JE N’AVAIS PAS D’IDÉE POUR LE TITRE qui est a discuter je sais.
Je vous présente un petit quelque chose qui tourne autour du squaroll, de Cosima et du Jadripso.
Bonne lecture !
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— Tu as des marmottes dans ta famille, c’est la seule explication que je vois !
C’était un ton clair et rafraîchissant. Et pourtant, la voix juvénile de Cosima résonna aux oreilles de Kalypso aussi fort que des cors de chasse.
— Allons, nous sommes presque à la mi-journée. Il est temps de se lever !! s’écria de nouveau la princesse en agitant ses boucles blondes.
— Mais qu’est-ce que…qu’est-ce que tu fais ici ? marmonna en retour une Kalypso toute endormie qui ne se rendit pas totalement compte qu’elle parlait à l’héritière d’Orchidia.
— Moi ? fit la princesse en battant des cils, aucunement déstabilisée par le tutoiement. Oh, je m’acquitte d’une mission de charité envers mon frère…tu sais qu’il a vraiment envie de te voir ? »
Son interlocutrice bâilla. Si elle n’avait pas eut peur de défaire les alliance entre Arkanis et Orchidia, elle aurait volontiers envoyé valser Cosima dehors pour pouvoir dormir une bonne dizaine d’heures de plus.
— Bon d’accord, je me lève, dit-elle après une intense réflexion. De toute façon, je dois aller voir mon oncle pour deux-trois questions d’organisation aujourd’hui…»
— Tu plaisantes j’espère !? Tu ne vas pas te lever SEULEMENT pour respecter ton devoir d’ambassadrice ! Jadrid va faire une dépression si tu ne vas pas à sa rencontre…gémit la princesse.
Kalypso faillit lui rétorquer que ça lui était bien égal avant de s’apercevoir que c’était faux. Leur dernière rencontre remontait aux brefs jours que le prince avait passés au Temple d’Arkanis. Depuis, la jeune femme s’était montrée distante envers lui, jusqu’à l’éviter quand, la veille, elle et Kénian étaient arrivés au palais d’Orchidia. En revanche, elle n’avait pas réussi à se débarrasser de l’indiscrète petite princesse, qui avait aussitôt compris l’importance de Kalypso aux yeux de son frère.
— Je veux que tu me promettes d’aller voir Jadrid. Il fait ses entraînements de squaroll jusqu’à quinze heures, ça devrait te laisser du temps. Et puis ce serait plutôt drôle de le voir perdre ses moyens sur le terrain, ajouta Cosima en prenant un air rêveur.
— Mettons que j’y aille…tu comptes m’accompagner ? demanda Kalypso, qui soupçonnait son interlocutrice de sécher actuellement ses leçons.
— Bien entendu ! Ce sera mémorable ! Mon frère qui rougit…je ne l’ai jamais vu rougir, dit celle-ci d’un ton pensif. Ah si, une fois ! Mais je pense que c’était de la colère, quand les Escagons ont remporté déloyalement la victoire sur les Volants Écarlates. »
— Je ne comprends pas un traître mot de ce que tu racontes, l’interrompit son interlocutrice. Et pour tout dire, là maintenant, je rêve d’un bon croissant beurré et d’une tasse de café. Tu penses que c’est faisable ? »
— Bien sûr, fit Cosima en sautillant. Mais il va falloir t’initier un peu au squaroll…ne pas connaître les Volants Écarlates relève du sacrilège ! ajouta-t-elle ensuite avec un clin d’œil.
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Une heure plus tard, Kalypso arpentait les allées de la bibliothèque d’Orchidia, une petite pipelette blonde collée aux basques, la tête remplie de notions inconnues, d’un vocabulaire beaucoup trop technique mais qu’elle s’échinait quand même à tenter de retenir.
Cosima ne cessait pas de caqueter, de retracer toute l’histoire du squaroll, de lui parler de grands joueurs tels que son grand-père ou un certain Lino, à qui elle semblait vouer une véritable admiration.
— Les buts marqués depuis le carré central du terrain valent un point à l’équipe, en revanche, s’ils sont lancés depuis les extrémités, c’est un tir latéral, ça vaut trois points car c’est beaucoup plus dur et cela enclenche une série de trois lancers francs, c’est-à-dire que l’arbitre autorise un enchaînement de deux passes maximum avant une tentative de but. D’ailleurs, les tirs latéraux sont la spécialité de Lino. Jadrid, lui, est doué dans le dribble et le marquage final d’un lancer franc. Il est attaquant central droitier. Il adore feinter, être sous-estimé par le gardien à cause de son bras et voir la tête de celui-ci quand la balle entre dans son but. Mais le top du top, c’est quand il fait son « passe-deux » avec Lino -qui lui est attaquant central gaucher- : c’est une technique ultra stylée et implacable qui…
— Stop, Cosima, je sens la migraine arriver, gémit Kalypso en se massant les tempes.
— Mais enfin, tu ne sais pas ce que tu loupes ! Les passes-deux sont SUPERBES, elles sont presque invisibles tellement elles sont rapides ! s’exclama la jeune fille en agitant les bras. Et puis, tu verras sûrement Jadrid en action…et je suis certaine que Lino sera là aussi…il est si fort… »
— Tu l’admire vraiment, hein ?
— Plus que ça !
La jeune femme mit du temps à comprendre le sens de la réponse, mais quand elle l’eut saisi, elle se tourna vers la princesse, les yeux grands ouverts et la mine effarée.
— Tu ne veux tout de même pas dire que tu…enfin qu’il…
— Qu’il m’attire ? termina Cosima à sa place. Bien sûr que si. Lino est si fort, si adroit, si…tout !! »
— Mais enfin, tu n’as que onze ans ! la gronda gentiment Kalypso.
— Bientôt douze, corrigea son interlocutrice, légèrement vexée.
— D’accord mais…lui, il a quoi…si c’est un ami de Jadrid…une vingtaine d’années ?
— Vingt-deux, précisa Cosima.
— Vous avez quand même dix ans de différence !! rétorqua Kalypso.
— Oh là là, c’est pas dramatique non plus, souffla la princesse.
— Et puis, tu es de lignée royale…fit remarquer sa moralisatrice.
— Tu as raison, ça c’est un problème, reconnut la petite blonde. D’autant que je suis déjà promise à l’héritier de Sabledoray. »
— Salim ?
— Je crois…
— Tu plaisante ? Tu ne connais pas le nom de ton fiancé !?
La princesse haussa ses fines épaules d’un air de dire "je m’en contrefiche" et attrapa Kalypso par le bras pour la tirer dans un long corridor.
— Viens, il est temps d’aller voir ton joli cœur ! s’écria-t-elle en souriant.
La jeune femme soupira mais se laissa guider par Cosima, qui la fit traverser encore huit couloirs et descendre quatre escaliers avant d’atteindre une petite porte.
— Voici la porte qui donne sur les coulisses du stade de squaroll, dans le sous-sol, déclara la petite fille sur ce ton professionnel que prendrait un architecte. Nous sommes devant l’entrée des joueurs et de leurs entraîneurs. Je ne suis pas sensée connaître cet accès ni à en avoir l’usage, mais je ne suis pas vraiment du genre à obéir. »
Kalypso marmonna une phrase qui ressemblait à « je croyais avoir compris », phrase à laquelle Cosima ne prêta pas attention.
Elle ouvrit le battant et se faufila à l’intérieur, son invitée sur les talons, puis referma la porte avec maintes précautions.
Trois pas plus tard, l’écho lointain d’un brouhaha certainement intense parvint à leurs oreilles. Des cris d’encouragement, des ordres aboyés d’une voix ferme, des mots de félicitation, des applaudissements brefs et des claquements sonores sûrement dûs à de quelconques lancers ratés.
Cosima guida Kalypso à travers les corridors en multipliant les recommandations, si bien qu’elle finit par contaminer la jeune femme par son excitation.
Elle bifurqua à droite pour monter un petit escalier de marbre vert jusqu’à une haute porte joliment décorée.
— Le stade ! claironna-t-elle avec une fierté non dissimulée.
Et elle entrouvrit le battant, laissant Kalypso passer la première et découvrir l’immense structure architecturale, en coupole, emplie de dorures et de gravures, décorée avec goût et toujours dans le ton émeraude qu’arborait le reste du palais.
La porte donnait en fait sur les gradins, où se trouvaient donc les deux filles.
Des gradins d’un blanc immaculé.
Deux loges attirèrent l’attention de Kalypso. L’une, imposante et majestueuse, portait le blason d’Orchidia. L’autre était légèrement plus discrète et sans symbole.
— Ce sont les loges royales ? demanda la jeune femme en se tournant vers sa jeune hôtesse.
— Seulement celle qui porte le blason d’Orchidia, précisa celle-ci. C’est là que Mère et moi regardons les matchs de squaroll…ainsi que Jadrid, à l’occasion, quand il n’est pas en voyage et que ce n’est pas son équipe qui joue. L’autre sert plutôt à accueillir les ambassadeurs ou des personnalités importantes. Quand on a de la visite royale et qu’elle souhaite assister à un match, elle partage notre loge. »
Un puissant vacarme atteignit leurs oreilles.
Un joueur, casque sur la tête, revenait en courant du but droit, tandis que le reste de son équipe allait à sa rencontre en poussant des cris de joie.
Celui qui était en tête de ce groupe, un jeune homme la tête découverte, lui donna une grande tape dans le dos et le félicita, bientot imité par les autres joueurs.
— Tu nous fais ça demain et c’est dans la boîte ! s’exclama-t-il d’une voix forte, si bien que Kalypso et Cosima l’entendirent.
Les membres de l’équipe adverse, ayant tous passé une chasuble jaune pour se différencier, semblèrent approuver.
Le concerné enleva son casque en souriant et e cœur de Kalypso rata un battement. Elle l’avait reconnu dès qu’elle l’avait aperçu dans la masse de joueurs et pas seulement grâce à son bras unique où à sa chevelure châtain légèrement visible.
Mais maintenant, elle en était certaine ; c’était Jadrid.
***
C’était un beau tir. Un tir époustouflant, même. Il le savait, toute son équipe le savait. Un but aussi précis et marqué d’aussi loin, on ne voyait pas ça chez n’importe quel joueur. Mais justement, Jadrid n’était pas n’importe quel joueur.
Il était aussi ambassadeur, prince, aristocrate reconnu et bien élevé. Mais dès qu’il entrait sur le terrain de squaroll, il ne pensait plus aux problèmes diplomatiques, aux bonnes manières et aux beaux vêtements. Trois mots tournaient en boucle dans sa tête : “Coéquipiers. But. Victoire.” Et bien qu’il soit très doué, il ignorait qu’il savait aussi bien tirer.
Mais surtout, ce jour-là, il ne s’attendait pas du tout à voir scintiller une magnifique chevelure blanche au beau milieu des gradins vides. Il ne s’attendait pas du tout à voir l’une des meilleurs guerrières d’Arkanis en compagnie de son pot-de-colle de sœur.
— Notre prince charmant aurait-il trouvé princesse à sa mesure ? lui avait malicieusement soufflé Elias, un de ses camarades, qui l’avait surpris le regard tourné vers elles.
La jeune homme avait immédiatement viré rouge pivoine.
À la fin de leur entraînement, Jadrid, Lino et le reste de l’équipe se dirigèrent vers les vestiaires. Le jeune prince jeta un coup d’œil aux gradins où Kalypso et Cosima s’étaient tenues durant toute la séance, mais ne les vit pas. Elles avaient quitté le stade.
Le vestiaire empestait toujours la sueur. Mais le nez délicat de Jadrid s’y était habitué…tout comme ceux des autres d’ailleurs.
— Demain, on gagne les gars ! lança-t-il, enthousiaste, en refermant la porte derrière lui.
Les autres joueurs sourirent et approuvèrent, puis tous commencèrent à se changer.
— Franchement Jadrid, tu m’épates. On en apprend toujours avec toi, un coup c’est le tir latéral du siècle, un coup c’est le marquage droitier qui est génial ! s’exclama Lino en rangeant son casque dans un casier.
Le jeune homme enleva ses bottes à l’aide de son seul bras valide et esquissa un sourire.
— Allez, arrête, tu sais bien que sans tes coups de pouce, je n’y arriverais pas.
— Et en plus notre petit prince est modeste ! ironisa un autre joueur, la carrure imposante, avant d’ébouriffer les cheveux de l’intéressé.
— Ah non, Noé, tu vas démolir ma coupe parfaite ! geignit-il.
— Parce que tu veux être parfait ? Tu attends quelqu’un peut-être ? fit malicieusement Lino.
Lorsque Jadrid tourna la tête vers lui, cependant, il lut dans ses yeux une petite pointe d’amertume. Il choisit de ne pas relever et haussa les épaules pour lui répondre, tout en rosissant légèrement.
— Bah sérieusement, qui ? Qui vaut le coup ? Personnellement, je n’ai personne en tête…
Son équipe s’esclaffa. La remarque du prince était plutôt juste : les jeunes filles nobles se faisaient rares à la cour d’Orchidia.
— Je vous laisse, dit Jadrid en ouvrant la porte qui donnait sur les couloirs. Je dois me préparer pour une réception officielle…
— Prends garde à ne pas mourir d’ennui, lança un de ses camarades, provoquant une fois encore l’hilarité générale.
Jadrid leva théâtralement les yeux au ciel et sortit. Il traversa les mêmes couloirs qu’avaient empruntés Kalypso et Cosima avant lui et prit le chemin de sa chambre en rêvant intérieurement d’un après-midi sans réunion, bien que cela ne soit pas faisable.
Au détour d’un couloir, il marqua un arrêt en entendant des voix qui s’approchaient, accompagnées d’un pas régulier et sec, de quelqu’un qui portait des talons et d’un pas plus lourd.
Sa mère apparut avec un homme petit et rond à ses côtés.
En le voyant, un sourire fier illumina son visage et elle dit :
— Mendosa ! Laissez-moi vous présenter mon fils en tant que champion des Volants Écarlates ! Nous assisterons à l’un de leurs matchs prochainement, si l’envie vous en prend bien entendu…
— Mais sans aucun doute ! Altesse, cela me fait plaisir de vous revoir… j’espère que vous ferez une merveilleuse performance ! On m’a raconté tant de choses…
Jadrid sourit poliment en se retenant de tourner les talons devant tant de flatteries.
Puis sa mère tourna la tête vers lui et darda sur lui ce regard qui indiquait qu’elle n’était pas contente.
— Jadrid, tu ne saurais pas où est ta soeur par hasard ? Elle a sauté ses deux cours de la matinée et son précepteur l’attend toujours dans ses appartements pour sa leçon…
Jadrid haussa un sourcil mais choisit de couvrir Cosima.
— Non Mère. Je ne sais pas où elle est.
Après tout, il ne mentait pas. La reine lui avait demandé s’il SAVAIT où elle était. Pas s’il l’avait VUE.
Alors, ce n’était pas un mensonge.
Puis, sa mère et Mendosa continuèrent leur marche tout en parlant finances et Jadrid reprit sa route vers ses appartements.
En passant près d’une fenêtre ouverte, il observa les jardins en contrebas, le soleil qui, au zénith, illuminaient arbres haies, et fontaines.
C’est à ce moment qu’une voix stridente lui agressa les oreilles.
— Jadriiiiiiiiiiiiiid !!!!
Le prince sursauta et se frotta les yeux. Non, il ne rêvait pas. Sa soeur se tenait sur un banc dans les jardins, une Kalypso qui semblait s’ennuyer ferme assise à ses côtés.
— Jadrid ! Tu descends dis ? Tu descends hein !? le pressa Cosima.
Le prince ne souhaitait que prendre une douche…mais la perspective de voir Kalypso et d’éviter par la même occasion une crise de lerdamer à sa soeur le convainquit de les rejoindre.
Après trois escaliers, il atteignit le jardin puis le bosquet où elles étaient installées.
Cosima poussa un petit cri de joie et courut vers lui. Il la fit tourner dans les airs, faisant voler ses jolies boucles blondes avant de la reposer à terre et d’attendre l’avalanche de félicitations de sa soeur.
— Tu étais TROP bien Jadrid ! C’est un nouveau tir ? Tu comptes le faire au prochain tournoi ? J’espère ! Kalypso sera là aussi, hein ? Oui elle sera là. C’était vraiment u super match que tu nous a joué aujourd’hui à l’entraînement, pas vrai Kalypso ?
La princesse et son frère rivèrent leurs yeux sur la concernée qui, un peu étonnée, rougit légèrement avant de répondre d’une voix hésitante.
— Oui, c’était…pas mal.
Et Jadrid savait que c’était déjà le plus beau compliment qu’elle puisse lui offrir
Alors il sourit.
THE END