Artémus... Mystérieux personnage apparu au hasard de ce qui devait être l'avant dernier tome de la série... pitoyable personnage, lâche, faiblard et sans talent, pourtant bouffi d'orgueil, qui devint par hasard l'homme le plus puissant de son temps... Aussi noble qu'ait été son désir de sauver les légendaires, pourquoi s'arroger leur place, quand devenir leur chroniqueur eut permis de les maintenir en vie ? Pourquoi ne pas avoir simplement choisi un homme capable d'assurer leur fonction, et le suivre à la trace, narrant ses aventures et s'assurant du succès de sa mission ? Peut-être parce qu'Artémus ne l'a pas rencontré... mais en cette histoire, il lui sera donné de rencontrer un tel phénomène . Un homme de fer, un héros sans crainte et sans reproche, un bretteur de talent au cœur pur et à l'âme noble, suffisamment modeste pour laisser à son héraut la tâche de supporter la célébrité à sa place... En un nom, découvrez Savinasse !
Chapitre 1
Le jour se levait sur les ruines fumantes de l'auberge de la poire fendue. Toute la nuit durant, les elfes pâles l'avaient assaillie, puis pillée, et enfin incendiée. J'admirais avec tristesse les cadavres de cinq voyageurs qui avaient payé de leur vie une inutile bravoure, celle de se ruer au secours de la maison forte assiégée pour ne sauver que des morts, morts qu'ils maintenant rejoignaient... un déclic me fit me retourner ; derrière moi se dressait, silhouette élancée en armure d'airain, la filiforme elfe noire qui avait été la cause de ce malheur. Elle me souriait, d'un rire cruel qui étirait ses lèvres rouges comme le sang qu'elle avait fait couler, et lentement refermait le doigt sur la gâchette de sa funeste arbalète... je crus ma dernière heure arriver. Soudain le rictus tomba de surprise ; la créature hoqueta, dans un spasme vermeil , tandis qu'un sang de terreur se déversait de la plaie qui était apparu sur son sein - d'où dépassait une épée. La créature tomba, et derrière se profila un garçon qui ne payait pas de mine (c'était au temps maudit de l'effet jovenia, que j'espère maintenant fini) revêtu d'une armure en lamelles qui semblaient d'argent, passées sur une tunique mal taillée. Des broques élimées, des baies et une cape de meilleur aloi complétaient l'ensemble. Je fixais incrédule mon sauveur, et, ce qui ne m'arrive jamais que devant le spectacle d'un pareil miracle, ne sachant trouver les mots pour le remercier, je fut platement réduit à balbutier "qui êtes vous ? Et comment avez vous triomphé ? C'est monstres sont des surhommes. "
"Je m'appelle Savinasse, je viens du monde étranger au tiens et affranchi des dieux depuis 6000 ans et ces ombres n'étaient pas des surhommes, mais des elfes aux sens aiguisés de sadisme et d'herbes enchantées par la magie noire. Comment les ai-je vaincu... il faut dire, mon garçon, que..." Savinasse sourit, et écarta légèrement sa cape. Se dévoila un torque qu'il retira ; aussitôt des éclairs orangés l'entourèrent, et lorsqu'ils se dissipèrent, révèlèrent un homme adulte et barbu, fort et fier de ses trente ans ! "Je ne suis pas un homme ordinaire . " Puis, sur le ton de la conversation : "Et si nous discutions de tout cela autour d'un petit verre ? l'auberge de la poire fendue dispose d'un aubergiste qui est d'un drôle, et surtout d'un petit Sancers qui va admirablement avec le filet de Baudroie-langoustine - je n'ai jamais pu retenir le nom local de la créature ! "
"L'auberge de la poire fendue est autour de vous, l'interrompais-je. et elle viens de partir en fumée."
"La bâtisse, oui ; mais pas le cellier..."
Et sur ces bonnes paroles , il me poussa sur le côté et ouvrit une trape dont je n'avais pas connaissance , alors que je m'étais tenu dessus tout le long de notre discussion . Le Gaulois s'enfonça dans le réduit ; après quelques hésitations, je le suivis.
Chapitre 2
Alors que je suivais Savinasse dans l'escalier, mon ouïe, que des années passées à fuir de mauvais drôles conscients de mon génie et désireux de mettre ma bourse à contribution pour leurs beuveries, me fit parvenir du fond du boyau ou nous nous enfoncions les accords d'une musique étrange. À cela s'ajouta bientôt les effluves de bonne chère, de sauces et plats étranges qui n'avaient jamais eu le privilège de flatter mon palais, et qui ne manquaient pas, de leur parfum d'exotisme, d'aiguiser mon appétit. Enfin nous débouchâmes sur une grande caverne, et l'univers s'emplit des rires, des chants et de la bonne humeur qui semblait princesse en ces lieux. Je pris tout de même le temps, avant que Savinasse n'ait pu m'entraîner plus loin, de jeter un œil sur l'assistance. Elle était, je l'avoue, des plus intriguantes. Chaque table portait son lot de créatures étranges, et presque aucune ne me semblait familière. Je vis des monstres à la tête de crocodile et aux ailes chitineuses dévorer des insectes gros comme mon poing ; des boudins noirs gélatineux agresser de leur tentacule un jaguaran nu, sans pieds, ces derniers étant remplacés par des mains ; Savinasse devait me dire qu'il s'appelait Oranhoutan. Le gaulois dut me prendre par l'épaule pour me faire avancer ! Nous nous attablâmes finalement près d'une torchère, d'où il commanda une bouteille de Sancers et deux baudroies-langoustine sauce Thermidor ; l'explication promettait d'être longue.
"Monsieur, commença-t-il, tout d'abord... pourrais-je connaître votre nom ?" Je répondis Artémus. Il Demanda mon nom de famille ; ce dernier manqua de provoquer en lui une grande hilarité. Sur ce, les plats arrivèrent ; je pus constater qu'il s'agissait de poissons du Loch Vérou, situé à proximité de l’auberge. Savinasse m'affirma que ces derniers étaient très répandus sur Pavin IV - un monde qu'il lui avait fallu traverser pour venir jusqu'ici. J'appris, à cette occasion, que son monde Natal s'appelait Nemossos, mais qu'il avait quitté la légion- une armée du cru - après avoir atteint le grade de primipile, et avoir été mélé à une sombre histoire politique, sombre histoire qui lui avait valu suffisamment de liquidités pour se permettre de se consacrer à son péché mignon : l'aventure.
"L'aventure, dites-vous ?" M'exclamais-je soudain, tiré par ce mot de ma langueur alcooleuse.
"Si fait."
"Mais c'est excellent ! Je suis chroniqueur et je viens juste de perdre le groupe que je suivais... que diriez-vous que je devienne le vôtre ? " cette petite ruse m'avait été inspiré par les cinq voyageurs, que je me trouvais suivre depuis quelques temps.
Le gaulois me regarda fixement, puis répondit : "pas question. Je ne désire aucune publicité. "
J'en restais estomaqué. Un héros qui ne veut pas être célèbre ? Qu'était ce que cette Anathoserie ?
"Réfléchissez ! M'exclamais-je. Vos exploits sont nobles et votre cœur est pur, mais ils n'ont de valeur que si un héraut les raconte !"
"Non, non ! Répliqua-t-il. Un chevalier des gaules ne s'embarrasse pas d'un ménestrel. Il rend justice en laissant la gloriole aux mercenaires. '
"Mais il vous faut un chroniqueur pour être un héros, sur Alysia ! Et je suis le meilleur. Les gens que vous avez vu dehors étendus étaient, pour leur part, les plus grands héros de ce monde ! Mais ils sont morts, et si vous ne prenez pas leur place, personne à part moi n'osera prendre leur place. Et vous ne pouvez imaginer les conséquences d'une telle décision..."
Ce petit mensonge, l’évidence du génie de ma plume et l'imagination fertile du Gaulois eurent raison de ses réticences. Et ainsi, ma virtuosité rhétorique offrit à Alysia un nouveau héros. Savinasse le Légendaire.
Fin du 2ème chapitre .
"Oui, la transmission de ces nouvelles pourrait sauver la légion... quel dommage que tu aies disparu dans de tragiques circonstances sans nous les faire parvenir ! "
Mansour le Bourguignon.
Chapitre 3
(Les notes suivantes semblent avoir été ajoutées d'une main différente, l'écriture est moins nerveuse et moins serrée.)
Antre de Skroa le rusé
S'il y avait un mot qui, selon Amy , résumait sa courte existence, c'était sans aucun doute possible la douleur. Douleur de cœur, d’abord, du fait de la mort de sa mère ; douleur d'esprit , ensuite, lors de ses disputes avec son père et de sa fugue ; douleur physique, chez les bakkaras ; douleur mentale, maintenant qu'on l'avait traînée dans cet antre par ces étranges elfes à la peau pâle, et qu'elle servait de cobaye à l'étrange gallinacé qui semblait leur commander. Elle était accrochée à ce qui lui semblait être un chevalet de torture, mais disproportionné par rapport à sa gracile constitution. des tuyères grises, remplies d'un liquide orangeâtre, lui sortait du cou, des bras, des jambes et, elle en avait peur, du cœur . Les ennuis avaient commencé- enfin, ces ennuis là - lorsqu’elle avait accepté comme arme Anikhanskaywokeur, l'épée Childirelle. La démoniaque tige de métal sombre l'avait alors entraîné contre des adversaires toujours plus puissants, dans son interminable et délirante litanie (elle jurait de l'avoir entendu gronder "Viens faire un câlin..." à plus d'un adversaire), jusqu'à trouver un adversaire à sa mesure : le seigneur de forteresse flottante Spectrâs, qui l'avait vaincue, désarmée et capturée. L'épée était alors passée par-dessus bord, entre les mains d'un malheureux triton qui, apparemment, courrait toujours. Cela, Amy le savait de Skroa. La créature avait négocié l'achat de sa personne, puis convaincu Spectrâs , moyennant une belle quantité supplémentaire d'argent, de rechercher l'épée. Il avait, vraisemblablement, un plan mystérieux les concernant, l'arme et elle ; de la nature de ce plan, elle ne savait rien, si ce n'est la nécessité, pour son accomplissement, de la brancher à un l'appareillage cité plus tôt. La jeune fille fut tirée de ses méditations par un nouvel accès de douleur.
Elle se rendit compte qu'elle avait perdu connaissance en se réveillant. Face à elle se tenaient Skroa, dont le bec accomplissait l'exploit de rendre sa morgue et sa joie mauvaise, en compagnie de plusieurs Elfes pâles, dont Spectrâs. Et entre ses mains luisait Anikhan. "Je préfère, elfe noir, être tenu par les mains d'une femme ; seules elles ont la candeur nécessaire pour que leur âme soit agréable à Caresser." Grogna l'épée. Amy retint un gémissement. Des nombreux défauts d'Anikhan, le machisme était sans doute le moins supportable, et Akamandis savait qu'il en avait (ou pas, c'était sans doute pour cette raison qu'il existait encore) ! Tandis qu'amy songeait à cela, Spectrâs tendit l'arme au Gallina qui, pour faire bonne mesure, éclata d'un rire Sardonique.
"Alors, maitre, t'ai-je bien servi ?"
"C'est parfait, Spectrâs, oh oui ! Mon sombre dessin va s'accomplir, ahahahahahaha. De la fusion de l'esprit du Childirelle mâle et du corps du Childirelle femelle, j'obtiendrai les cellules nécessaires pour réssussiter ma race, ahahahahahaha ! Et elle régnera de nouveau en maître sur Alysia, et tu sera, en ce monde asservi, l'unique être à être mon égal !"
"Escusez-moi... hasarda Amy. Mais qui est le Childirelle femelle ?"
Skroa lui lança un regard qui en disait long et cela ne lui plut pas du tout.
Ma chère Amy... la Childirelle, c'est vous !"
Alors il enfonça l'épée dans la machine dont les tubes s'enfonçaient dans le corps d'âme, et la douleur cessa d'être une définition, pour être, et c'était tout.
Fin du chapitre 3...
"Toussastiq ? Ça n'est pas une marque de détergent ?"
Derniers mots du grand prêtre d'Akamandis recueillis par Richard Dassault, légat de la 27ème légion cuirassée et fils du prélat de Toussastix, dieu gaulois de la guerre.
Chapitre 4
"Et tout se passera ainsi si tu n'interviens pas, Savinasse ! "
Le Gaulois se redressa soudainement sur son séant, couvert de sueur. La vision resta accrochée devant ses yeux pendant quelques secondes, avant de se dissiper. Avec d'incontrôlables tremblements, le chevalier attrapa une flasque située à sa gauche, dont il aspira goulûment une gorgée du contenu. La brûlure du cognac et l'amertume du café le sortirent de sa torpeur, et de peur, ses tremblements devinrent simplement nerveux. Il se leva, se dirigea vers son manteau délaissé la veille et en sortit une montre gousset. Il était sept heures sur Nemossos ; six heures sur Alysia. Toujours tremblant, le gaulois retira son torque ; le frêle garçonnet se mua en un homme de 6 pieds, aussi musclé que barbu, et qui ne tremblait plus ; les gaulois ne connaissaient pas la peur. Il claqua des doigts ; une flammèche apparut au sommet de son index (un tour dont il n'avait pas parlé à Artémus), dont il se servit pour allumer une bougie. Le méchant suif illumina la pièce d'une chaude lueur blafarde, tandis que Savinasse effectuait ses ablutions, puis s'habillait, et enfin s'armait. Ce fut à ce moment-là qu'Artémus daigna sortir de son sommeil. Savinasse lui prit le bras pour lui dire qu'il descendait déjeuner, puis s'en alla.
Artémus arriva dans la salle commune de l'auberge un quart d'heure plus tard ; il y trouva Savinasse attablé devant ce qui semblait être une assiettée d'un liquide orangeâtre, composée d'un étrange légume dont il devrait connaître le nom d'oignon lors de sa proche conversation avec le chevalier, une tasse de ce qui se révéla être du café infusé dans du cognac , et en grande conversation avec le jaguaran à face de Singe qu'il avait vu la veille. Ce dernier se leva à son approche, et se balança au loin d'une poussée de ses mains inférieures, en grommelant un "ook" de contentement. Artémus s'assit avec méfiance à la place de la créature ; Savinasse parut alors prendre connaissance de sa présence.
"Ah ! Artémus. " l'apostropha-t-il. " toujours décidé à me suivre ?
"Toujours" répondit l'écrivain. Quel est votre plan ?"
"J'ai appris du bibliothécaire que les elfes pâles étaient dirigés par une vieille connaissance, le seigneur Spectrâs . Ils sont, toujours selon lui, à la recherche d'une épée qui, apparemment, accueillerait l'esprit d'un démon Childirelle. Ce qui veut dire que nous devons trouver les elfes pâles pour trouver l'épée, ou l'inverse. Ce qui nous arrange, car les deux ont été signalés à l'embouchure du fleuve Tétoaénaj." Ajouta t il.
"Bien... et sans vouloir être indiscret, qui est ce bibliothécaire ? " Demanda Artémus.
"Vous êtes assis à sa place. "
Le chroniqueur resta silencieux, avant de s'exclamer : "vous voulez dire que le bibliothécaire est l'espèce de Jaguaran à tête de S..."
"Oui, c'est lui. Mais évitez de dire "'singe", ça le rendrait chèvre." Artémus sut merveilleusement bien cacher son amusement. "il nous faut donc nous y rendre. " conclua le gaulois. "Vous avez une monture ?"
"J'ai... une sorte de sous marin de poche capable d'évoluer sur la terre ferme..."
"Merveilleux ! Et comment s'appelle-t-il ?"
"Euh.... le Sharkozy."
Le gaulois parut tout de suite moins ravi.
"Le nom ne vous plaît pas ?" Demanda le chroniqueur, mal à l'aise.
"Non... cela vous dérangerait si l'on utilisait le mien ?"
"Non, mais comment s’appelle-t-il ?"
Le gaulois sourit de toutes ses dents, avant de répondre : "Le Squale Chirac…"
Fin du chapitre 4
J'ai laissé, lecteur, le soin de la rédaction des 2 chapitres précédents au gaulois ; y intervenaient des événements qu'il a refusé de me raconter. Je reprends dorénavant la narration.
Chapitre 5
Il était bien beau de préférer à mon sous-marin le sien, mais Savinasse ne l'avait pas sous la main. Il refusa néanmoins d'embarquer dans le Sharkozy, lui préférant une créature laide, poilue et puante, mais néanmoins armée de défenses et capable d'égaler mon engin en vitesse et endurance, représentante d'une espèce nommée sanglier et elle-même portante du nom de Poupounette. Il profita du trajet pour me faire une rapide description des elfes pâles. Il s'agissait d'un peuple elfique corrompu, honni par les dieux et dont la seule conception du bonheur et de la vie était le sadisme et la luxure. Ils se déplaçaient à travers les mondes grâce aux vents de magie qui soufflaient sur le monde ; ces derniers gonflaient les voiles de leurs vaisseaux, les Nefs du désespoir et les forteresses flottantes, leur permettant de créer des portails, des sorts de dissimulation et d'autres de destruction ; ils étaient fascinés par les êtres démoniaques, ce qui expliquait leur intérêt pour l'artefact Childirelle qu'ils recherchaient. enfin nous arrivâmes dans une crique, à quelques kilomètres du fleuve Tétoaénaj ; Savinasse arrêta sa monture, et me fit signe de sortir de mon véhicule.
"Le squale Chirac est ici." Déclara-t-il. "On ne pourra pas embarquer votre basistace ; il faut le laisser ici."
Je protestais vigoureusement que mon sous-marin était un objet de valeur qui ne pouvait être abandonné ; Savinasse répondit, avec un air déçu, qu'il était vrai que sa chronique n'avait guère de valeur. Je dûs me ranger à son avis ; une chronique écrite de ma main a autrement plus de valeur qu'un bijou de technologie, même mien ! Le gaulois, toujours à sanglier, me mena alors jusqu'à un rocher de belle taille. il était orné d'un graffiti en gaulois qui se révéla être une inscription funéraire ; Savinasse parut étrangement attristé par sa lecture. Il semblait pourtant déjà connaître le message. Il envoya sur le roc un coup de poing rageur digne de le faire trembler, et je crus un instant que le coup avait bien réussi à ébranler la pierre ; en fait, le gaulois avait déclenché un savant mécanisme qui avait provoqué le soulèvement du roc, en réalité porte s'ouvrant sur un souterrain. Le gaulois s'y enfonça, et je partis à sa suite.
Nous évoluâmes plusieurs minutes dans le boyau humide, jusqu'à déboucher dans une caverne semi-inondée, au centre de laquelle trônait une sorte de long cigare d'acier, doté à un cinquième de la longueur d'un cône incomplet orné d'une écoutille. Le gaulois poussa sa monture jusqu'à côté de l'engin ; une trappe, jusqu'alors invisible, s'ouvrit. Savinasse descendit de sa monture et l'envoya dans les profondeurs de l'appareil, où il la suivit. La trappe se referma ; au bout d'une dizaine de minutes, il ouvrit l'écoutille et me fit signe de le rejoindre. Je m'exécutais avec circonspection, tandis qu'un grondement de tonnerre venu des entrailles de l'appareil faisait résonner la caverne. Le sas se referma sur moi.
"Artémus , bienvenue... M'accueillit le gaulois. Bienvenue sur le Squale Chirac !"
Le sous-marin avançait d'un bon train sous les flots. La caverne s'était révélée séparée de la crique par de lourds battants métalliques qui se trouvaient être triplés ; le Squale Chirac n'était donc pas le seul requin gaulois à pouvoir évoluer sous la mer Alysienne ? Selon Savinasse, les deux autres ne risquaient pas de se promener ; leurs équipages les avaient évacués il y avait maintenant vingt ans, quand Darkhell semblait invincible et Alysia perdue. La base n'ayant jamais été totalement abandonnée pour autant et le Squale Chirac, même sans ses confrères Squale Lang et Squale Pasquoi, était resté. Puis les membres d'équipage restant étaient tous morts, et la gaule avait oublié son existence. Savinasse en avait fait depuis son véhicule préféré ; quoiqu’il laissât souvent les commandes à l'étrange cerveau de métal qui somnolait au cœur du submersible, qu'il appelait "ordinateur". Ce dernier fit alors entendre sa sirène ; le Squale avait trouvé sa proie. Le gaulois se précipita sur le périscope et jura : le bâtiment ennemi était une forteresse flottante ! Le gaulois prit le parti de suivre le navire jusqu'à sa destination. Cette filature nous conduisit jusqu'à l'entrée d'une baie, surplombée de deux statues de Gallinas...
Si Amy devait donner un mot pour définir sa courte existence, ce serait probablement la douleur.
Fin du chapitre 5
"Car il ne suffit pas de sauter sur sa selle comme un cabri en criant : "la charge ! La charge ! La charge !"
Un général.
Chapitre 6
"Mouais... la sculpture est impressionnante mais le modèle plutôt laid."
Ainsi parla Savinasse en contemplant l'arche formée par les deux démons de granite qui gardaient la baie. Le gaulois quitta le périscope pour gagner le bureau luxueusement orné qui, apparemment, tenait lieu de poste de commandement au Squale Chirac. Il y avait déposé plusieurs cartes de navigation vraisemblablement codées car, au lieu d'induquer explicitement les positions précises des différents monstres marins, était couverte de successions de lignes, de flèches et de courbes chacune commentée par des instructions en gaulois. On y trouvait aussi un compas, une régle couverte d'inscriptions tout aussi mystérieuses. Un plateau présentant une bouteille rempli d'un vin gaulois, deux gobelets et une grande assiette de sandwiches beurrées sur leurs deux faces et garnies d'une viande rosâtre, trivial au côtés de ses étranges compagnons, venait compléter l'ensemble. Savinasse prit une bouchée d'un sandwich, se tamponna la bouche avec le revers de sa cape, avala une gorgée de vin, puis se plongea dans l'étude du parchemin . J'en profitai pour tendre la main pour goûter au breuvage ; il n'avait, chose surprenante, un goût de raisin et de hêtre ; l'alcool ne se sentait presque pas. Alors que je reposais la coupe, Savinasse se redressa en citant Cambronne , avant d'evoquer d'un ton fleuri les maisons de tolérance.
"Artémus ! M'interpella t il. Nous sommes dans..."
Sa phrase se perdit tandis que le submersible devenait sujet à de violentes secousses.
Skroa le rusé examinait avec orgueil sa création. La machine devant lui bourdonnait et plongeait ses tuyères dans les profondeurs de l'organisme de la Childirelle, qui gémissait de douleur. La transmutation était presque achevée, il allait pouvoir se passer de Spectrâs et de l'épée, tout compte fait.
Hélas pour lui, il y a dans les plans de tout grand méchant une faille et le hasard n’attend qu'une occasion pour l'exploiter. Ce hasard, c'était que le signal de fonctionnement des stabilisateurs du Squale Chirac avait une résonnance dans la dimension de la magie telle que selon une équation connue des seuls dieux, la résonnance du mécanisme d'alimentation du dispositif de Skroa devait générer un intense stress mécanique sur le dispositif adverse, et vice versa. Comprenez : tant que les deux machines fonctionnent, elles s'envoient mutuellement des décharges de magie brute. Ajoutons à cela qu'un stabilisateur gaulois est bien plus résistant qu'une centrale gallina, et on ne s'étonnera pas de l'inévitable panne du système du Rusé. Il existait d'ailleurs depuis longtemps - suffisamment pour que les cartes de Savinasse en indiquent la position. De ce fait, la machine de transmutation s'arrêta et le submersible repartit.
Skroa hurla de rage ; il saisit un garde elfe pâle par le cou et l'utilisa comme javelot sur un deuxième, ce qui le mit rapidement à cours de créatures contre lesquelles se défouler ; s'attaquer à la Childirelle, qui reprenait une apparence humaine, était hors de question. Il lui fallait d'ailleurs s'assurer qu'elle était intacte, ce qu'il ne fit qu'après plusieurs minutes passées à se calmer. Étrangement, lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle ne cria pas comme à chaque fois que l'infâme volatile plaçait ses trois mètres et son bec sous son nez. Au contraire, ses yeux de perdaient dans le vide, l'ait perdue, et totalement indifférente à son environnement.
"Bonsoir, ma fleur." Lui susurra Skroa. La jeune fille rejeta violemment la tête en arrière, et ses yeux roulèrent paniqués dans leurs orbites, cherchant l'objet de la crainte de leur possesseur. Dans un nouvel accès de Fureur, Skroa comprit : la Childirelle était devenue aveugle ! Plus question, donc, de se passer de Spectrâs et de l'épée. Le sol en profita pour se mettre en mouvement, et sous les yeux médusés du gallina, un garçon au cheveux noirs, dont le front était orné d'une cicatrice en forme d'étoile, apparut.
"C'est bon, Savinasse ! " Déclara-t-il . " j'ai trouvé la machine qui profitait de la centrale que le Chirac a détruite ! Est-ce que je... AAAAAHHHH !!!"
Skroa fondit sur l'ignoble qui venait de déclarer son crime ; il le saisit par la taille, et le tira ; derrière lui se révéla une corde. Skroa sauta jusqu'au plafond de son antre ; au bout de la corde apparut un nouveau garçon, brun et maigrelet, ridiculement vêtu d'une armure trip grande. Skroa secoua la tête. Un gaulois ! Cette engeance n'avait pas reparu sur Alysia depuis au moins l'accident jovenia. Il tira sur la corde ; avec une vivacité peu commune, le gaulois dégaina son arme et trancha la corde, avant de se ruer sur la machine dont il sectionna les câbles.
Tout se passait comme dans son rêve ; le Gallina, la machine démoniaque, la fille attachée... après l'incident des stabilisateurs, Savinasse avait compris qu'il se trouvait près de l'antre de Skroa, et non de celle d'un simple gallina. Il avait donc suivi le tunnel d'entrée de la grotte et remonté le conduit de maintenance ; le bon sens avait mis Artémus, meilleur grimpeur, en tête. Il avait maintenant libéré Amy ; mais il fallait aussi sauver Artémus. Skroa se posa en grondant devant lui ;' le gaulois arracha son torque et engagea le combat. Ce fut rapide ; le Gallina , grand sorcier, ne valait pas grand-chose au contact, et se révéla incapable de ne serait-ce que de blesser son adversaire qui, à l'inverse, lui infligea de larges plaies. Spectrâs arriva alors. Obéissant à son instinct, le gaulois saisit Amy par la taille, son chroniqueur par le col et sauta dans la trappe.
Le seigneur Spectrâs ne comprenait pas ce qui se passait ; son maître adoré , Skroa, gisait à terre et son bourreau s'enfuyait avec un indispensable ingrédient de son plan machiavélique.
"Qu'attends-tu ? Va me faire caresser les côtes de ce parjure !"
Un instant Spectrâs crus que l'épée démoniaque lui avait parlé ; ce qui était sûr, c'est qu'il fit demi-tour vers son arche avec l'intention de couler un sous-marin dont il n'avait jamais entendu parler.
L'écoutille se referma sur Savinasse ; les moteurs de son appareil grondaient déjà. Il déposa la fille sur une couchette, la recouvrit de sa cape et remit son torque. Puis il regagna le poste de commandement en me disant : "j'ai fait une erreur."
"Laquelle ? Demandai-je. Me laisser aux mains de ce démon ? Embarquer une fille inconnue ?"
"Ne pas tuer Skroa. " il tomba dans le silence, quand résonna l'alarme : l'arche noire nous poursuivait...
Fin du chapitre 6
Ayant enfin pu mettre la main sur un ordinateur, voici la version relue et corrigée des six premiers chapitres de ma fanfiction. En espérant que vous l'apprécierez mieux ainsi, Le Centurion Savinasse.