Image de profil
Fanfictions

Pourquoi sauver le monde quand une brute chauvine et une ado revêche peuvent le faire à ma place ? LIVRE III : Voyage au bout du néant

Livre III : « Voyage au bout du néant

Et voilà. J’ai disparu, entrainant Anathos à ma suite. Le monde, comme je vous l’ai montré dans ce court épilogue au deuxième livre de mes aventures, est dans une situation assez étrange. Il semblerait bien que je l’aie détruit, du fait de la quatrième identité empirique de Kouak (tout corps partagé entre deux dimensions impose les conditions de sa dimension à plus forte résonnance magique dans une zone proche de l’inferieur selon une échelle proportionnelle à sa masse empirique). Comprenez : Anathos a laissé un peu de lui-même sur Astria et Alysia, et la fluctuante du temps dans les entrailles du Pourfendeur a ramené les deux mondes plusieurs années dans le passé, annulant accident jovenia et sortilège world without. Ça n’a pas été sans conséquences sur ma personne ; aussi je vous invite à découvrir ici ce qui m’occupa un temps, lors que le monde oubliait les années folles et dont j’aurais facilement pu empêcher l’avènement au moindre prix. Bonne lecture…

 

Chapitre 1

Nous avons évoqué, dans le précédent livre, les conséquences du combat entre Savinasse et Anathos sur Danaël ; l’expérience fut différente pour Solaris. S’il est vrai qu’elle dut elle aussi traverser tous les états de la vie en quelques secondes, ce qui lui parut durer des jours ? Mais elle n’était pas sûr, la fin l’amena non pas dans les ténèbres de l’inexistence, mais… Dans une caravane ? Oui, c’était cela. Elle était dans une caravane, visiblement d’elfes noirs. Dans une roulotte, plus précisément. Un étrange instinct, soudain, lui souffla : « Dans peu, cette caravane sera détruite. Dépêche-toi de trouver un moyen de t’échapper !

Il se réveilla dans un décor hostile de roche nue. Vêtu d’une tunique noire, sa hache à portée de main, il ne pouvait dire comment il savait que la hache était sienne. Ni qui il était, en fait. « Qui jure de trouver la mort au combat, mais échoue, deviens Huksakaï. Mais ça ne vous arrivera jamais, n’est-ce pas, primipile ? » Qui avait bien pu lui dire une chose pareille ? et qui était, d’abord, ce « Primipile » ? Surement pas un homme ordinaire. Avec difficulté, il se redressa sur son séant, puis sur ses talons. En contrebas était une route traversée par une série de roulottes. Soudain, un disque plus noir que les ténèbres s’ouvrit devant elle, et une vague d’énergie magique déferla sur la malheureuse caravane. La terre elle-même se joignit à la curée et n’empala sur ses pics dressés le convoi. Il jura. Cela n’était pas naturel, et qui qu’il soit, il avait l’étrange sentiment d’être lié à ce phénomène. Avec souplesse, il sauta tel un bouquetin de roc en roc, jusqu’à arriver devant la roulotte centrale. Commença alors une fouille méticuleuse. Des décombres de la tête de caravane, il ne put extraire que des cadavres, et des cadavres, quelques effets personnels, comme une belle dague de chasse, quelques piécettes. Il put également extraire un coffre dont le contenu était miraculeusement intact. Il y trouva une cuirasse d’acier noir, qu’il enfila rapidement, et un casque à fanion. Ses recherches continuèrent. Il trouva, c’est heureux, une mule encore en vie attelée au chariot de ravitaillement, qu’il chargea de provisions ; et il s’apprêtait à partir, quand il entendit un diffus gémissement. Attachant la mule, il se rendit vers sa source. Dessous lui était une jeune elfe noire, blessée, dont le bras gauche avait été arraché. Avec délicatesse, il la prit entre ses bras. Il se sentait, il ignorait pourquoi, le devoir de protéger cette jeune fille envers et contre tout. Il la coucha, délicatement, sur la mule ; plaçant sa main sur le visage de la jeune balafrée, l’instinct lui fit murmurer d’étranges paroles, et quelques instants plus tard, la blessure avait disparu. En revanche, il ne pouvait rien faire pour le bras. Ça n’avait guère d’importance, du reste ; il ne savait même pas s’il serait capable de manier sa hache si un danger se profilait. Alors, faire repousser un bras… Il y avait d’autres priorités. Il prit les rênes de la mule, et alors qu’il alignait ses pas sur le chemin de montagne, son errance commença. Son errance ? son voyage, plutôt. Son voyage au bout du néant…

 

  *** 

 

Solaris se redressa en suffoquant. On l’avait recouverte d’une cape, et non loin d’elle était un feu de camp ou le méchant et noueux arbuste caractéristique de la région crépitait, diffusant une vague chaleur. Et elle n’était pas seule. Devant elle était un homme de grande taille, à la barbe mal taillée et la moustache encore plus développée, penché sur les cartes de son père.

-hem ! Se racla-t-elle la gorge.

Il ne réagit pas tout de suite.

-Hem ! l’interpella-t-elle plus fort.

Il releva la tête des cartes, et la regarda.

-Ah ! Vous êtes réveillée. Bien, bien. Vous allez m’aider à déchiffrer les notes de votre chef de caravane.

-Où suis-je ? Et qui êtes-vous ?

-J’espérais, à vrai dire, Que vous pourriez me dire où je suis. Quant à qui je suis… Je suis ce que mon peuple appelle un Huksakaï. Savoir mon nom est un privilège qui se mérite (c’était vrai. Les Huksakaï essayent, dans la mesure du possible, d’éviter de donner leur nom, de peur qu’on ne les reconnaisse. Ici, ça permettait à l’homme de dissimuler sa (partielle) amnésie.). Je ne peux donc pas te le donner pour l’heure.

-Et mes… Elle se fit la réflexion que permettre à un parfait inconnu de comprendre qu’elle avait peut-être perdu ses parents. … Compagnons de voyage ?

-Tous morts. L’accident ne les a pas épargnés.

Bon à savoir.

-Il n’y a vraiment aucun survivant ?

-Aucun, à part vous. Et vous y seriez resté si je ne vous avais arraché à l’épave de votre charrette.

-Je vois… Mais, dites-moi, à votre ceinture…

-Oh, ma dague ? Je l’ai récupéré sur l’un des corps.

-Grand-tonton Graeculus… Murmura la jeune elfe.

-Etant donné qu’il était de votre famille… peut-être en feriez-vous meilleur usage que moi ?

Il la lui envoya

-Oh ? oui, merci ! répondit-elle en la rattrapant au vol.

Des voix interrompirent leur discussion.

« Chef ! Ils ne sont pas tous morts ! On vient d’en trouver un !

-Est-ce une expédition de secours ? demanda le Huksakaï.

-Non, ça n’en est pas une ! tonna une nouvelle voix.

Le camp de fortune était au sommet d’une petite butte, et plusieurs archers elfes, mené par un imposant guerrier à la peau miel, l’entouraient, l’air menaçant. L’homme à la hache prit la parole.

-J’imagine que votre assistance ne sera pas gratuite ?

-Ferme-là, elfe noir ! On a pas réussi à t’avoir une première fois, mais maintenant…

-Oh ! Je vois. Des brigands. Je suis désolé, messieurs, mais je n’ai pas d’or.

-Regardez ce petit lâche se réfugier en tremblant derrière son or ! Je suis sûr que tu l’as volé !

-Est-ce du vol de prendre de l’or sur des cadavres qui n’en n’auront plus l’usage ? demanda l’homme, qui semblait très ouvert à celui de « donner les bâtons pour se faire battre ».

-L’or que tu as pris sur les cadavres des gens que tu as tué ! C’est un aveu !

-Et il en est fier, le bougre !

-Reconnais que tu as pillé les cadavres de tes victimes !

-Messieurs ! Du calme. J’ai en effet récupéré quelques piécettes sur les corps de ces gens morts – il pointe la caravane -, mais je ne suis pas leur meurtrier !

-Il ment, le bougre, il ment !

-Attendez, chef ! Je crois que ce n’est pas un elfe !

-Mais les elfes noirs sont des sous-elfes !

-Oui, mais lui n’a pas d’oreilles pointues !

-Finement remarqué. Etes vous maintenant convaincu que je ne suis pas un elfe noir ?

-effectivement, c’est vrai. Nous vous devons, monsieur, des excuses.

-Oh, je comprends. Il est vrai qu’à voir mon accoutrement et ma pâleur, on se laisserait facilement prendre.

-Votre pâleur ?

-Oui, ma pâleur ! Car vous cherchez bien les elfes noirs qui ont commis ce massacre, non ? et le gaulois pointa la caravane du doigt.

-C’est-à-dire… Que ces gens sont des elfes noirs.

Le gaulois regarda l’elfe d’un œil rond ; puis il éclata d’un rire gras. « Soulez, elfe, que quand je vois un elfe noir, je sais le reconnaitre. Ce que vous avez sous les yeux, ce sont des cadavres d’elfes Maures.

-Oui, ils sont morts ; mais ils sont surtout noirs.

-Il est vrai qu’ils sont morts, mais ils sont Maures, pas noirs !

La conversation fut interrompue par un nouvel arrivant. C’était un elfe roux, armé d’un arc d’if et protégé par une armure d’écailles de cuir jauni. La vue de l’homme à la hache semblait provoquer chez lui un trouble immense.

-Colinus ! S’exclama le meneur de la troupe. Comprends-tu un mot de ce que cet original nous chante ?

Le roux détailla l’homme à la hache longuement, puis il se tourna vers le meneur, avec l’air résigné de ceux qui vont devoir expliquer quelque chose de compliqué à un ignare.

-Seigneur Avverlan Groné Pourloxir, l’homme que vous voyez ici-bas est un Huksakaï. Un guerrier gaulois, déshonoré parce qu’il avait juré de trouver la mort dans un combat, et qu’il ne l’a pas fait. Et comme tout gaulois, s’il lui est naturel de décrire un individu par sa couleur de peau… Dans son esprit, un « elfe noir », c’est un elfe dont l’âme est caractérisée par métonymie.

-C’est-à-dire ?

-Un « Elfe noir », pour un gaulois, est un elfe dont l’âme est noire. S’il veut parler d’un elfe noir de peau, eh bien… Il dirait « Elfe à la peau noire » ou quelque chose comme ça. Mais du reste, ils n’ont jamais rencontré d’elfes noirs de peau ailleurs que sur Astria, alors ils n’ont pas cherché à inventer un terme pour le caractériser. Quand nous disons « Elfe noir », il pense à « elfe pâle ».

-Enfin, Colinus ! Ne faites pas l’enfant ! Nous savons tous que les elfes pâles sont une légende pour justifier la colonisation d’Alysia, et le placement de ces vermines d’elfes noirs au sommet de la pyramide sociale, afin d’assoir leur domination !

Le gaulois, avec la subtilité qui caractérise son peuple, se sentit blessé dans son orgueil, saisissant sa hache, gronda :

-êtes-vous en train de suggérer que nous, gaulois, avons besoin d’aide pour dominer une planète ? Que nous sommes capables, surtout, d’inventer des contes de bonne femme pour la justifier ? Nous sommes les plus grands guerriers de la galaxie, les plus braves et les plus forts ! Nous recrutons des auxiliaires pour que leurs descendants puissent un jour devenir citoyens, et je peux vous jurer, sur mon honneur, que nous n’avons RIEN A FAIRE des conflits ethniques, et que les elfes pâles existent bel et bien ! Alors maintenant, disparaissez… Non, en fait, je crois que mon compagnon de voyage et moi allons vous suivre. Cette région ne me parait pas très accueillante et je ne veux pas y faire de vieux os – en revanche, je voudrais bien vieillir tout court…

L’assistance médusée fixa le gaulois ; puis on remarqua Solaris.

-Regardez, chef ! Il y a ici une elfe noire survivante !

-Mais non, c’est un elfe Maure !

-Ecartez-vous, tonna Avverlan, je vais ôter de la surface du monde cette impureté !

-Voyons, l’interrompit Agadel, est-ce bien raisonnable ? ce n’est qu’une enfant…

-La vermine doit être éradiquée. Sinon, elle se reproduit.

-C’est juste, Avverlan.

 La hache s’abattit, tranchant l’elfe à la peau miel en deux. Ses compagnons firent feu sur le gaulois ; mais, d’un mouvement souple du poignet, il fit tournoyer sa hache, et dévia les projectiles. Un autre moulinet fit tomber deux autres séides. La plupart s’en furent, mais un resta, et pointa son arc sur le gaulois de dos ; Une flèche vint mettre fin à ses ambitions. Le Huksakaï se retourna lentement. L’elfe qui se voulait son pourfendeur gisait, une flèche plantée dans l’œil. Derrière était Colinus.

-Voilà un retournement de situation bien opportun, remarqua le gaulois, en prenant appui sur sa hache.

-Mon primipile, dans le 34ème d’archers auxiliaires, on pourrait bien avoir l’empereur en personne dans sa ligne de mire, que l’on tirerait quand même pour vous défendre !

-C’est très bien, mais… Qui êtes-vous ?

L’archer regarda l’homme à la Hache avec surprise.

-Vous ne me reconnaissez pas ? Caput exerciti Colinus Faver, commandant la première compagnie du 34ème bataillon d’archers auxiliaires rattaché à la 36ème cuirassée… Et le bataillon, accessoirement.

Le Regard du gaulois resta vide ; mais il s’éclaira soudain, et s’exclama, joyeux ! Mais bien sûr, Colinus ! Je vous avais personnellement promu après la prise de la forteresse de Nora, pour avoir réussit à astucieusement prendre la butte de Padidédnon alors que vos supérieurs étaient morts et votre unité à moitié massacrée. Et vous êtes devenu mon aide de camp quand j’ai renvoyé le 34ème en garnison sur Marsaglia. Comment ai-je pu oublier, foi de…

Le gaulois fut soudainement pris d’un trouble, alors qu’il cherchait désespérément le nom qu’il avait pu porter en ce temps. L’archer lui vint en aide.

-Savinasse. Le Chevalier Savinasse, le primipile divisionnaire Lourano de Savinasse. Toussastix soit maudit, comment l’amnésie peut avoir osé vous frapper ?

-Je n’en sais rien, Colinus. Il me faut surtout comprendre pourquoi je me suis réveillé dans les atours d’un Huksakaï.

-C’est un défi, messire, que je serais en joie de vous aider à surmonter !

-Et moi ?

Les deux hommes se tournèrent vers la jeune elfe noire, qui les regardait, les bras – ou plutôt, le bras – croisé.

-Oui, messire, que fait-on de cette jeune demoiselle ?

-On l’emporte. Je l’ai secouru dans les décombres, et le moins que je puisse faire, c’est d’essayer de voir si elle n’a pas encore un peu de famille en vie, qui puisse l’accueillir. Vos elfes avaient-ils des chevaux ou des sangliers ?

-Ils avaient des Félinaures, messire.

-Parfait. Je garde la mule pour transporter ce que j’ai trouvé d’utile dans le chariot, et – Attendez une seconde !

Son regard avait glissé sur un éclat argenté, qui brillait par intermittence sous la toile fendue du charriot de queue. Il se dirigea d’un pas leste vers la charrette, et en reparut bientôt, un ceinturon à la main. Au ceinturon était accroché deux fourreaux, d’où dépassait la garde richement ornée d’une longue épée et celle, plus sobre, d’un glaive. Il l’emporta jusqu’aux félinaures, et accrocha le fourreau de l’épée à sa selle, là où aurait du se trouver le carquois, tout en gardant le glaive sur lui.

-Messire ? L’interrogea Colinus.

-Mon petit Colinus, s’il est vrai que je suis un Huksakaï, cela ne m’interdit pas de manier une épée. Et puis, c’est un très bel objet… J’ignore à qui il a appartenu, mais je pense sincèrement qu’il mérite mieux que de rester à rouiller au milieu de ces cailloux. Qui ne doivent pas voir la pluie souvent, d’ailleurs.

-Certes, messire. Après une pause : Mon primipile, j’ai vu, tout-à-l ’heure, que vous consultiez les cartes de la caravane.

-C’est exact ; mais quelle importance ? Vous savez où nous sommes.

-A vrai dire, mon primipile… Comment dire ? Je comptais sur les elfes qui m’accompagnaient pour me guider.

-Vous voulez dire que vous êtes aussi perdu que moi ?

L’archer resta silencieux quelques instants, baisant les yeux ; puis il murmura : « Oui… »

-Ah. Voilà qui est embêtant.

Fin du chapitre 1