LIVRE II : Savinasse le Fabuleux
« Le Fabuleux ? » Voici un nom bien surprenant. En effet, comment peut-on passer de plus grand héros du monde à vulgaire, même compétent, voleur ? La transition est bien mystérieuse… Et ce mystère, lecteur, ne demande qu’à être expliqué. Suis-moi donc si tu l’oses, mais souviens-toi ; Savinasse n’est pas un homme ordinaire, et c’est un doux euphémisme…
Chapitre 1
Campement des fabuleux.
« Pffff… soupira Toopie. Nous allons encore attendre longtemps que le patron daigne se manifester ?
-Je le crains. Samaël est parti depuis trois jours, et il ne devait en prendre que deux… répondit Michi-gan. Mais il est de notre devoir de rester afin de l’accueillir lorsqu’il reviendra. N’oublions pas, après tout, que nous contractons les dettes de vies auprès de lui avec pus de facilité que tu n’en as à bricoler des gadgets…
-Eh ! Je ne « bricole » pas des gadgets, je les invente ! et reconnais qu’ils sont bien utiles.
-Oh, cessez de vous disputer ! Leur intima Shaak-ti. Si vous continuez, tout le patelin le, que tu inventes des machines de mort pour réaliser des casses ! Du reste, Michi-gan, ton patron n’est jamais qu’un client parmi tant d’autres. Un peu… Original, je le concède, car il participe régulièrement aux casses qu’il nous commande sans pour autant nous doubler ou nous léser, mais quand même un simple client.
-En attendant, c’est le seul qui veuille encore de nous, et je te rappelle que sans lui, nous n’aurions jamais décoché ce contrat avec cette noble orchidienne. Donc, nous nous devons d’être reconnaissants. Car…
Michi-gan s’interrompit ; une brindille, en effet venait de craquer, ce qui signifiait qu’on venait sur le campement ! Les trois ruffians se saisirent de leurs armes, et scrutèrent les ténèbres…
Demeure d’Artémus.
Le célèbre héros et écrivain faisait un rêve très agréable. Un rêve qui l’impliquait, lui, plusieurs coussins, du vin de Burdiges et une demi-douzaine de jeunes filles en bikinis très moulant. Un rêve qui n’aurait demandé qu’à se prolonger… Malheureusement, les intrus n’étaient pas de cet avis. Artémus fut soudainement tiré de son rêve par une patte griffue resserrée autour de sa gorge.
« Bonsoir, Entendit-il. Préférez-vous perdre la vie ou me donner votre livre ?
Comment ? Son livre ? Un fan impatient de découvrir la suite des aventures des légendaires ? Ce ne pouvait quand même pas être une créature à la recherche de son journal !
-Inutile de déranger l’écrivaillon plus longtemps, fit une autre voix, une voix qu’Artémus ne connaissait que trop bien. J’ai ce que nous sommes venus chercher. Je vais également emprunter quelques autres babioles comme – hmmm… Pourquoi pas cette belle épée ? demanda-t-elle en prenant une magnifique arme dont la lame semblait faite d’argent pur. Et avec ça… Je crois que je vais prendre ce petit coffre, oh, cette arme divine, et, tant que j’y suis, quelques liquidités, pour vous permettre d’affirmer qu’il s’agissait, disons d’un cambriolage ordinaire. Même si nous sommes d’accord pour dire que ça n’était pas un forfait perpétré par un homme ordinaire, non ? Sur ce, bonsoir. »
L’ombre prit la main par le bras, et ils s’enfuirent par la fenêtre. Artémus attendit plusieurs minutes, puis il alla vérifier si son journal était toujours sous son lit ; il n’y était pas. Il s’habilla en vitesse et se rua dans la chambre d’Amy.
Campement des fabuleux.
Les feuillages s’écartèrent et révélèrent la silhouette de Samaël et, surtout du patron. Ce dernier portait fièrement au flan une très belle épée, avec une grâce et un maintien qui laissait croire qu’il était né avec cette arme au côté. De plus, il avait troqué ses loques contre une brillante armure.
« Bon, l’apostropha Shaak-ti, je suppose que vous avez récupéré votre commission ?
-Pas tout à fait. Répondit la silhouette. Il me faut encore, avant de vous remettre le livre, m’en offrir la lecture. A moins que… Toopie, vous m’aviez dit avoir bricolé une espèce d’imprimante portative capable de faire la copie d’un ouvrage sans plaque de gravure ?
-C’est exact, répondit l’intéressée, l’air très fière d’elle. Mais vous ne sembliez pas très enthousiaste…
-J’ai changé d’avis. L’avez-vous sur vous ?
-Non, je le cache dans le village en contrebas…
-Tékinbolos ? Parfait, nous allons en faire une copie. Mais rapidement, car je crains fort qu’Artémus ne tarde pas à nous donner la chasse… »
Fin du chapitre 1