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Fanfictions

À travers la culpabilité - 2

J'arrivai au grand lac du village. Je cherchais Jadina du regard, mais rien. Soudain, j'aperçus une silhouette flottant à la surface. Non... 

 

— JADINA !!! 

 

Elle flottait dans une bouée, son corps pâle par la froideur extrême de l'eau. La glace était brisée à l'endroit où elle était. Elle ne répondait pas. Elle avait les yeux fermés. Est-elle... ? Non. Je ne dois pas penser à ça. J'ignore comment l'atteindre. Avec toute cette glace fragile, je risque de tomber au moindre pas. Je retirai mes bottes, mon manteau et mon pull. Le froid m'attaqua, mais l'idée qu'elle puisse mourir de froid me détruisait encore plus. J'engageai un premier pas sur la glace. Puis un deuxième. Cet enfoiré d'Erman l'avait amené loin. Mais je ne reculerai pas. Au fur et à mesure que j'avançai, la fine couche de glace se brisait à quelques endroits autour de moi. En plusieurs enjambées, j'atteignis enfin Jadina. Elle était méconnaissable. Ses cheveux flottaient dans son dos, ses lèvres autrefois rosées étaient violettes. Sa peau était encore plus blanche que la neige. Je me sentis terriblement coupable. Je m'accroupis, et la hissa hors de l'eau. Mais la glace sous moi se brisa, me faisant perdre l'équilibre. Je faillis lâcher Jadina, mais je la rattrapai in extremis. Sans réfléchir, je la portai contre moi, et courus jusqu'au bord. La grande majorité de la glace se fissura derrière mon passage, mais j'étais sauf. 

J'étalai le corps de Jadina dans mes bras, cherchant un quelconque souffle d'elle. Elle respirait, mais très faiblement. Toujours avec tendresse mais urgence, je lui ôtai son manteau trempé ainsi que son pull, lui aussi mouillé. Je lui enfilai mon pull sec et mon manteau. Je ne pris même pas la peine de ramasser ses affaires, et la ramenai au chaud le plus vite possible. 

 

***

 

PDV Jadina

 

Des voix floues parvirent à mes oreilles. Je ne sentais plus mon corps. J'étais congelée. Mes doigts, eux, étaient chauds. Ils étaient pressés dans un étau de chaleur. Faiblement, j'ouvris les yeux. Je reconnus la chambre de Danaël. Nos nombreuses photos ne laissaient planer aucun doute. Je croisai le regard de Miriana. Son visage s'illumina. 

 

— Danaël... Elle est réveillée, murmura-t-elle.

 

Une tête blonde se releva à grande vitesse. Il était agenouillé au bord du lit, et serrait mes mains. Son regard azur trouva le mien.

 

— Oh ma princesse... Tu es là... Tu vas bien ? 

 

Sa main caressa ma joue, et je fermai les yeux. 

 

— Je crois, oui... 

 

Une digue céda en lui. Il se leva et me prit dans ses bras. Il enfouit son visage dans mon cou, et pleura. J'eus tout juste la force pour poser une main dans ses cheveux, et les caresser. Il parsema mon cou de baisers, et je soufflai de soulagement. Même Miriana laissa couler une larme. Il se redressa et me regarda. 

 

— J'ai... j'ai eu tellement peur... Peur de te perdre, ma princesse. 

 

J'essuyais du pouce le filet de larmes qui coulait sur la joue. 

 

— Je savais bien que l'homme que j'aimais était toujours là... répondis-je avec un sourire. 

 

Son souffle se brisa. Il m'embrassa tendrement, ses doigts caressant ma peau encore froide. Je sentais toujours que mes lèvres étaient comme figées à cause du froid, mais la chaleur des lèvres de Danaël leur faisait retrouver leur mobilité. 

Quand elles se séparèrent, il colla son front contre le mien. 

 

— Je ne t'abandonnerai plus jamais. Même si j'ai peur. Même si je doute. Je ne peux pas vivre sans toi. 

— Même si tu recommences, je te poursuivrai encore et toujours. 

— Je t'aime, mon cœur. Pardonne-moi de t'avoir fait souffrir... 

— Je t'aime, mon amour. Tu es tout pardonné.

 

Il scella sa déclaration avec un autre baiser, puis il s'assit au bord du lit, toujours en gardant ses mains dans les miennes.

 

— Comment tu te sens ? 

— Le haut du corps, ça va, répondis-je. Mais… je ne sens pas mes jambes. 

 

Son regard s'assombrit d'inquiétude. Sans se retourner, il dit :

 

— Mamie, appelle un médecin. Vite. 

 

S'y attendant déjà, Miriana descendit dans le salon. 

 

— Pourquoi ? demandai-je. 

— Je t'ai retrouvé dans l'eau du lac. J'ignore combien de temps tu y es restée, mais il faut consulter. 

— ... Un homme m'a fait ça. 

 

Sa mâchoire se crispa. Il sait.

 

— Oui. Erman. 

— Il veut se venger de toi, Danaël. Ce type est dangereux. 

— Non. Il est dangereux pour toi. Ce gars est comme son frère. 

— ... Raconte-moi, Danaël. S'il te plaît. 

 

Il hocha la tête, et s'assit à côté de moi. Je me blottis contre lui, et il entoura mes épaules de son bras. 

 

— Un an après être arrivé là, des rumeurs couraient dans le village. Un homme était à ta recherche. Bien que j'éprouvais toujours de la culpabilité, je ne pouvais pas rester sans rien faire. Tu te remettais probablement du combat, alors je devais agir. Je finis par découvrir que cet homme qui te traquait n'était autre que le chef du groupe criminel que nous avions combattu. Il voulait sa vengeance. J'avais d'abord essayé de lui parler calmement. Mais il était focalisé sur son désir de te tuer. Tu me connais, je ne pouvais pas le laisser partir. Alors, je l'ai tué. J'ai simulé une attaque animale. Ça a marché. Mais j'ignorais qu'il avait un frère... 

 

Il voulut continuer, mais il ne trouva plus les mots. Je posai ma main sur son cœur. 

 

— Je pensais... Je pensais que tu m'avais oubliée... Ou que tu ne m'aimais plus... 

— T'oublier ? 

 

Il ricana amèrement. 

 

— Jadina... Tu es ma seule et unique raison de vivre. Même à des kilomètres. 

 

Il laissa glisser une de mes mèches entre ses doigts. 

 

— Ta grand-mère m'a dit que tu avais refusé les avances de certaines filles..., le taquinai-je. 

— C'est vrai. Et je recommencerais autant de fois qu'il le faudra. 

 

Je lui souris, et il déposa un baiser sur mon front. 

 

— Je te promets que je retrouverai Erman. Je le ferai souffrir, pour ce qu'il a osé te faire.

 

J'étais d'accord avec lui. Et je ne le retiendrai pas. 

 

— Avant ça, tu restes ici, avec moi. 

— Tout ce que tu voudras, ma chérie.

 

Miriana toqua à la porte, et entra. Un médecin âgé était derrière elle. Danaël lui expliqua la situation. Le médecin souleva la couverture, et je n'étais pas du tout à l'aise. Je n'avais que le pull de Danaël, qui était certes long, mais sinon, je n'avais que mes sous-vêtements. Je lançai un regard apeuré à Danaël qui comprit immédiatement. Il prit une couverture, la plia, et la déposa sur mon bassin. 

 

— Ce n'est pas pratique, fit remarquer le médecin, ses mains toujours sur mes cuisses.

— Elle est tout aussi gelée en haut des cuisses, si c'est votre question, répliqua froidement Danaël en lui lançant un regard assassin. 

 

Le médecin ne rajouta rien. Après m'avoir examiné, il conclut.

 

— Le contact prolongé avec l'eau froide a paralysé ses jambes. Elles ont besoin de chaleur. Je vous conseille donc de prendre un bain. Mais allez-y progressivement. Une jambe après l'autre. Pas plus d'une heure. 

— Très bien. Merci, docteur. 

 

Miriana le fit redescendre. Une fois la porte fermée, Danaël inspira. 

 

— Bon. Je vais aller faire chauffer de l'eau dans la baignoire. Ne bouge pas de ce lit. 

 

Je souris malicieusement. 

 

— Sinon quoi, beau chevalier ? 

— Sinon je serai obligée de prendre ce bain avec toi. Ne me tente pas. 

— Oh... Dans ce cas, je pense que je vais m'évader de ce lit plus d'une fois ! 

 

Il éclata de rire, et rentra dans la salle de bain, juste à côté. Peu de temps après, il en sortit, et de la buée s'échappa. 

 

— L'eau est prête. Tu veux que je t'aide à te lever ? 

— Non, ça va aller. Merci. 

 

Je commençai à mettre un pied au sol, puis l'autre, jusqu'à me lever complètement, sous le regard attentif de Danaël. Je voulus avancer, mais mes jambes me lâchèrent. Je manquais de m'écrouler, mais Danaël me rattrapa par la taille. 

 

— Doucement, beauté. 

 

Il me souleva complètement, et m'emmena dans la salle de bain. Je me déshabillai, et assise sur le rebord de la baignoire, je rentrai mes pieds dans l'eau. J'eus l'impression de brûler. 

 

— Prends ton temps, surtout. Il ne faut pas que ce soit brusque. 

 

Je hochai la tête, puis glissa la jambe droite, puis la gauche. Le contact me piqua, mais il le fallait bien. Je rentrai finalement tout mon corps, et soupirai. 

 

— Ça va ? me demanda mon homme. 

— Oui, beaucoup mieux. Merci... 

 

Un silence s'installa. Pas pesant, pas gênant. Danaël resta assis à côté de la baignoire, ses doigts caressant le dos de ma main. 

 

— Tu sais... Je ne suis pas parti tout de suite, dit-il soudain. 

 

Je fronçai les sourcils.

 

— ... Comment ça ? 

 

Il prit une grande inspiration, comme si ça lui coûtait de dire ces mots. 

 

— Quand tu as été admise à l'hôpital, tu étais inconsciente. Endormie. J'avais été soigné de force par le professeur Vangelis. Après un mois à rester dans ma chambre, ici, j'ai décidé de revenir à Orchidia. J'avais besoin de te voir. De voir si tu allais bien. Et quand je t'ai vu, dans ta chambre d'hôpital, en train de regarder une photo de nous, je me suis dit qu'il fallait que je te parle. Mais... je n'ai pas réussi. Les images du combat défilaient dans ma tête, et la culpabilité était trop forte pour moi. Tu avais Gryf, Shimy, Razzia... Tu n'étais pas seule. Et j'avais besoin de temps pour me pardonner moi-même, bien que je ne crois pas pouvoir y arriver un jour... Mais sache que je n'ai jamais cessé de penser à toi. Et que partir, même pour ton bien, me déchirait le cœur. 

 

Ma main se resserra sur la sienne, et soulevai son menton pour qu'il me regarde. 

 

— Je te pardonne tout. Absolument tout. Je comprends que ça n'a pas été facile pour toi. Et tu es venu me sauver, encore... Tu n'as rien à te reprocher, d'accord ? 

 

Il me sourit, avec une lueur d'espoir dans les yeux. Il embrassa ma tempe, et se releva. 

 

— Je vais aider ma grand-mère à mettre la table. Je reviens souvent. Prélasse-toi. 

 

Quand sa main glissa de la mienne, je la retiens par un doigt. 

 

— Promis ? 

— Promis. 

 

***

 

PDV Danaël 

 

Une demi-heure plus tard, j'aidais Jadina à sortir du bain, puis à l'habiller. Je brossais ses longs cheveux bruns - qui avaient vaguement poussé depuis deux ans - tandis qu'elle appliquait du baume cicatrisant sur ses quelques bleus. Quand mamie nous appela pour le dîner, nous descendîmes dans la salle à manger. Mais Jadina s'arrêta à la première marche, s'appuyant au bois sur les côtés. Une expression de douleur se forma sur les traits de son visage. 

 

— Qu'est-ce que tu as ? m'inquiétais-je. 

— Je... Je n'arrive pas à descendre les marches. Marcher, ça va mieux. Mais, descendre des marches... 

 

Je passai un bras dans son dos et l'autre sous ses genoux, et la soulevai pour l'emmener sur la chaise autour de la grande table. 

 

— Merci... me souffla-t-elle.

 

Je lui fis un clin d'œil, et pris place sur la chaise à côté d'elle. Mamie s'installa en face de nous, et nous tendis nos assiettes remplies d'un gratin dauphinois. Nous la remerciâmes, et commençâmes à manger. D'abord dans le silence, puis mamie Riri posa une question à Jadina. 

 

— Dîtes-moi, ma jolie, comment avez-vous fait pour vous adapter à la vie des Légendaires ? Passer du château à une auberge, ça ne doit pas être simple. 

— Oui, c'était compliqué au début. Demandez à Danaël, je me plaignais à chaque minute ! 

 

Je ris brièvement, les souvenirs revenant. 

 

— Mais... Je me sentais mieux. J'avais besoin de me rendre utile. Avec le groupe, j'ai pu devenir une autre personne. Et jamais je n'aurais cru pouvoir m'aimer moi-même... et être aimée. 

 

Elle m'adressa un regard reconnaissant. J'entourai sa cuisse de ma main.

 

— Tu n'étais pas si exécrable que tu ne le penses ! À vrai dire, tu n'as même pas eu besoin de faire grand-chose pour me faire succomber…

 

Elle détourna les yeux, ses joues virant au rouge. 

 

— Je préfère te voir heureux comme ça, mon chéri ! s'exclama Miriana. 

 

Le reste du repas se déroula sans problème. Mamie montra un ancien album photos de moi bébé, et Jadina ne cessait de rire et admirer. Mais vers 22 heures, les paupières commencèrent à s'affaisser. Après avoir salué et remercié ma grand-mère, je pris Jadina dans mes bras, et la monta dans ma chambre. Je lui tendis un pull à moi, gris, qu'elle enfila. Tandis que je fermai le volet, je sentais son regard sur moi. Elle me regardait, allongée dans mon lit, presque timide. Je me glissai sous les couvertures avec elle, et elle posa sa main sur mon cœur, comme elle le faisait souvent. 

 

— Il n'y a pas d'autres endroits où je préfèrerais être, si ce n'est avec toi, me confia-t-elle. 

— Moi non plus...

 

Ses lèvres trouvèrent les miennes, dans un baiser passionné. Sa tête contre mon épaule, je plaçai une main dans son dos pour la maintenir contre moi, tandis que sa main caressait ma joue. 

 

— Je t'aime, Danaël, murmura-t-elle, ses yeux dans les miens. 

— Je t'aime de tout mon cœur, Jadina, lui chuchotai-je, mes doigts se mêlant dans ses cheveux. 

 

Elle me sourit, et s'endormit, fatiguée mais apaisée. J'embrassais son front et lui répétai encore :

 

— Je t'aime... 

 

FIN

***La version non-censurée est disponible sur Wattpad. Si vous êtes trop jeunes ou âmes sensibles, ne la lisez pas. 

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Jadina.C@momille
Le lun 30/03/2026 - 18:17

Waaaaaaaaaw !!!!!!!!!

❤️❤️❤️❤️❤️❤️❤️❤️