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Fanfictions

Traces de Sang: Chapitre 26

« … Puissent les bons dieux t'accorder paix et amour
Toi âme douce qui t'envole loin d'ici
Et si ton étoile ne brille pas le jour
C'est dans nos cœurs que pour toujours tu resplendis. »

 

 

Ainsi parle et achève Troubadour. Alors Razzia finit d’enterrer ce pauvre trépassé de Tergiverse. Le dernier.

Autour d’eux il n’y a plus que des tombes, renfermant chacune une âme apaisée par des notes ailées. Troubadour de son cœur assez grand a su trouver des mots pour chacune d’entre elles. Mais malgré tous les éloges funèbres envoyés, ça ne l’a guère allégé.e.

Son lourd travail l’attends.
S’iel est, quelque part, heureux.se de retrouver les routes des mélodies et les sentiers poétiques, iel ressent aussi toute la gravité de son nouveau devoir. Tergiverse était vivante de tous les mots qu’elle contenait ; les siens suffiront-ils à lui rendre honnête hommage ?

 

L’ampleur est telle qu’elle résonne en ellui en une multitude d’ondes à la surface de son flot de pensées. Iel demeure interdit.e, transi.e. Ses doigts font frémir sa harpe et laissent échapper des arpèges.
Les deux voyageurs ne disent rien et lae laissent tranquille. Doucement les notes troublées, semblables à de petites gouttes d’eau qui coulent sur des joues, s’emballent pour devenir une forte pluie. Plusieurs secondes durant elle s’abat dans des tintements cristallins.
Sous cette averse de notes, Troubadour lève son visage vers le ciel. Les yeux clos, accueillant avec apaisement les rayons du bienveillant soleil. Dans cette chaleur iel croit reconnaître ses pairs partis. Lae barde prend une grande inspiration et accepte pleinement sa nouvelle réalité.

Iel est en vie. Et iel ne la gâchera pas.

 

 

L’orage se tarit, se changeant en une éclaircie muette.

Le silence résonne un peu auprès des trois âmes. Puis Nobisa s’approche lentement :

 

 

-Nous nous rendons à Matasa. Vous voulez nous accompagner ?

 

Troubadour regarde l’enfant bienveillant, quelque peu incrédule. Puis ses yeux se portent sur la montagne qui voyage à ses côtés.
Surpris ils la découvrent plus triste qu’ellui malgré l’absence d’humidité sur son visage. Quand Razzia acquiesce la proposition de son jeune compagnon, son hochement de tête compatissant est empli de compréhension.

 

 

Alors lae barde acquiesce à son tour, d’une paire de notes de son instrument.
Et tous trois font route vers le port.

 

À la sortie de la ville, lae ménestrel.le se retourne une dernière fois. Tendant bien haut sa harpe, iel envoie de touchantes dernières notes à son foyer.

 

Repose en paix, Tergiverse.

 

 

 

La route en sens inverse est tout à fait silencieuse.

Razzia pour la seconde fois ressent le poids de quitter un charnier. Bien qu’il n’ait rien à envier à celui qui pèse sur ses compagnons.

À commencer par Troubadour : ellui que le monde émerveille pourtant sans cesse avec ses collines, son ciel, sa vie, ne jette plus que des regards encore trop tristes. Ses yeux sont encore trop chargés du vide qu’ont laissés tous ses compatriotes envolés.

Ceux de l’enfant, au contraire, portent loin. Car s’il n’ignore pas qu’il n’est en rien responsable de cette tragédie, une petite voix lui reproche d’avoir voulu ce détour, qu’il doit en payer le prix. Il aurait voulu faire plus.
Encore une forte douleur de l’impuissance qui frappe.

Alors son regard veut fuir en se posant le plus loin possible.

Et voilà qu’il se pose… Sur une forme massive encore floue qui se rapproche de plus en plus.

 

 

-Regardez ! s’exclame Nobisa. Des gens se rendent à Tergiverse ! Il faut qu’on leur dise ce qu’il s’est passé !

 

 

À ces mots, Troubadour accorde sa harpe tandis que le vent de l’inspiration souffle dans sa tête des mots tout neufs.
Razzia quant à lui plisse davantage les yeux. Il ne porte plus de lunettes depuis longtemps sans que sa vision soit foncièrement meilleure.
Il lui faut quelques secondes et quelques pas de plus pour reconnaitre ce qui s’approche.

 

-C’est la milice rymarienne. Vous devriez peut-être vous abstenir de rimer pour cette fois.

 

À ces mots, lae barde joue des notes paniquées avec sa harpe. Son visage perd toutes ses teintes, au point que même la fatigue de sa tâche disparaisse sous sa pâleur.

 

 

« Euh ! Désolé ! Je ne voulais pas- Je voulais vous aider je- » essaye de se rattraper Razzia décontenancé…

« Vous-Vous savez quoi oubliez ce que je viens de dire ! Faites des rimes si vous voulez ! Évitez juste d’être trop lyrique où ils risquent de ne pas bien vous comprendre… »

 

 

À ces mots, l’expression de l’aède s’éclaire, accompagnant une résonnante note aigüe.

L’affaire est entendue. Nos héros pressent le pas à la rencontre du corps armé. Troubadour se détache du cortège pour prendre les devants.

 

Arrivé devant elleux, iel les arrête d’un salut et implore leur aide. Ses mots allégés de poésie l’irritent, mais il le fait pour sa patrie.
Hommes et femmes en armure l’écoutent… Quand soudain leurs yeux se posent sur les deux voyageurs.

Instamment iels ignorent lae ménestrel.le et sa complainte pour dégainer leurs lances sous le menton du guerrier !

 

 

-Vous ! Déclinez votre identité ! scande un milicien !

-Mais qu’est-ce que-

-Pas un geste ! Répondez ! reprends dans un coup de lance une soldate hargneuse !

-Je-Je m’appelle Razzia ! Je suis de Rymar !

 

À ces mots la petite armée s’emballe.

-C’est lui !
-Il correspond au signalement !
-On l’a rattrapé !

 

-Qu-Quel signalement ? demande Razzia incrédule.

 

-Razzia, au nom de la justice, vous êtes en état d’arrestation ! annonce durement la guerrière la mieux armée !

 

-C’est injuste ! De quoi est-il accusé ! s’emporte Nobisa !

 

-Destruction de bien, menace armée et violence. Ça vous parle ?

 

- !!

 

-Cheffe ! s’exclame un troufion affolé. On a un plus gros problème !

 

Sans relâcher son arme ou son attention, la cheffe suit le doigt de l’homme à ces ordres.

Un doigt tremblant qui pointe vers… Les ruines d’une ville.

 

-Par tous les dieux… Toi, toi et toi, foncez ! Cherchez des survivants ! ordonne-t-elle à ses milicien.nes.

« Et toi… déclare-t-elle au colosse à la tête baissée…
T’as intérêt à garder le silence. Tout ce que tu diras sera retenu contre toi. Et j’espère que t’es blindé de thunes pour ton avocat. »

 

Aucun risque pour le silence : son esprit est empli d’une telle panique qu’aucun mot ne pourrait sortir sans être atrocement mutilé.
La panique d’avoir été rattrapé par son affreux passé…

 

-C’est injuste ! Il n’a rien fait de mal !

 

-Dégage le mioche ! Laisse-nous faire notre boulot ! lance-t-elle en poussant le petit compagnon de Razzia !

Déséquilibré il recule avant de tomber durement sur le sol !

 

-Arrêtez ! gronde Razzia, sa panique chassée par une colère naissante !
« Cet enfant n’a rien fait de mal ! »

 

-Eh bien on verra ça !

 

Par la suite, Troubadour aide Nobisa à se relever. Tous deux assistent impuissants à l’arrestation du guerrier.

Ses mains si bienveillantes qui ont tant aidé à offrir une sépulture se retrouvent meurtries dans des fers serrés.
Et son sabre, s’il a beau tempêter, les gardes le lui ravissent. Même s’iels regrettent immédiatement, atterré.e.s par le poids de l’arme.

 

Les soldat.e.s détaché.es à Tergiverse reviennent, les traits tirés d’horreur, frappés d’un même hochement de tête lourd, de droite à gauche. Les pointes dressées autour de Razzia se rapprochent davantage et le piquent pour le faire avancer.

Finalement, le cortège se met en branle sous l’incompréhension de l’enfant et du barde.

 

 

L’odyssée se stoppe.

Razzia est aux arrêts.

 

Ayant remonté sa piste en suivant ses

TRACES DE SANG

La justice a fini par le retrouver.