Image de profil
Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 15

L’espace d’une nuit éclairée d’une impuissante lune, Razzia est redevenu une ombre.

Discret. Précis. Efficace. Tout ce qu’on attend d’un assassin. Même quand ce dernier est une montagne de muscles.

Il s’exécute dans une froideur mécanique, alimentée pourtant par un brasier furieux. Chaque coup qu’il donne détruit peu à peu sa cible, sans qu’aucun cri ne vienne troubler l’obscure clarté.

 

Ainsi Mhoras n’est guère troublé dans son lourd sommeil et, quand l’aube finit de se frayer un chemin entre les racines de son terrier, ouvre ses paupières sans se douter de rien.

Un instant, un seul, il se sent soulagé que l’indésirable l’ait enfin abandonné, chassé par les senteurs de son logis…
Mais l’instant d’après il le découvre. Là où il l’a laissé.

Le soulagement se change en soupir colérique.

 

« Pars. lui crache-t-il, sans s’encombrer de salutations.

 

-Pas sans cloche silencieuse. Et pour ça j’ai besoin de vous. rétorque Razzia, avec fermeté mais sans répliquer à l’agressivité de son hôte.

 

-Moi je n’ai pas besoin de toi et je ne te dois rien.

 

Soudain le colosse esquisse un sourire narquois. Comme un chasseur devant la proie qui aurait foncé dans son piège.

 

-Vraiment ? Regardez mieux autour de vous.

 

 

 

L’ermite n’a aucune envie d’obéir.
Mais ses yeux le trahissent, se posant frénétiquement partout, plus vifs que des colibris. Tant et si bien qu’il finit par tout regarder, transformant les vols de colibris en vision d’aigle.

Il ne reconnait plus sa tanière. Victime… Du grand ménage de Razzia.

 

Plus la moindre poussière, toile, saleté, racine pénible. Plus la moindre molécule olfactive ; les corps sans vie et les excréments ayant été évacués.

L’ampleur d’un travail d’une semaine, peut-être deux, abattu en une seule nuit. Dans le silence le plus total.

 

C’est impressionnant… Pendant dix pauvres secondes.

Et l’air subitement refermé de l’être des bois fait perdre à Razzia son sourire.

 

-Je ne t’ai rien demandé. assène sèchement Mhoras.

 

-Quoi ! Vous n’allez quand même pas me reprocher-

-Tu n’as pas fait le ménage. interrompt le vieux fulminant.
"Tu as seulement détruit mon harmonie."

 

La froideur de la parole lancée gèle l’emportement du colosse qui, sous le choc, subit le douloureux souvenir d’avoir failli provoquer une catastrophe en tuant ce cerf la veille.
Quand ses traits endoloris deviennent inquiets, le petit en cape feuillu soupire avant de braquer des yeux sévères sur ce lieu défiguré.

 

 

« Je vis avec la forêt depuis plus de 20 ans. Je la respecte et accepte toutes ses décisions.
Cette caverne n’est pas la mienne. Si les araignées ont le goût d’y tisser leurs toiles, je ne les arrête pas. Si les racines s’emparent peu à peu de cet endroit, ce n’est que justice. Et ces animaux qui viennent mourir, je leur laisse la paix qu’ils sont venus trouver. 
»

 

Le coup est violent. Il fait baisser les yeux de Razzia.

 

« … Et toi et ton orgueil d’humain vous êtes venus saccager mon existence harmonieuse. Et tu voudrais que je t’en remercie ? »

 

Coup fatal. Toute la tête se baisse. Le colosse est abattu, honteux de son égoïsme.

Et Mhoras ajoute du mépris en se dirigeant vers la surface, sans regarder davantage cette ruine.

 

« Comment peut-on autant se tromper… »

 

 

 

Le porteur du Léviathan reste ainsi plusieurs secondes. Le temps pour l’être en cape feuillue de découvrir les nuages qui obstrue l’astre solaire… Et s’attarder sur une étrange myriade de monticules de terre non loin de l’arbre…

Quand Razzia recouvre assez de forces pour venir le trouver, Mhoras a identifié l’origine de cette grande quantité.

Des animaux morts. Ceux qui peuplaient son logis.
Ils ont tous reçus une sépulture.

 

Pour la deuxième fois le misanthrope trouble Razzia. Car il lui décoche un regard intrigué, dépourvu d’hostilité. Comme si un vent curieux avait soufflé l’orage de rejet qui gronde dans ses yeux…

Malheureusement le vent tombe. Le regard redevient mauvais et le corps qui le porte s’en va à ses occupations, ignorant le guerrier.

 

Ce dernier, pas découragé, se met à le suivre. Il croit en ce bref changement de regard. Et puis, là où il va, il a plus de chance d’y trouver une de ces fameuses cloches silencieuses.

 

 

 

Lorsque le soleil est proche de tomber derrière l’horizon, toujours aucune cloche hélas.

Toute la journée Mhoras s’est aventuré dans les plus reculés recoins du bois dans le seul but de chercher des fruits sauvages. Sans que jamais il ne passe à proximité de parterres fleuris. Comme s’il le faisait exprès. Sûrement, en vérité.

Mais il n’est pas venu à bout de la résilience de Razzia. Même si cette journée tout bonnement perdue l’a mise à rude épreuve.

 

 

Les voilà de retour à la tanière. Seulement, l’ermite ne se dirige pas vers l’arbre.

Le suivant derrière, Razzia découvre une parcelle de blé jeune et vigoureux. Avec un soleil plus haut, il resplendirait à n’en point douter. Même s’il n’a pas l’air encore tout à fait mûr…

Et le résident de la tanière en a la confirmation en tâtant un épi.

 

-Encore un ou deux jours… À condition qu’il ne revienne pas… ne peut s’empêcher de murmurer Mhoras, avec une pointe de gourmandise.

Cependant la pointe disparait quand du coin de l’œil il constate le visage intrigué du colosse qui a tout entendu.

En réponse, tout son être se hérisse.

 

« C’est de toi dont je parle. Alors décampe. »

 

 

Il dit et dans un trépignement il bouscule Razzia pour regagner le sous-sol de son arbre.

 

Ce dernier ne le suit pas.

Ce qu’il a entendu l’intrigue.

 

Et pas seulement ce qu’il a entendu ce soir.

 

 

 

 

Les pièces s’assemblent.
Razzia est sur le point de comprendre.

 

Car si lui dissimule
Des TRACES DE SANG

Ce Mhoras a lui aussi quelque chose de caché.