule, et se dirigea vers la sortie. Je choisis ce moment-là pour rentrer, assez content de moi-même. Le gaulois manifesta sa gratitude en me lançant son adversaire gigotant dans les bras, puis il fit demi-tour pour aller chercher Amy, dont il passa un bras par-dessus son épaule, et l’épée, qu’il rangea au fourreau – Il tenait sa brette de mithril à la main. Alors qu’il se dirigeait vers la sortie, je m’enquérais de la façon dont il comptait quitter la forteresse flottante.

« De la plus simple des façons ! Me répondit-il. En utilisant le Squale Chirac.

-Mais l’appareil n’est pas supposé être resté à quai, dans la grotte où les elfes pâles nous ont capturé ?

Il rit, puis me répondit :

-Si, mais le Squale n’est pas immobilisé pour autant. Je m’explique. La cellule de commandement assistée du sous-marin – l’ordinateur – a la capacité de lui faire faire quelques manœuvres élémentaires, comme le ramener juste en dessous de cette forteresse pour qu’on y embarque – c’est pour cela que je vous ai confié les commandes lors de notre première tentative de fuite ; je savais que le sous-marin se dirigerait tout seul.

-Donc, ça n’était pas Amy qui tenait les commandes ?

-Hmmm… (Savinasse parut hésiter quelques instants) nous allons dire ça. Ne devrait-on pas nous dépêcher d’embarquer ? »

Et sur ces bonnes paroles, il sauta dans l’océan. Je n’aurais pas voulu le suivre ; mais Je fus entrainé par l’elfe pâle – Cellumbra – qui se laissa tomber à la suite de notre héros. Nous regagnâmes ensuite à la nage le sas d’entrée, que nous franchîmes. Aussitôt, le gaulois s’empara de sa diabolique ennemie (ou fiancée, on ne savait guère) et, à l’aide d’une corde qui, vraisemblablement, avait attendu son heure un moment dans le réduit dont il l’avait tirée, la ligota. Puis il se dirigea vers le poste de tir, aligna la forteresse, et tira. Une torpille partit à la vitesse d’un cheval au galop et percuta la coque ; et le bâtiment, à une vitesse impossible, sombra. Savinasse regagna le poste de timonier, et il nous reconduisit jusqu’à la baie, où il refit surface, trainant derrière lui Cellumbra. Mais lorsqu’il revint, il était seul.

« Où est passée l’elfe pâle ? demandais-je.

-Relâchée. Répondit-il. Le jeu n’est pas drôle, sinon.

Je ne pus obtenir plus de renseignements, car Savinasse s’était emparée de l’épée démoniaque, et d’un coup de la sienne, la trancha en deux parties égales. Je sentis mon esprit être caressé par ce qui ressemblait fort à un cri d’agonie.

-Et voilà, déclara-t-il en rassemblant les deux morceaux. Arwen, ma femme, ma fille que je n’ai jamais pu nommer – vous êtes vengées. Puis il se tourna vers moi, et déclara, tout sourire : « Et si maintenant, on allait se charger de Skroa, et de ce fameux… Sombrepuit ?

-Darkhell ? Demandais-je. Pourquoi pas ? »

 

EPILOGUE

 

3 ans plus tard

« Et voilà, chers lecteurs, vous avez eu entre les mains le premier tome de la geste de Savinasse. Une façon assez rocambolesque, je l’avoue, de narrer ma rencontre avec Amy ; mais je vous promets que ce héros, aux côtés des cinq légendaires, reviendra pour de nouvelles aventures… Même s’il n’existe pas, bien entendu ! »

Artémus le Légendaire.

L’ombre encapuchonnée referma l’ouvrage d’un coup sec. Puis il se retourna vers le village en contrebas – Tékinbolos, si ses souvenirs étaient bons.

« Ainsi, Artémus, Savinasse n’existe pas… déclara-t-il. Voilà qui est intéressant ! Mais je crains fort que tu n’aies voulu dire : « je ne me méfie pas »… Il ouvrit une page au hasard, et griffona dans la marge : « Et non, Artémus… Rien de ce que tu écriras dans ce journal ne m’affectera jamais directement… » Puis il remonta en selle, et levant les yeux au ciel, l’apostropha : « Il a raison, car la vie est une farce amusante pour ses spectateurs ! Mais maintenant que j’ai son journal, nous allons voir s’il peut toujours me la nier ! »

Et il alla obscur dans la nuit solitaire.

FIN De l’épisode…

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Legend7@7
Le mar 14/04/2026 - 10:23

C'est super et j'ai réussi à tout lire