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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 22

« Et maintenant, qu’allez-vous faire ? »

 

Une question simple. Banale. Mais la plus importante de toutes.

Ce sont deux vies qui se décident en y répondant.

La première de ces vies se retrouve perdue dans ses pensées. Mais finalement, elle lève un visage empli de détermination.
La deuxième, braquant ses yeux sur la petite indécise, finit également de se décider.

 

-Je vais ramener cet enfant chez lui et je reprendrais ma route. prononce simplement Razzia.

 

Cela n’intrigue pas le docteur Hingo. Mais bien plus Nobisa, qui s’offusque presque :

 

-Que ? Mais pourquoi-

 

-Nobisa… Je devais juste t’amener à Niccoh. Rien de plus.
Alors sois reconnaissant que je te ramène aussi.

 

 

-Merci Monsieur Razzia mais s’il vous plait ne faites pas ça !

 

-Ne m’appelle pas monsieur.

 

-Et qu’est-ce que tu voudrais faire, mon jeune ami ? intervient le docteur.
« Tu avais l’air si déboussolé il y a deux minutes à peine ! »

 

-Je-Je ne sais pas mais je sais que je ne veux pas retourner là-bas ! Laissez-moi vous accompagner !

 

-Arrête. Tu ne ferais que me ralentir.

Je te ramène chez toi et tu y vivras ta vie.

 

-Mais Monsieur Razzia ! Je n’ai pas de vie à Tecres !

 

-Arrête de m’appeler monsieur. Je n’ai pas de vie à t’offrir là où je vais.

 

-Je trouverai ce que je veux faire en route ! Où est-ce que vous allez ?

 

 

 

Le colosse de Rymar répond avec un regard noir et une allure menaçante. Pour la première fois, le jeune compagnon se rend compte qu’il a l’air dangereux, au point de reculer la tête.

Heureusement il demeure raisonnable. Comprenant qu’il l’effraie, il formule une excuse en faisant cligner ses yeux et se recule à son tour sur son siège.

 

 

-Ce ne sont pas tes affaires. se fend-il durement en gobant un morceau de louxig.

« Là, la seule chose qui doit t’importer, c’est de profiter de ta vie maintenant que tu es guéri. »

 

-Et moi je veux profiter de ma vie pour voyager !

 

-Nobisa tu n’as pas l’air d’avoir plus de 12 ans.

 

-Ouais et alors ?

 

-À cet âge on ne part pas en voyage.

 

-Vous faisiez quelque chose de dingue à 12 ans dans votre patelin peut-être, monsieur Razzia ??

 

 

 

 

Cette parole est plus forte que le colosse et le paralyse dans son geste. Sa fourchette en tombe de sa main pourtant crispée.

 

À 12 ans… Il perdait son âme une première fois.

En perdant tout ce qu’il aimait pour ne garder que l’envie de faire payer les coupables. Sa première plus grande erreur.

Toutes les sordides images de ses années de brouillard ensanglanté repassent dans sa tête, dans un temps qui lui paraît infini.

 

 

Quand enfin Razzia revient à lui, il est inquiet. Préoccupé par ce temps trop long et surtout par ce que les autres pourraient être en train de penser…

En promenant son regard anxieux, il découvre des visages qui l’attendent, sans le juger. Ça ne le soulage guère.

 

 

-Je t’ai dit de ne pas m’appeler monsieur. esquive-t-il avec une nouvelle bouchée.

 

 

 

 

C’est alors que quelqu’un profite de cette esquive. Car quelque chose le pèse trop.

 

 

-Désolé, mais… Il faut que je vous le dise.

 

 

Les yeux de Razzia et de Nobisa se posent sur le docteur Hingo comme s’il était une créature fantastique. Ils ne lui reconnaissent pas cet air penaud.

 

 

 

-Nobisa… Tu n’es pas guéri.

 

 

 

À son tour l’enfant lâche son couvert. Il manque de lâcher des larmes. Seulement le guerrier est plus prompt à s’indigner.

 

 

-Expliquez-vous vite !

 

 

 

 

-Pardon. J’aurai dû le dire.
L’amulette que tu portes… Elle n’a pas chassé ton mal. Elle en supprime juste les effets, tant que tu la portes sur toi.

 

 

 

Les yeux de l’enfant se remplissent de plus en plus tandis que les mains de l’ancienne ombre se rapprochent de son arme.

 

-Pourquoi vous ne l’avez pas débarrassé de cette connerie ?!

-Je vous avoue que je n’en suis pas capable.
J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour vous aider. Mais il vous faut quelqu’un d’autre, plus versé dans les sciences occultes.

 

 

La tête du jeune toujours maudit se penche lourdement. Tant et si bien que les robustes mains ne libèrent aucun Léviathan, trop désarçonnées par cet abattement profond.

 

 

 

« Mon maître… Lui, je pense qu’il pourrait vous guérir. C’est lui que vous devrez trouver. Je suis sincèrement désolé de ne pas pouvoir vous aider plus… »

 

 

Au tour du docteur d’être abattu. Mais on vient l’aider à se relever.

 

-Vous avez fait ce que vous pouviez… Et pour ça merci du fond du cœur. répond l’enfant, les yeux humides tordant sa voix.

Sa sincère reconnaissance finit de désarmer le guerrier.

 

 

« Où… Où peut-on trouver votre maître ? »

 

Le doux sourire retrouvé par Hingo disparait de nouveau.

 

 

-Là ça se complique… J’ai juste eu la chance de le croiser lors de son pèlerinage dans la région. Il est resté pour m’apprendre des rudiments avant de repartir. Sa dernière trace était à Matasa.

 

 

 

À ces mots, des yeux se transforment.

Deux paires s’arrondissent, pour des raisons différentes : l’une de surprise, l’autre d’exclamation. La première dévisagée par la seconde.

 

 

Une étrange gêne s’empare du visage fixé si intensément. La douce viande du dîner semble être devenue bien dure. Elle se pare d’une saveur amère, assaisonnée par ces yeux si désireux.

Razzia se force à finir de la mâcher. Sévèrement.

 

-Vous me forcez la main. gronde-t-il.

 

Les regards deviennent alors penauds, abattus. Ils soufflent un vent de culpabilité qui assèche les braises énervées de cette coïncidence indésirable.

 

Alors le colosse se résigne encore, dans un soupir encore ardent.

 

-Tu peux venir avec moi jusqu’à Matasa. Mais nos routes se sépareront sitôt que tu retrouves la trace de ce…

 

-Myksval. C’est son nom. Je vous dirai tout ce que je sais de lui !

 

-…
Jusqu’à ce que tu retrouves ce-

 

 

La fin du dîner devra attendre. Razzia est bloqué.

Par une tendre accolade.

 

 

Razzia se fige.

Surpris par son propre revirement.

 

Mais sans ressentir au fond de lui que

Ces TRACES DE SANG

Sont un peu nettoyées par ce câlin et ce sursaut d’humanité retrouvée.