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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 21

Le colosse force ses paupières encore lourdes à se relever. Il a mal dormi et encore sommeil, mais il a trop mal. Son corps courbaturé par son improbable position refuse de le laisser se reposer plus longtemps.

 

Péniblement il se redresse. Le flou devant ses pupilles se dissipe peu à peu. Alors il retrouve le chemin vers l’escalier. Le frisson de la descente lui redonne de l’énergie, lui qui risque de trébucher à chaque marche.

 

En bas, plus de docteur barricadé derrière sa forteresse de livres. Les ouvrages sont même presque rangés en d’immenses piles plaquées contre les murs. La place étant laissée à une grande table, avec au centre un assez grand bol qui semble luire.

Se penchant dessus, Razzia découvre un breuvage qui l’inquiète : d’un bleu ciel resplendissant, il agresse l’agréable lumière tamisée du logis. Sans parler de ses reflets phosphorescents.
Pire encore : il se remue tout seul, et le remous parle d’une voix éthérée

Par réflexe le guerrier s’en écarte. S’il ne dégaine pas face à ce bol, il manque de le faire quand le docteur Hingo surgit du coin de la pièce, les bras chargés d’une marmite.

 

 

« Ça ne va pas vous dévorer promis ! Et ce n’est pas pour vous ! prononce-t-il avec un rictus amusé.

 

À cet instant, la porte d’entrée s’ouvre. Un enfant qui ne parle pas la passe, un air ravi et deux losanges rocheux dans les mains.

 

« Eh bien puisque tout le monde est là, allons-y ! » s’exclame le sorcier.

 

 

Nobisa s’approche et pose ses trouvailles sur la table avant de reculer. Mais Hingo l’interrompt.

« Pas cette fois. Tu vas devoir le faire. »

 

 

Le jeune voyageur s’inquiète. Son visage stupéfait avec sa bouche bée aurait normalement laissé échapper un son.
Mais le bienveillant soigneur le rassure d’un regard avant de se mettre à le guider. Alors il se met à la tâche...

 

Précautionneusement, l’enfant maudit s’empare d’une pierre et la trempe dans le breuvage mystérieux. Le liquide semble absorbé par la roche, se répandant dans chaque fissure.
Quand tout le morceau se met à resplendir, Nobisa le repose et s'apprête à en faire autant avec le second...
Mais Hingo l’interrompt. Il lui indiquant que ces doigts ne doivent pas toucher le breuvage.
L’enfant obéit, et finalement se retrouve avec une seconde roche habillée de fissures bleutées. Dans le bol, plus rien ; tout le breuvage a été absorbé.

 

« Maintenant les choses sérieuses. Surtout reste calme. Vas-y doucement. Tout ira bien ! »

 

 

Dans un hochement de tête se voulant assuré mais qui tremblote malgré tout, l’enfant récupère la deuxième pierre.

 

 

Sous les paroles incantatoires du sorcier, il commence à les faire se rapprocher devant lui.

Semblable à deux aimants, les deux morceaux rocheux tremblent, voulant se dérober.

Plus les incantations se poursuivent et plus elles se calment.

 

« … SCELIEN ! »

 

 

Soudain un rayonnement sauvage illumine toute la pièce, à l’instant où les pierres se touchent ! Malgré le son cristallin qu’il émet, Razzia lève une garde de ses robustes poings.

Mais en vain : la lumière s’avoue vaincue et se résorbe dans les mains de Nobisa.

Toute la pièce retrouve son calme, tout éblouissement disparait, toute garde est baissée.

Et dans les mains en prière de l’enfant, il n’y a plus qu’une espèce de plus gros cristal presque translucide.

 

 

 

 

-Nobisa ! Est-ce que ça va ? s’empresse de demander le guerrier.

 

 

Pour première réponse, il reçoit un air ahuri.

Pour seconde réponse, les lèvres de l’enfant articulent des sons :

 

-Je vais bien, Monsieur Razzia. Je vais bien.

-Tu es sûr que ça va ?
La lumière était folle ! Tu n’as pas mal aux yeux au moins ?

 

-Non. Je vous dis que je vais bien.

-Et tu n’as pas mal aux mains non plus ? renchérit le guerrier.

 

-Non. Elles ont juste brillé.

-Pas de fatigue non plus ?

 

 

-… !
Pas… de fatigue…

 

Soudain l’ahurissement redouble.

Tant et si bien que l’enfant s’écroule sur ses genoux.

 

Les deux adultes se précipitent pour l’aider, inquiets !

Pourtant ils ne trouvent qu’un enfant au souffle certes fort, mais calme… Et dans ce visage qu’ils croyaient affolé, ils constatent au contraire un profond soulagement.

 

 

 

 

« Rien ne s’est déversé… prononce Nobisa d’une voix livide.

 

 

Cette parole intrigue l’un des adultes. Celui qui est armé.

 

« Rien ne s’est déversé… répète l’enfant, prolongeant l’incompréhension du colosse.
« Je n’ai rien vu… Pas de choses terribles, pas de pensées sombres…

Je… »

 

 

Hélas, toutes les protections de Razzia et du docteur Hingo n’ont pas suffi pour empêcher cette crise de larmes.

 

 

« Je suis guéri… ! »

 

 

À son tour, Razzia se sent fortement soulagé.

S’il ne laisse couler aucune goutte d’eau, ses pupilles tremblent comme jamais.
Sans vraiment comprendre ce qui lui prend, il s’agenouille et appose une main sur l’épaule de l’enfant. Il s’apprête à le serrer contre lui, mais ce dernier se dérobe, préférant étreindre le docteur dans ses bras d’enfant.

Razzia ne lui en tient pas rigueur.
Car en lui, une voix jubile. Celle du brasier.

 

Ce contretemps est terminé. Sa vraie quête peut reprendre.

Il a une vie à arracher.

 

Heureusement on vient à son secours :

 

-Allez ! À table ! Les guérisons ça se fête ! Vous me direz des nouvelles de mon louxig au pot !

 

 

Le brasier s’atténue. Étouffé par un gargouillis d’estomac.

Gêné mais surtout amusé, Razzia se lève alors pour partager la table du sauveur de Nobisa.

 

 

Ainsi la prédiction du docteur s’est réalisée : à l’heure du dîner, tout serait réglé !

Si l’enfant est impressionné, le guerrier incrédule demeure sceptique. Mais pour cette fois, il veut bien concéder deux choses.

 

La première, c’est que ce Hingo est définitivement un grand docteur.

La seconde, c’est qu’il est également un bon cuisinier !

 

 

Le repas est bon.

Tellement bon que si Nobisa ne l’avait pas désarmé de ces yeux subjugués, Razzia aurait dévoré tout le louxig. Alors qu’au vu de la taille de la marmite, il y aurait de quoi nourrir six personnes. Le docteur ne savait cependant pas qu’un Razzia affamé depuis trois jours compte pour quatre.

 

Ce dernier, par ailleurs, glisse au milieu du repas une question.

 

 

 

-Et maintenant, qu’allez-vous faire ? »

 

 

 

C’est la fin du tourment.

Nobisa est guéri à présent.

 

Maintenant le choix revient à Razzia de suivre
Ses TRACES DE SANG

Ou de trouver le courage de s’en libérer.