Vis pour nous deux, Nadia
{Partie 4}
Le monde elfique est tellement beau. Et très différent de celui que j'imaginais. Avec le mensonge des dieux, le commerce Alysien et elfique a dû cessé. Et le paysage elfique en a payé le prix. Alysia peut subvenir seule à ses besoins planétaire. Pour Astria, un peu moins peuplée, c'est plus difficile. J'ai entendu dire que les tout petits villages elfiques se sont pilés de multiples fois, affamant les paysans et ruinant les coffres. Certains ont dû mourir de faim, d'autres devaient se tuer à la tâche, essayant de sauver leurs femmes et enfants pour les nourrir. En tout cas, les terres sont sont asséchés. Du moins, celles qui apparaissent dès que nous quittions l'enceinte du port.
Je dirais que cela fait une heure que nous marchions. Le soleil se lève petit à petit. Lorsque nous sommes partis, les étoiles illuminaient encore notre route. Mais, la nuit a laissé place au jour, avec son soleil chaud et pour certains rassurant. Si on devait me demander de choisir entre *Lune* et *Soleil*, je choisirai la Lune. Dans la nuit étoilée, je me suis toujours sentie mieux. C'est un sentiment délicat à expliquer mais, la Lune à côté des étoiles, c'est pour moi comme une mère et ses enfants. Une grande soeur avec ses petites soeurs. Une amie avec ses amies. Elles illuminent autant le ciel toutes ensemble que le soleil, lui seule. Comme pour démontrer qu'ensemble, on est plus forts. Ensemble, nous si petits, on peut dépasser les plus grands. Ensemble, nous les Résistants, on peut surmonter les Dieux. Voilà l'image que me donne le spectacle de la nuit. Voilà mon image de la nuit. Ma vision. Je ne l'ai jamais dit à personne. Même à Aidan. C'est mon imagination, c'est mon secret.
Une douce main attrape mon bras. Une femme, vêtue d'une robe bleue très légère ; qui contraste avec son teint brun tropical, deux tresses blondes le long du visage, des oreilles d'elfes derrière ses nattes, se place à mes côtés. Sa voix chaude entame la conversation :
"- Eh, petite. Si tu le souhaites, il y a une place dans la charette.
- Non. Merci. Je préfère marcher.
- Oui mais tu sais, tu pourrais
- Je vous ai dit non. J'ai répondu, exaspérée.
Voilà, j'avais réagi trop vite. Je ne suis pas comme ça habituellement.
- Excusez- moi. Je traverse une période compliquée en ce moment. Je voulais pas paraître désagréable.
- Tu sais. Tout ceux ici sont réfugiés, ou elfes précédemment enlevés par les dieux. Pour personne, ce n'est facile. Je ne t'en veux pas. Mais, si tu veux te trouver une famille d'accueil, détends-toi un peu.
- Je ne sais pas comment me détendre pour être honnête.
- Attends, j'ai une idée. On va aller s'asseoir dans une charrette."
On accélère le pas, histoire de rattraper une charrette. En deux minutes, nous sommes dans l'une dans d'entre elles.
"- Imagine un endroit paradisiaque. Une plage. Avec un sable fin. Et une eau turquoise. Dis toi que la vitesse de tes inspirations sont le rythme des vagues. En inspirant vite sous la panique, tu détruirais tout ce petit écosystème. Maintenant, fermes les yeux. Et là, au loin, tu peux apercevoir des dauphins."
Je laisse mes paupières cacher toute source de lumière. J'aperçois les dauphins. Oui ! Ils sont là ! Ils sautent hors de l'eau et y reviennent aussi vite qu'ils en ressortent !
Je reste comme ça un bon moment, bercée sous le rythme des vagues. Sous mon rythme respiratoire. Dit comme ça, ça fait un peu moins rêveur. Comme quoi ce qui fait rêvé, ce n'est que paroles. Et les paroles ne sont pas toujours pertinentes. Pas toujours utiles. Aidan n'était pas le plus grand bavard du monde. Mais, lorsqu'il parlait, une bonne raison justifiait toujours ses paroles. Redonner le sourire, donner du courage, ou tout simplement dire qu'il m'aimait. C'étaient celles là mes paroles préférées. *Je t'aime, ma Nadia*. Quatre mots. Quatres petits mots. Mais, des mots qui pansaient mon coeur malheureux. Je l'aime Aidan !
La charette s'arrête. Nous sommes arrivés. Arrivés. Arrivés à la propriété du roi Kash-Kash. Ici, s'achève mon long périple. Ici commence ma nouvelle vie.
C'est seulement au moment de descendre pour récupérer un cadeau, sans doute offert par la Résistance, que je me rends compte que nombreux sont orphelins. Et je réalise que ceux de bas âge sont une grande partie des enfants. Ça me fend le cœur. Comment des dieux qui se disent Amour peuvent détruire des famille ? C'est eux qui brisent l'amour plutôt que de le créer !
Des familles, des mères, des couples, de jeunes elfes... Tout le monde attend ce convoi. Nouvelle du dehors sans doute. Aucune idée. Aucune envie de savoir. Moi, je veux me rebâtir. Et quand je serai solide, prête à servir de soutien à d'autres, je retournerai voir Aidan. Et il se reconstruira. Je le sais. Je le connais.
Une petite voix, au plus profond de mon esprit, me dit de ne pas m'occuper d'Aidan tout de suite. Je préfère l'écouter maintenant.
Je récupère mon sac. Le cadeau de la Résistance. J'ouvrirai ça plus tard. Plutôt que de suivre les enfants orphelins, je me glisse parmi les adultes et j'arrive au coeur de la foule. Je parviens sans difficulté à sortir de la place. Je me retrouve dans les ruelles vides de la propriété du roi. Il a construit sur ses terres, une grande ville protégée par des remparts. Il a l'air d'être un bon roi. Le monde elfique paraît bien moins troublée qu'Alysia !
"- Et toi ! Pssicht !
Je me retourne. Une elfe aux cheveux roux, avec deux mèches d'un léger violet, est arrivée dans mon dos.
- Irisyna ! Mais, tu peux m'appeler Iris. Que fais tu ici seule ?
- Oh, rien.
- Tu es Alysienne. Tu ne veux pas de famille ?
- Je ne vois pas d'intérêt à rester là bas. On montre les familles comme les dieux montrent leurs victimes ; comme les conquérants montraient leurs esclaves. Je n'aime pas ça.
- J'apprécie ton raisonnement. J'ai le même ! Maman aimerait une nouvelle fille, mais pas la trouver dans de telles conditions. C'est refaire les erreurs du passé, elle me dit !
- Pourquoi me dis tu ça ?
- Je... Je ne sais pas. Tu... Murmure-t-elle.
Puis, deux larmes se forment au coins de ses yeux. Larmes qui coulent. Ou plutôt serpentent. Elles passent d'abord du coins de ses yeux au millieu des joues, pour glisser, comme on glisserait sur un toboggan, en dessous de ses lèvres. Puis, elles tombent, telles des gouttes d'eau, sur les habits de Irisyna. La voir pleurer me fait mal au cœur. J'ai beau la connaître ; enfin, si adresser une poignée de mots est considéré comme connaître ; depuis un cinq minutes, mon cœur est sensible. Je pleure pour un rien.
- Irisyna ! Pourquoi tu pleures ?
- Je... Rêve... d'avoir une soeur. Sanglote-t-elle.
Ses yeux brillent de larmes. Je ne peux me retenir guère longtemps, je passe ma main sur sa joue, et j'essuie ses larmes. Tel faisait Aidan quand j'étais triste. Elle sourit et achève son explication :
- Mais, c'est malheureusement impossible pour moi. Depuis que mon père est parti, emmené par les dieux.
{A suivre Partie 5}