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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 18

Le soleil entame sa lente chute tandis que Mhoras n’a pas encore reparu.

Blessé, meurtri, il a disparu derrière son arbre. Razzia a quant à lui choisi de l’attendre.
Patiemment, tuant son ennui à grands moulinets d’entrainement.

Il n’est pas encore persuadé que le misanthrope accepte de l’aider. Ni même qu’il revienne. C’est juste sa seule chance de trouver ce qu’il cherche. Alors il y croit.

 

 

Au crépuscule, sa patience et sa conviction sont récompensées : l’ermite est de retour ! Les traits plus sévères que jamais !

Mais il ne faudrait pas brusquer les choses et effacer son ardoise par maladresse : le colosse fait mine de ne pas le voir, soi-disant trop absorbé par ces coups dans le vide.
Lui qui a attendu qu’il revienne, il peut bien espérer que l’être sylvestre lui adresse la parole !

Et son espérance est à son tour récompensée :

« Si tu veux une cloche silencieuse, suis-moi.

 

 

Il dit et sans se soucier qu’il l’ait entendu, tourne les talons. Le guerrier a tout juste le temps de rengainer avant de le suivre à l’autre bout de la clairière.

À l’orée du bois se tient un menhir. Du moins, il paraît en être un pour Mhoras ; il ne doit pas être plus grand que le Léviathan. Tout au plus dirait-on une pierre tombale.

 

 

« Porte cette pierre sur tes épaules jusqu’à mon retour. prononce durement l’ermite. « Si elle touche le sol ne serait-ce qu’une seconde, je ne reviendrai pas et tu mourras dans ces bois. »

 

Razzia s’indigne devant des conditions si incongrues.

 

-P-Pardon ?

 

-Tu n’arriverais pas à retrouver ton chemin sans moi.

 

 

Touché. Violemment.

Ne reste à Razzia qu’une seule question :

 

 

-Si vous partez comment comptez-vous savoir si j’ai posé ou non la-

 

Nouvelle touche.
Plus directe : avec la canne cette fois. Dans le dos. Pas de douleur, seulement un frisson de surprise.

 

 

-Crois-moi je le saurais. »

 

 

Ce ton n’admettant aucune répartie, Razzia défait son fourreau et s’exécute. 
Saisissant le rocher avec précaution, il le cale sur ses épaules, le maintenant de ses robustes mains. Il n’est pas lourd pour lui.

Une fois le porteur du rocher en position et ayant constaté un sourire presque jubilatoire sur ce haut visage, Mhoras disparait de nouveau.

 

C’est alors que la pierre se met à peser plus intensément encore.

Chaque instant qui s’écoule la rend encore plus lourde.

Progressivement le souffle du colosse se saccade.
Il sent ses fibres dans ses bras et dans son dos s’étirer au-delà de toute limite raisonnable, au bord de la rupture. Une douleur effroyable s’empare lentement de lui.

 

 

Au-dessus des arbres le soleil a disparu. Il est tombé, tout comme tombent en de lentes cascades des perles de sueur sur le front et les mains moites du guerrier. Elles s’ajoutent à ce supplice en heurtant le sol dans un fracas cristallin.
Le guerrier, tremblant, meurtri, est tenté par ses oreilles de se délester de sa besogne sur ce sol si proche et si attirant.
Mais il tient.
Même s’il se surprend à s’affaisser et ne se reprends presque que par miracle.

 

Son esprit périclite. Il se met à compter les secondes, à les oublier, à recommencer, à oublier comment compter, puis il se souvient, se remet à compter ; l’épouvantable manège se répète, emportant ses yeux dans sa douloureuse frénésie.

Razzia voudrait hurler pour soulager un peu son calvaire. Mais quand entre deux tremblements sa bouche s’ouvre en grand, aucun son n’en sort. Il n’a pas la force de les articuler, lui qui risque de finir désarticulé, courbé sous ce poids si grand.

Ses paupières s’écroulent avant lui. Alourdies par sa sueur et attirée par ce sommeil qu’on lui a refusé la nuit précédente. Quand elles s’abattent, il les rouvre aussitôt en s’arrachant une douleur de plus. Il voudrait les garder ouvertes, mais à se concentrer sur son visage il manque de faire chuter ce foutu caillou. Sans parler de sa transpiration qui en coulant lui brûle les yeux. Tout comme ce soleil qui point à nouveau.

Finalement, la seule chose qui le soulagerait, ce serait qu’il laisse couler des larmes. Ça l’allègerait. Malheureusement, il n’en a plus.
Tout comme il semble ne plus ressentir ni le temps, ni l’espace, ni même le poids de la pierre.

Razzia n’est plus que souffrance.
Réduit en pièce au point que même ses pensées ne sont plus que des bribes d’espoir qui parait bien fugace.

L’espoir qu’avec l’aube revienne-

 

Mhoras.

Il est de retour.

Une fleur délicate à la main.

Malgré l’opaque et brûlante sueur dans ses yeux, il est certain que c’est lui !

Dans un ultime choc d’une abominable douleur il plie les genoux, ployant sous le poids, prêt à abandonner une bonne fois pour toute son fardeau et l’échanger contre ce sourire désespéré… !

 

Mais soudain ses traits se tendent, horrifiés. Car sous ces yeux il devine la forme d’un de ses bras tendus.
S’il est là, le rocher est déséquilibré. Il va s’écraser au sol !

 

Dans un geste désespéré il serre violemment ses bras dans son dos. Incapable de sentir si ses muscles agonisants maintiennent encore la pierre.

 

 

 

Il se retrouve paralysé par l’effort.

 

Mort debout, presque.

 

Sous le regard sévère du misanthrope.

 

 

 

 

Soudain… Le voile blanc tombé sur ses yeux se lève.

Des formes opaques se dessinent lentement. Jusqu’à ce qu’elles deviennent reconnaissables.

Des arbres… Un ciel… Des nuages… Et un peu plus bas pour ses yeux, un petit être vêtu de feuille avec une robuste branche en guise de canne.

 

 

Razzia se rend compte à nouveau de son propre souffle. Il s’aperçoit qu’il ne tremble plus.

Il sent ses bras dans son dos…

 

 

 

Et la pierre…

 

 

 

L’épreuve de Mhoras s’achève.

Razzia en redoute le dénouement.

 

Lui qui n’a répandu aucune
TRACE DE SANG

Cette épreuve a pourtant bien failli le tuer.