(hors série)
5…4…3…2…1…BONNE ANNÉE !!! (Oui, oui, je sais je suis un peu en retard, chipotez pas, hein)
Je vous offre en exclusivité la Nouvelle Année de deux Légendaires !! Attention cependant : il y a des incohérences avec la série Origines et Stories. Vous verrez…
Bonne lecture !!
ASTRIA
— Shimy ? Tu es là ma chérie ? fit Albion en entrant dans la petite chambre de sa fille.
La lumière était éteinte.
L’endroit était toujours aussi mal ordonné que d’habitude, bien qu’ayant subi un rangement intensif la semaine dernière.
Certains meubles semblaient avoir disparu, comme ce fauteuil vert, à côté du lit superposé, qui avait été enseveli sous un tas de tuniques, ou bien cette commode, qui croulait sous des capes de toutes les nuances d’orange possibles ainsi que d’objets ramenés de la forêt.
Le lit ? défait, bien entendu.
Albion soupira et s’apprêta à ressortir, ne trouvant pas sa fille, lorsqu’il entendit un petit bruit.
Crunch, crunch !
Il tendit l’oreille.
Crunch.
Encore !!
Il alluma la lumière, et se tourna alors vers la penderie en poussant un profond soupir.
— Shimy…sort de là s’il te plaît. Je sais que tu es là.
Une petite tête penaude sortit des plis du rideau, un paquet de chips dans la main.
— Euh…oui…?
— Grand-Mère Cano, Tonton Ennry et Tata Lenny vont bientôt arriver, et tu n’es pas encore prête ! fit son père d’un ton réprobateur.
La petite fille était vêtue d’une tunique blanche aux ourlets bleus, d’un bas marine et d’une paire de bottes.
— N’oublies pas que c’est la dernière fois que tu les vois avant plusieurs années ! Demain midi, tu…
— …pars pour l’Arbores Elementa. Je sais, merci, rétorqua Shimy en lui tournant le dos.
Elle pris la robe de soie crème que sa mère lui avait ordonnée de mettre et grimaça tout en marmonnant :
— Non mais sérieux, ce truc est une antiquité en fait.
— Qu’est-ce que tu dis ? lui demanda son père d’un ton soupçonneux.
— Que je vais la mettre, mentit Shimy. Une seconde, steup’laît. »
Albion, satisfait, sortit en lançant :
— Je vais demander à Helma de t’apporter tes ballerines et de te coiffer !
Un grognement lui répondit.
Shimy détestait qu’on la coiffe. En plus, Helma, la cuisinière, n’avait pas les plus douces des mains.
La petite fille s’habilla en vitesse et s’inspecta dans le miroir.
La robe, d’une douce couleur crème, lui arrivait aux chevilles et se terminait par une fine broderie d’argent, exactement la même qu’au col. Les manches, larges, étaient serrées juste au dessus du coude grâce à un mince et discret cordon doré.
Ce même cordon lui enserrait la taille, et retombait après un petit nœud sur le côté.
Après une grimace, la petite fille courut à sa coiffeuse (qui avait été désertée depuis longtemps), se passa de l’eau sur le visage, revint devant le miroir et maugréa :
— Bof ! Toujours la même chose ! Je rêve pas, j’ai vraiment l’air d’une bourge.
On toqua à la porte.
— C’est Helma ! Je peux entrer ?
— Mmh, mmh.
La porte s’ouvrit sur une femme entre deux âges, un grand panier dans une main, une paire de chaussures dans l’autre.
Elle conduisit Shimy à sa coiffeuse, l’obligea à s’assoir et, comme toujours, se mit à lui parler de tout et n’importe quoi.
— Ton père m’a demandé de t’apporter tes ballerines, mais je ne les ai pas trouvées, raconta-t-elle en saisissant une brosse. Je suppose que tu les as égarées, comme les trois dernières paires…tss, à quand remonte ton dernier brossage, ma petite ? fit-elle ensuite en avisant sa tignasse emmêlée.
Shimy hésita à lui dire la vérité. Mais si elle lui apprenant que la dernière fois qu’elle s’était brossé les cheveux remontait à plus ou moins une semaine et demie, elle allait encore se farcir le laïus sur l’importance d’une belle et soyeuse chevelure.
— Bref, savais-tu que Pimprenelle Doggins (oui oui, la riche comtesse !) a divorcé ? continua la cuisinière en brossant vigoureusement la tignasse de la fillette. Les domestiques en parlent !! Il paraît même qu’elle bla-bla-bla, et bla-bla-bla… »
Shimy cessa de l’écouter.
Aux cuisines, Helma était connue pour être une commère sans nom. Une gentille femme toujours au courant de tout, mais qui ne sait pas tenir sa langue.
C’est grâce à elle que Shimy apprit un jour que sa mère rentrait une semaine à l’avance et qu’elle devait revenir illico presto à l’école.
Grâce à elle que la petite fille su que sa cousine n’était pas absente à l’école pour maladie mais parce qu’elle faisait l’école buissonnière (ce qui lui donna envie de le faire, à même pas huit ans).
Grâce à elle qu’elle su que sa mère projetait de barricader sa fenêtre.
Grâce à elle qu’elle a prit que la capitaine avait décidé d’envoyer sa fille dans une école privée que fréquentent les enfants des hauts politiciens.
— Bon, Shimy, ma petite, il faut arranger tout ça, lui dit soudainement la cuisinière. Regarde, tu as encore plein de mèches hors de ta tresse !
— C’est le style, Helma.
— Taratata ! Je ne veux rien savoir ! Commençons par te faire une tresse digne de ce nom…
Shimy serra les dents. Elle sentait qu’elle allait avoir droit à la C.E.P.O., la« Coiffure Expresse des Petites Occasions ». Bien moins imposante que la C.E.G.O. ou la C.E.I.O. (Grandes et Importantes Occasions), mais coiffure de noble quand même.
Après avoir noué fermement sa natte, Helma inspecta les deux mèches qui retombaient toujours devant ses grandes oreilles.
Ni une ni deux, elle les rabattit au dos de sa tête et les maintint grâce à un ruban blanc.
Ensuite, Shimy se vit obligée de chausser ses sandales de cuir brun qui s’attachaient à mi-mollet.
Enfin, Helma l’examina et esquissa un petit sourire.
— Eh bien, tu es présentable maintenant ! Juste la touche finale…
Elle sortit du panier un petit flacon en cristal, et, avant même que la petite fille ait pu se demander ce qu’il contenait, la cuisinière l’aspergea d’un parfum léger et frais.
— Aïeuh ! J’en ai plein les mirettes !!
— Allons ! Voilà une manière bien trop familière de parler ! Dites plus tôt…
Gling !
Une cloche tinta dans le sous-sol, coupant court à sa tirade.
— Ah, flûte, on me demande aux cuisines. La famille arrive dans environ une demi-heure. Tâche de ne pas te salir, ma petite ! lança Helma en sortant.
Shimy bougonna quelque chose qui ressemblait à « oui oui » et se retourna pour observer une énième fois son reflet dans la glace.
Ce n’était pas elle, cette petite fille parfaite et mignonne, l’air toute sage, qui la regardait avec une mine de chien battu.
Elle, elle était sauvage et libre, sylvestre et rieuse, rusée et rebelle.
— Qu’est-ce que je donnerais pas pour une bonne vieille cape orange ! pesta-t-elle.
Elle s’avança vers la fenêtre en soupirant et s’assit à même le sol, sa robe bouffant autour d’elle.
Le menton au creux de ses mains, elle se mit à contempler l’extérieur.
Les lunes, brillantes dans le ciel nocturne, ressemblaient à deux petits astres en train de naître.
C’était d’ailleurs de là que le monde elfique tirait son nom.
Une forêt épaisse entourait la propriété, cette même forêt où Shimy avait l’habitude de retrouver son meilleur ami presque toutes les nuits.
Lionfeu…
La pluie se mit à tomber, faisant sursauter Shimy.
La petite fille consulta l’horloge de sa chambre et tendit l’oreille.
Elle entendit une porte claquer et des voix. L’une un peu chevrotante, et quatre autres fraîches et posées.
La famille était arrivée.
Shimy haussa les épaules et retourna à la contemplation de l’extérieur.
La pluie cognait toujours contre la vitre.
La fillette passa une main sur le carreau et se tourna vers sa chambre.
« Après tout, songea-t-elle. J’ai dix ans, et je suis libre. »
Elle se leva et marcha vers sa coiffeuse d’un pas résolu.
« Je suis libre. »
Elle se passa la main dans les cheveux et défit d’un geste le ruban qui enserrait ses mèches qui retombèrent devant ses longues oreilles.
Elle ébouriffa un peu sa tresse jusqu’à en sortir certains cheveux comme d’habitude.
Satisfaite, elle s’observa à nouveau dans le miroir de la coiffeuse.
« Voilà. Là, je suis moi. Sauvage et libre. Rusée et rebelle. Fière et indomptable. »
***
Canopé, Ennry et Lenny arrivèrent dans la demeure familiale tout pile avant l’averse.
— Shamira ! Comment va ? demanda Ennry en faisant la bise.
— Ça va et vous ?
Les adultes se dirigèrent vers le salon, pour se poser un peu et prendre au passage l’apéritif.
— Et alors ? Où est passée notre nièce préférée ? fit Lenny en acceptant une coupe de champagne.
— À l’étage, sûrement, répondit Shamira. Shimy ! Shimy, descends ! Albion ? Tu montes dire à Shimy de descendre s’il te plaît ? »
Son mari acquiesça et se dirigea vers l’escalier tandis que le reste de la famille papotait agréablement.
Après avoir monté les marches grinçantes, il parvint à la chambre de sa fille et ouvrit doucement la porte.
— Shimy ! La famille est arri…
Il resta bouche bée devant le spectacle qui s’offrait à lui.
Dans la pièce déserte, au dessus de la montagne de tuniques, la robe de soie crème avait été abandonnée.
Les sandales de cuir gisaient au pied du lit.
Sur la coiffeuse, le ruban blanc avait été jeté et le flacon de parfum, renversé.
La fenêtre, les battants grands ouverts, laissait entrer la pluie et les feuilles mortes. Le vent faisait claquer les carreaux et des bourrasques entraient dans la chambre, secouant les rideaux et faisant frissonner Albion. Au fond de lui, il le savait.
Sa fille avait fugué.
Shimy était bien loin de là, à bondir au-dessus des ruisseaux, à observer les constellations.
Une frêle silhouette animale la suivait. Un petit félinaure à queue noire.
Demain, ce sera une nouvelle année.
Demain, Shimy partira.
Cette nuit est une dernière liberté pour la future gardienne de la paix.
***
quatre ans plus tard…
ALYSIA
C’est la nuit.
Nous sommes dans l’une des plus grandes puissances politiques de cette planète.
Si on atteint le cœur du royaume, on peut apercevoir un magnifique palais de jade, juxtaposé à un arbre gigantesque.
Gaméra.
La ville est calme. Personne dans les rues.
Après avoir traversé une immense place, la demeure royale apparaît.
Passons discrètement derrière les gardes qui stationnent devant la porte d’entrée.
Nous arrivons dans un couloir resplendissant. Des lustres en cristal pendent au plafond, éclairant le corridor de ses chatoyants reflets.
Il y a une grande porte sur la droite. Ouvrons-la. C’est une salle immense, plongée dans le noir…il y a de grandes statues en marbre vert…qui tiennent toutes une sorte de bâton. Le sol est couvert de mosaïques…et le plafond est en forme de voûte. Tout au bout de la pièce, il y a un siège imposant…Oups ! C’est la Salle du Trône…Autant pour moi ! Je me suis trompée de pièce…
Nous sortons. Nous revoici dans le couloir.
Voilà. Il y a une petite porte sur la gauche, légèrement camouflée parmi les pierres qui constituent les murs.
Elle s’ouvre sur un escalier en colimaçon. Une entrée de domestiques, sans aucun doute. Nous gravissons les marches jusqu’à un premier palier. Continuons.
Nous voici devant une nouvelle porte. Elle s’ouvre.
Nous sommes deux étages plus haut, dans un nouveau couloir. Légèrement moins décoré, mais possédant tout de même les traditionnels lustres de cristal.
Nous arrivons à un carrefour. Tournons à droite. Quoi ? Vous voulez tourner à gauche ? Bon. Va pour la gauche, alors.
Tiens ? Il y a une porte sur la gauche, plus imposante que les autres et incrustée dans s’une sorte d’arcade.
Par le trou de la serrure, on peut apercevoir une chambre bien rangée, luxueuse et spacieuse. Il y a un grand lit à baldaquin possédant d’imposants rideaux roses et de magnifiques dorure. De grandes et belles armoires, un splendide tapis et une porte sur le mur gauche. Le plafond est peint, l’espace, chatoyant.
Il y a une silhouette, devant la fenêtre, assise dans un fauteuil. Son visage est tourné vers la fenêtre.
Hey, mais qu’est-ce que tu fais !?? N’entre pas ! Si ? D’accord.
Nous nous approchons de la jeune fille.
Elle porte une sorte de diadème à perles, et une longue robe de mousseline blanche brodée de vert.
Elle a les cheveux bruns ou noirs, la peau mate et assez foncé. Son visage est doux comme une amande, et elle possède de grands yeux tristes d’une étonnante couleur émeraude.
En la fixant, on s’aperçoit tout de suite que son regard est rivé vers le lointain, qu’elle est ailleurs.
On dirait…une statue. Oui, une statue sculptée par des anges.
La porte de sa chambre s’ouvre.
C’est une grande femme à l’air digne, une fine et gracieuse silhouette qui possède de long cheveux dorés. Sa peau est de la même couleur que la jeune fille de la fenêtre.
Elle tient un sceptre de jade au bout duquel un rapace déploie ses ailes.
Je crois que c’est la reine.
Elle ouvre la bouche. Elle parle.
— Le bal commence dans une heure et demie. Apprête-toi et sois à l’heure.
— Oui, Mère.
Oh. Alors, c’est la princesse.
Celle-ci attend que la reine sorte pour se lever et poser une main sur le carreau.
Vraiment, elle a l’air vraiment triste. Ou mélancolique. Peut-être les deux. On dirait quelqu’un qui se demande si la vie en vaut vraiment le coup.
On dirait quelqu’un en cage. Quelqu’un sans liberté.
Et c’est le cas.
FIN