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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 20

Enfin.

L’horizon qui se dévoile aux yeux de Razzia n’est plus une prison boisée.

Devant lui s’étendent enfin des terres vierges qu’il reconnait presque et qui gonfle son cœur de bonheur.
Pensez qu’en dépit de l’indication de l’ermite des bois il lui a quand même fallu plusieurs heures. En ligne droite.
Mais qui peut lui reprocher qu’il doute lui-même de son sens de l’orientation si défectueux ?

 

Maintenant il ne doute plus. Ou moins.

Bientôt il sera de retour. Il le sait.
Il l’espère.
Il le croit.

Il prie les dieux de le guider…

 

 

Et les dieux l’entendent : au sommet d’une colline qu’il n’a pourtant jamais vu de dos il reconnaît la modeste bâtisse qui le surplombe. Son cœur se gonfle de nouveau de joie, tirant ses lèvres ravies vers ses oreilles !

Il trouve en lui une énergie nouvelle et gravit l’édifice terreux en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et, devant l’humble demeure, il ne prend pas la peine de frapper, emporté par son soulagement !

 

Le voici de retour dans le séjour submergé de livres. Accueilli par la lumière tamisée de l’après-midi. Cependant, aucune âme visible.

Le sang du guerrier ne fait qu’un tour. Il libère le Léviathan avant de se précipiter.

 

« Ah ! Vous êtes de retour ! s’exclame une pile de livre qui le stoppe net dans son élan.
« Vous vous êtes perdu en route ? »

 

En regardant entre les piles, Razzia remet un visage sur cette voix qu’il a reconnue. Celui du docteur Hingo.

Mais il n’est pas rassuré pour autant.

 

-Je ne suis pas bon en orientation. Où est Nobisa ? demande-t-il avec une pointe d’inquiétude.

 

-Il est juste passé aux-

 

Un bruit l’interrompt. Il vient de l’escalier.

Deux paires d’yeux se braquent. L’une d’entre elle rengaine son arme, enfin rassurée.

 

-Eh bien voilà… ! ne peut s’empêcher d’ajouter le docteur, amusé.

 

 

L’enfant et le guerrier s’échangent des sourires contents de se revoir. Même si celui du plus jeune est plus crispé.

Razzia ne s’y attarde guère et s’approche du médecin pour lui délivrer la précieuse fleur. Ce dernier, en l’acceptant, crispe à son tour ses zygomatiques.

 

« Oulà ! Pardon, mais vous avez une sale tête ! »

 

-Désolé. Ça va faire trois jours que je n’ai pas dormi.
Mais je l’ai trouvée !

 

-Vous me ferez le plaisir d’aller dormir tout de suite !
Ordre du médecin !

 

Ce ton si sérieux porté par ces yeux si sévères fait capituler en un instant le guerrier, trop fatigué. Au point de le fendre d’un profond soupir qui lui fait cligner des yeux.


-Cela dit : bravo vous avez déniché un très beau spécimen !

 

-J’ai été aidé sinon je ne serais pas revenu avant la saison prochaine. essaye de plaisanter le colosse.

 

L’attention du docteur Hingo se retrouve soudainement piquée de curiosité. Tant et si bien qu’il détache son regard de la précieuse fleur.

 

-Aidé ?

 

-Oui. Par un vieil ermite des bois.

 

Soudain c’est au tour de Razzia de s’étonner : les yeux du praticien s’écarquillent et s’arrondissent dans de monstrueuses proportions. Il semble prêt à lâcher la fleur, son esprit parti très loin d’ici.

 

 

-Vous… Le connaissez ?

 

 

Ramené à la réalité, Hingo admire de nouveau la fleur sous toutes les coutures, la manipulant délicatement.

 

-J’aurai pensé qu’il serait mort depuis…
Je l’ai croisé quand je débutais médecine et que je cherchais des plantes médicinales. Il est de bon conseil, même s’il est rustre.

 

-Vous m’ôtez les mots de la bouche. répond dans un sarcasme mordant le colosse à la mine empreinte d’une moue.

 

-Un sacré numéro oui… ! C’est un miracle que vous soyez encore debout vu son caractère.
Maintenant allez dormir. Je m’occupe du reste.

 

 

C’est alors que toute la fatigue accumulée pendant son séjour sylvestre s’abat sur Razzia. Ses pas vers l’escalier deviennent de plus en plus pénibles, sa vision de plus en plus trouble.
Il manque de s’endormir sur chaque marche, ses paupières s’abattant sans ménagement alors que l’énergie de les relever lui manque.

Le voici à l’entrée de la chambre. Le repos n’est qu’à quatre pas.
Il n’en fait que deux avant de s’écrouler. À genoux, la tête sur le lit.

Sa fatigue est telle qu’il n’a pas la force de rêver. Et le remue-ménage plus bas ne le fait aucunement réagir.

 

 

Au rez-de-chaussée, on a déplacé des kilos de livres pour dégager le passage vers un coin de cuisine. Sur un plan de travail, le sorcier secondé par Nobisa a aligné divers ingrédients : des poudres, des langues séchées, des mixtures et bien entendu, une cloche silencieuse.

 

La préparation commence : suivant les instructions du livre que porte l’enfant, le préparateur pilonne des langues dans un mortier, jusqu’à obtenir un mélange pâteux. Il saupoudre le tout d’un geste vif, faisant briller la préparation.

Puis, tandis que l’enfant s’affaire à mélanger la pâte, le sorcier effeuille la cloche qu’il ajoute à un bol rempli d’eau mis sur le feu. Doucement, le liquide se teinte d’un bleu cobalt et est retiré avant de bouillir.

Alors il y ajoute la pâte mélangée avant de la remettre au feu. Il se met à prononcer d’étranges paroles, dans une langue inconnue, en ajoutant diverses mixtures qui font resplendir le bol en de folles couleurs…

 

Et alors que la solution tourbillonne toute seule dans le bol, dans des clapotis semblables à des milliers de murmures, Hingo s’empare d’une pincée d’une poudre.

Avant de la jeter il s’interrompt pour intimer à Nobisa de reculer un peu. Ce dernier s'exécute, inquiet...

 

Le sorcier jette alors sa pincée dans le bol.

Un bruit de détonation retentit et un panache de fumée phosphorescente s’échappe du bol sous le regard surpris de l’enfant !

 

 

Quand la fumée s’évapore, Hingo risque un regard vers la préparation…

 

 

 

 

Son visage s’habille d’un sourire satisfait. Il le présente au jeune Nobisa.

 

-Tu sais ce qu’il te reste à faire ! »

 

 

Et le maudit obéit, se ruant d’un bond.

Le bonheur sur son visage !

 

 

 

 

Le remède est prêt.

Nobisa est impatient.

 

 

Bientôt il ne répandra plus de
TRACES DE SANG

Lui qui est sur le point d’être délivré.