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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 17

Trois coups justes, faisant serrer quatre doigts de la vieille ombre sur sa canne.
Avant qu’il ne puisse répliquer, les coups pleuvent de nouveau, plus précis encore.

 

« C’est facile de dire qu’on vit en paix quand on refuse d’écouter le monde tout autour. Personnellement je ne crois pas que la forêt ne m’ait jamais parlé, mais là il y a trop de signes pour que je les ignore. Je vous les explique peut-être ? »

 

Une faille !
Une échappatoire dans ces propos douloureux !
Mhoras d'un pas accompagne ses mots pour s’y engouffrer !

-Tu n’as-

 

Alors le piège se referme sur lui.

 

- Beaucoup de ces plantes auraient dû germer en cette période et pourtant vous êtes obligés de faire des kilomètres pour quelques baies. Vous ne trouvez plus aucun fruit à la ronde parce que vous avez tout mangé sans même replanter et la forêt vous punit.
Et elle vous prive aussi de compagnie :
il n’y a pas un animal à la ronde. Ça aurait pourtant du sens vu qu’on est loin des sentiers battus et qu’il y a de l’eau. Mais non. Personne ne veut de vous.

 

-Tu oublies-

 

-Qu’ils viennent mourir chez vous ? Bien vu.
Chez les humains que vous haïssez tant, laisser des animaux morts est un avertissement, un signe funeste. Mais bon vous allez me dire qu’on n’est pas chez les humains.
Seulement, si je ne sais pas tout des cerfs therizodon, je sais que dans la nature les animaux se cachent pour mourir, pour protéger les leurs. Car leur cadavre peut attirer un charognard. Ils ne cherchent pas la paix comme vous le dites.

 

Les pupilles de Mhoras rondissent, fulminant d’indignation. Mais surtout de douleur.
La profonde et acide douleur de voir ses convictions détruites.

 

 

« Et l’Okkoto…
Un animal si grand pour détruire une parcelle de blé qui ne le nourrirait même pas une journée. C’est complètement absurde.
C’est surtout la seule créature que vous ne pouvez pas arrêter. »

 

 

La tempête semble se calmer. Elle a énormément ébranlé Mhoras, frappé de toutes parts de terribles tremblements, prêt à s’écrouler.

 

-Si je suis autant à la merci de la forêt pourquoi suis-je encore en vie alors que ce serait si facile pour elle de se débarrasser de moi ? Tu y as réfléchi ? crache-t-il d’une véhémente violence.

Quelle erreur.
Ça l’épuise davantage.

Et la contre-attaque se joue de cette violence pour le surprendre hors garde.

 

 

-Comment pouvez-vous autant vous tromper…

 

 

Grâce au ciel la canne est tout juste meurtrie mais encore intacte. Un vrai miracle connaissant la force des phalanges serrées autour.

 

 

« La forêt a quelque chose que vous n’avez pas… »

 

D’un geste vif Razzia libère l’Okkoto de sa pénible corde. Il le libère également de sa présence, s’éloignant d’un bon pas.
Le redoutable sanglier en se relevant parait cacher le ciel à l’ermite, qui découvre l’horrible sensation de faire face à un ange de la mort.

 

Mais l’ange s’envole sans exercer son courroux, et la créature s’enfonce dans les bois.

 

 

La rondeur des yeux de Mhoras perd de leur indignation pour se joindre au masque de surprise qui orne désormais son visage.
Puis Razzia l’arrache.

 

« La forêt respecte la vie. Elle ne veut pas s’encombrer de vous, mort ou vivant. Elle essaye de vous parler mais vous refusez de l’écouter. »

 

Le coup de grâce.

L’ermite tient encore sur ses jambes, mais son âme est à terre. Seulement, pas encore détruite.

 

Et Razzia… Vient lui tendre la main.

 

 

« Je ne sais pas ce que vous fuyez. Et je ne dois sûrement pas le savoir. Je ne veux pas le savoir, de toute façon. Tout ce que je veux, c’est une cloche silencieuse pour soigner un enfant. Et je vous demande votre aide pour ça. »

 

Une main neutre.

Ni juge, ni dure, seulement présente, semblable à un support pour se relever.

De fait de relever, les yeux du misanthrope cessent de fixer le sol pour scruter le colosse…

 

Pas la moindre menace dans cette stature. Pas de violence, pas même de la dureté. Plus d’envie d’attaquer.
De la fermeté résolue. De l’honnêteté comme seul rempart.

 

Tout ça… est trop.

 

Il préfère fuir.

 

 

Et Razzia ne le poursuit pas.

 

Car Razzia a compris à présent.

Mhoras est dans le tourment.

 

 

Bien que ne fut répandue aucune
TRACE DE SANG

Une certitude a bien été tuée.