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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 23

Encore une nuit. Une dernière.
Et la voilà déjà finie.

L’astre du jour est encore bas, mais déjà il éclaire un départ. Encore quelques affaires à rassembler et… Ça y est.

 

La porte s’ouvre sur la lande encore somnolente. Il n’y a guère qu’une légère brise qui soit levée, chatouillant la frimousse heureuse de Nobisa.
Même s’il est alourdi de cernes, c’est le cœur et le pas légers qu’il franchit le seuil de la maison du docteur, attisé par une grandissante curiosité.

Razzia quant à lui demeure dans le cabinet médical. Il règle la consultation.
Du moins il le voudrait mais Hingo l’en empêche.
Quand le colosse insiste, il s’emporte et s’enflamme. Au point que le guerrier doit attendre que le feu consume le souffle du médecin pour négocier.

 

Le paria ne sera pas payé pour avoir envoyé un patient se perdre dans les bois, et le guerrier ne règlera pas une consultation qui n’a pas complètement guéri son compagnon. Pas avec des kishus, du moins.

Il payera d’un service : il aidera le docteur dans son métier, une fois encore.
Lui qui ne peut pas se déplacer pour rencontrer une jeune patiente, il confie ses bons soins au porteur du Léviathan. Ce petit paquetage que reçoit Razzia, c’est l’aboutissement des pourparlers.

Enfin.
Tout est réglé.

De dernières poignées de main. De dernières recommandations.

Et voilà. Un autre chapitre clos.

 

Razzia et Nobisa s’en retournent sur les routes.

Mais peu de temps.

 

 

Car leur prochaine destination c’est Niccoh.

Encore.

Et la voilà déjà. Au pied de cette colline.

 

 

La ville n’a pas changé. Extérieurement du moins.

Intérieurement…

Elle n’a pas tant changé non plus.

 

 

Les rues bougent avec la journée qui s’avance. Comme le soleil est bientôt au zénith, l’entrain pour le travail se mue doucement en envie de manger. Une envie de plus en plus lisible sur les visages.
Rien d’inhabituel. Et surtout : rien d’hostile.

Tout le monde vaque sans prêter attention à Razzia ou à son acolyte, tapi près de lui. Les regards qu’ils finissent par attirer se figent davantage sur la carrure et l’armement du colosse.
Certains envieux, d’autres admiratifs ; jamais sévères, pincées, agressifs.

Les habitants ont la mémoire bien courte. Mais ça arrange les deux voyageurs, alors qu’importe !

 

C’est sereinement qu’ils progressent, tournent, et malgré l’embrouille colossale de Razzia qui a manqué de se perdre, les revoilà sur la place de la fontaine.

 

 

De là, ils repèrent une maison bien particulière.

Quand ils y frappent, le son qui leur parvient n’est pas celui auquel ils s’attendaient…

 

« Éloignez-vous ! Cette maison est maudite ! »

 

Ce n’est pas la porte. Ni même un résident.

Ce n’est qu’un inconnu, derrière eux. Étrangement, son visage est bardé de peur

 


-Qu’est-ce que vous racontez ? demande le guerrier avec un début de lassitude.

 

-La famille de cette maison a été maudite par le sorcier !

 

 

À ces mots, nombre de gens qui jusque-là restaient spectateurs de la scène s’approchent et s’agglutinent, malgré l’indication de l’inconnu.
Cela déplaît aux voyageurs et à leurs efforts de rester discrets.

Il leur faut chasser cette attention indésirable.

 

 

-Un sorcier ? Darkhell ?

 

 

-Permettez-moi de vous raconter. s’avance un autre inconnu pas plus vieux que le précédent mais paraissant plus calme.

« Il y a pas si longtemps il y avait un médecin. Il était très doué et dédié corps et âme à ses patients, de jour comme de nuit. Il a même financé la construction de l’hôpital !

Mais un jour il s’est intéressé à la magie. Sous prétexte que c’était pour mieux soigner. Et on a fait l’erreur de le croire. Toutes les nuits il venait empoisonner cette fontaine, un monument historique de notre ville ! Alors nous l’avons chassé ! »

 

 

Voilà donc l’histoire du docteur. Pas de quoi en être fier, c’est vrai.

 

-Comment vous savez qu’il a empoisonné l’eau ? Quelqu’un en a bu ? intervient Nobisa, intrigué.

 

-Bien sûr que non ! intervient une femme. "Quand on a compris qu’il se faisait discret pour venir ici vous pensez bien qu’on s’est méfiés !"

 

 

-Donc… Personne n’a vérifié si l’eau était vraiment empoisonnée ?
Et puis… Pardon mais s’il s’y rendait tard, c’est normal de vouloir rester discret, non ?
Pour ne pas déranger…

 

 

-Nobisa… tente de tempérer Razzia en voyant les traits de la foule se déformer d’outrage.

 

 

-Vous êtes sûr.e.s qu’il ne venait pas juste pour… Boire ?

 

 

L’outrage devient trop grand. La foule commence à fulminer.

 

 

 

-Eh bien allez dire ça à la fille Ellba ! reprend fougueusement le premier inconnu. "Elle ne peut plus voir le soleil à cause de lui !"

 

-Comment vous pouvez savoir que c’est sa faute ?

 

-Qui d’autre ?! s’emporte à son tour la femme. "Et il a feint de ne pas réussir à la guérir même en une journée entière !"

 

-Pourquoi vous tenez tant à vouloir le défendre ? Vous êtes de ces disciples ? calme durement celui qui paraît plus sage.

 

 

Du moins, avec un ton calme.

Les mots jetés indignent encore davantage les badauds agglutinés. Ils ne regardent plus ; à la place ils toisent.
L’enfant, comprenant qu’il en a trop dit, se met à craindre ce monde.

Soudain les assauts silencieux se retrouvent parés par le grincement d’une porte qui s’ouvre, derrière les deux voyageurs.

Dans l’ombre du logis se tapie une fillette livide et craintive, que les deux reconnaissent.

La foule aussi et, malgré la distance, s’en éloigne davantage d’un pas en arrière.
Seul Razzia s’approche, lui tendant son paquet, agrémenté d’une parole bienveillante :

 

 

-C’est de la part du docteur Hingo.

 

 

À ces mots la jeune fille brave sa crainte et reçoit dans ses mains le colis. En l’ouvrant, elle y découvre une fiole à fond rond rempli d’un liquide doré.

Lorsque la ville découvre à son tour la nature de l’objet elle panique et se jette à l’assaut !

Mais la tétanie surgit de nouveau et les stoppe net quand ils voient la petite boire d’une traite le liquide.

 

 

Lentement ils perdent de leur rage en l’observant regagner des teintes plus humaines.

Une fois la dernière goutte avalée, elle a retrouvé toutes ses couleurs.

Les yeux écarquillés, tremblotante, elle étend son bras sur le pas de la porte.

 

 

 

Pas de brûlure…

 

 

 

Elle avance sa tête…

Toujours rien…

 

 

 

Elle fait quelque pas sous les regards inquiets...

Ses tremblements se tarissent quand elle lève ses yeux au ciel.
Elle goute avec plaisir la chaude caresse du soleil sur son front et ses joues…

Soudain l’euphorie s’empare d’elle ! Ivre de joie elle court, saute, danse en pleurant de joie !

Tellement euphorique qu’elle ne voit ni les regards des autres se radoucir ni les traits se tendre quand ses pas la portent sur le perron de la fontaine maudite !

 

 

Et ce qui devait arriver arriva : la petite trébuche et tombe la tête la première dans la fontaine.

De terribles secondes voyant d’horribles bulles se former à la surface de l’eau claire s’écoulent sans que personne n’intervienne, trop effrayés.

Seul un colosse torturé s’approche et sauve l’euphorique.


Elle a bu la tasse. Mais elle n’est pas blessée, juste mouillée. Et son euphorie, rincée.

 

-Il te conseille de faire attention où tu marches. Évite les cercles bizarres dans les champs. conseille-t-il en la reposant sur le sol.

 

 

Plus calme, elle s’en retourne chez elle en essorant ces vêtements.

Les regards inquiets s’attardent d’abord sur elle avant de se poser sur l’étrange colosse qui les abandonne avec son jeune compagnon.

 

-Qui êtes-vous ? lance l’individu plus calme, la voix hérissée d’une pointe d’inquiétude.

 

 

L’espace d’un instant, celui où il se fige, Razzia ne s’exprime guère.

Ce qui ne l’empêche pas de réfléchir à une réponse à donner à ces visages qui se tendent.

 

 

Quand finalement, il trouve la meilleure réponse :

 

-Je suis venu aider. Rien de plus. »

 

 

 

 

Il dit d’un tel aplomb que personne ne daigne l’arrêter.

 

 

Razzia et Nobisa s’éloignent.

Leur dette a été payée.

 

Cette fois aucune

TRACE DE SANG

Rien que de la méfiance et une enfant guérie.